A Genève, une voiture sur trois roule trop vite

Rédigé par
Nicolas Grangier
Canton & Communes

Prévention • Au-delà de la vitesse, l’inattention et une mauvaise adaptation aux conditions de la route sont aussi à l’origine  de nombreux accidents.

inattention en est souvent à l’origine, un organisme de prévention pointe aussi la vitesse dans les causes inquiétantes. Mais sur le terrain, on n’a pas toujours cette impression.
L’idée d’une augmentation des limites de vitesse à 100 km/h hors localité et 130 km/h sur autoroute (au lieu de respectivement 80 et 120 km/h) refait surface depuis quelque temps en Suisse. Malgré le rejet en commission d’une initiative parlementaire au Conseil national en début d’année, une initiative populaire fédérale – Pro vitesse 130/100  – est dans l’air. Elle demande aussi de réinscrire ces références, datant de 1985, dans la Constitution.
Or, le Bureau de prévention des accidents (BPA) a récemment montré qu’un véhicule sur trois circulait trop vite en Suisse. Ce sont les résultats d’un relevé que l’organisme a publié après un premier exercice en 2019. Hasard du calendrier? Pas vraiment: «Nous avons choisi de publier notre communiqué à ce moment précis, afin de présenter des faits scientifiques et de mettre en lumière les risques potentiels liés à une hausse de la vitesse», explique Christoph Leibundgut, porte-parole du BPA.
27% des conducteurs suisses roulent par exemple plus vite que 80 km/h hors localité, contre 21% en 2019. « Il y aurait une forte augmentation du nombre de blessés graves et de tués», met en garde Stefan Siegrist, directeur du BPA. En clair, ce serait - selon l’estimation de l’organisme – 15 décès et 100 blessés graves de plus par an (sur un total de respectivement 116 et 1400). En relevant une limite, les vitesses globales pratiquées augmentent, y compris dans les virages et autres endroits à risque, démontre l’expérience.
Inattention en cause aussi
Interrogée sur ce relevé, la police cantonale genevoise constate simplement qu’en 2025 à Genève, le taux d’infractions sur la vitesse était seulement de 0,5%. «Ce constat est objectif, puisqu’il met en relation le nombre de véhicules contrôlés et les infractions constatées », explique le major Thierry Roulin, chef de l'Unité routière. C’est surtout l’inattention qui inquiète les forces de l’ordre: «Elle fait partie des causes principales des accidents, au même titre que la perte de maîtrise et le non-respect des priorités, poursuit-il. D’autres facteurs comme l’inaptitude à la conduite peuvent venir se greffer sur ces motifs principaux.» Pour limiter les accidents graves, la police genevoise mesure la vitesse au moyen de cinémomètres mobiles ou semi-stationnaires, ainsi que de radars fixes. «Les contrôles de la vitesse se justifient, quel que soit l’endroit où il est question de pacifier les comportements dangereux et excessifs sur la voie publique», précise le major.
Le fait que les véhicules soient de plus en plus hermétiques et silencieux, n'aide pas toujours à responsabiliser l’usager au danger extérieur. «A partir du moment où les limitations de la vitesse sont respectées, il n’y a pas lieu de craindre ces évolutions technologiques», conclut le chef de l’unité routière. On pense ici aux voitures électriques hyper silencieuses à basse vitesse, qui surprennent plus d’un usager de la mobilité douce. 
Du côté du Touring Club Suisse, plus grand club de mobilité du pays? Yves Gerber, directeur du TCS-Genève, admet que «la vitesse excessive doit être combattue, mais est – là aussi – à mettre en relation avec les autres sources d’accidents comme l’inattention et la mauvaise adaptation aux conditions». Il relève que les infrastructures routières actuelles ne sont souvent pas conçues pour des vitesses supérieures.
Aussi en zone 30
Des collisions surviennent aussi dans les zones 30 des villes, même si les blessures y sont de moindre gravité. Selon Yves Gerber, «il y a le problème des scootéristes et cyclistes qui les traversent avec facilité sans ralentir. Les piétons ne savent non plus pas toujours comment s’y comporter en l’absence de passages dédiés. Et pour être plus sûres, elles devraient être dotées de chicanes afin d’inciter les automobilistes à lever le pied.»
Le TCS mène cette année la campagne nationale «Observer, ralentir, s’arrêter» sur la route de l’école, ce qui va dans le sens du BPA. «Notre idée est de changer les comportements de tous les usagers de la route, en particulier dans des situations où les risques sont accrus. On peut penser à un enfant qui court sur un trottoir.»
Désormais, les voitures neuves sont dotées d’outils d’aide à la conduite, forcément rassurants: «C’est un atout sécuritaire qui ne doit pourtant pas dédouaner le conducteur de sa responsabilité. D’ailleurs, le facteur humain reste la cause première d’accidents», relève  Yves Gerber.

En savoir plus