L’éducation physique avec un masque: c’est du sport!

Le plan de protection pour l’enseignement secondaire II et tertiaire B affirme qu’un entraînement avec le masque augmente les performances. De quoi faire réagir des enseignants. Explications.

  • Le port du masque est-il contraignant pour la pratique sportive? PHOTOMONTAGE 123RF/PAO

Le 2 février, les directions et enseignants du secondaire II recevaient les nouvelles directives de la part du Canton. Le plan de protection précise notamment que «le port du masque est requis en tout temps pendant la leçon d’éducation physique (EPS) ou de danse, et dans l’enceinte de l’établissement». Jusque-là, rien de bien surprenant. Mais, c’est la suite qui a coupé le souffle aux professeurs de sport du collège de Staël. «De récentes études démontrent que les activités physiques et sportives à haute intensité ne posent pas de problème avec le masque, lit-on. Il a même été observé qu’un entraînement régulier avec une résistance respiratoire stimule les muscles respiratoires et augmente ainsi les performances.»

«Pour des sportifs d’élite pas pour des élèves»

De quoi faire réagir les enseignants, dont Vincent Longagna. Dans un e-mail adressé à la direction au nom du groupe de professeurs d’EPS de l’établissement, il s’étonne: «Nous ne comprenons pas comment une telle information a pu être publiée sans référencer une quelconque source. C’est décevant de colporter ce genre de propos de la part du DIP [Département de l’instruction publique] et de faire de tels raccourcis.»

Joint par nos soins, il précise: «On sait que lorsque l’on s’entraîne en altitude, la rareté de l’oxygène génère une plus forte production de globules rouges. Des études ont en effet été réalisées pour savoir si le même phénomène se produit lorsque l’on fait du sport avec un masque.» Et de poursuivre: «Ces études ont été faites pour des sportifs d’élite, sous surveillance médicale. Et surtout avec des masques spécifiques qui n’ont rien à voir avec les petits masques bleus que nous portons au quotidien et qui sont, au contraire, très contraignants pour la pratique sportive.»

Contacté par un autre professeur de sport du collège, Frank Fliege, le pneumologue Etienne Perrin confirme que «les masques chirurgicaux sont fortement désagréables dans la pratique sportive, notamment soutenue. Il n’y a pas, à ma connaissance, d’étude qui permette de justifier un point de vue «de renforcement des compétences sportives» avec ce masque. Tout au plus, on peut argumenter qu’il n’est pas impossible de s’entraîner avec un masque, voire pour certaines élites, dans des conditions d’effort très particulières (hypoxémie etc.), mais rien à voir avec des élèves.»

Conforme aux ordonnances fédérales

De son côté, le DIP indique que les plans de protection en milieu scolaire ont pour objectif de faire appliquer deux ordonnances fédérales, datant du 18 janvier, à savoir l’obligation de porter le masque dans un lieu clos à partir du moment où il y a plus d’une personne. Et la possibilité de pratiquer les activités sportives, y compris avec contact, jusqu’à 16 ans. Sur ce point, les profs insistent: «Nous respectons la contrainte. Nous avons adapté nos activités même si cela réduit considérablement notre champ d’action…»

Reste l’argument portant sur une éventuelle amélioration des performances. «Le Service de santé de l’enfance et de la jeunesse (SSEJ) s’est appuyé sur des études sérieuses pour étayer cette mesure de protection, l’essentiel étant au final que la pandémie soit endiguée.» L’e-mail des professeurs de sport de De Staël, lui, est pour le moment resté sans réponse, tout comme l’invitation adressée avec le sourire aux responsables du plan de protection «à venir faire un petit footing avec des masques, bien entendu, afin que ces personnes se rendent compte de la réalité, sur le terrain».