Campements sauvages: mais que se passe-t-il à Vernier?

Rédigé par
Tadeusz Roth
Canton & Communes

PRÉCARITÉ • Elus et citoyens dénoncent la prolifération d’abris de fortune insalubres dans l’espace public.  La Mairie clarifie les choses. 

Matelas en pagaille, chariots, tas de vêtements, sacs en plastique et insalubrité générale. Voilà à quoi sont régulièrement confrontés les habitants de Vernier qui empruntent le passage sous-terrain piéton en sortant du centre commercial de Balexert, tombant nez à nez avec un véritable campement sauvage. De quoi faire bondir Daniel Noël, élu au Conseil municipal de la commune. «Je n’ose pas intervenir auprès des autorités de Vernier. Je ne sais pas si je suis entré par effraction dans un appartement avec plusieurs locataires… pathétique! Genève est un hôtel à ciel ouvert», ironise-t-il. Un avis partagé par plusieurs habitants du quartier, qui disent éviter d’emprunter ce passage, quitte à traverser la route en dehors des clous. «C’est vraiment inquiétant de voir les proportions que cela prend. C’est surtout triste de voir la pauvreté gagner du terrain. Mais il est impératif que nos autorités trouvent des solutions, que ce soit pour les personnes précaires ou pour nous, les riverains. Nous ne pouvons pas passer par ici avec des enfants par exemple. Et le soir, si je rentre seul, ce n’est pas possible non plus», témoigne un père de famille, vivant à deux pas. 
Un problème qui ne se limite pas à ce seul lieu, mais gagne aussi parfois les entrées d’immeuble. «Moi c'est carrément chez moi, chaque matin quand je pars au travail, dans l'allée. Je ne sais plus quoi faire. J'appelle la police à chaque fois, mais ils viennent une heure plus tard. La Régie ne fait rien, alors que je leur ai signalé qu'ils forçaient l'entrée avec un simple couteau. Pourtant, personne n’est capable de changer la porte pour empêcher cela...» abonde un jeune homme. 
Actions concrètes attendues
Des personnes interpellent directement la Municipalité, demandant des actions concrètes pour améliorer la situation. Confrontée aux photos du passage, la Mairie de Vernier reconnaît la problématique et dit comprendre que cela puisse susciter des inquiétudes chez les riverains. Elle rappelle toutefois que cette réalité concerne avant tout des personnes en grande précarité. «Les images que vous nous avez soumises reflètent une réalité que la Ville de Vernier ne minimise pas.  Elle assure un suivi régulier des campements présents sur son territoire et confirme que la situation évoquée est connue de ses services», répond la commune qui informe également que «le détail des démarches engagées auprès des personnes concernées reste confidentiel, comme c'est le cas pour toute intervention sociale.»
Pour éviter que cela ne s’aggrave, un dispositif a été mis en place avec la police cantonale et différents partenaires sociaux, conformément à une directive cantonale. «L’objectif prioritaire est d’orienter les personnes concernées vers les structures d’hébergement et de soins les mieux adaptées à leur prise en charge. Cela comprend notamment l’Unité mobile d’urgences sociales (UMUS) ainsi que les dispositifs d’hébergement d’urgence coordonnés au niveau intercommunal dans le cadre de la loi sur l’aide aux personnes sans abri (LAPSA), qui offre plus de 500 places dont l’accès est géré de manière centralisée par la Ville de Genève», détaille la commune. 
Pour ce qui est des actions concrètes, la commune rappelle: «Les occupants de ces campements sont informés avant toute intervention et orientés, dans la mesure du possible, vers ces structures. Lorsque des interventions s’avèrent nécessaires, celles-ci sont menées dans le respect du cadre légal. La Ville veille à agir avec discernement et à préserver la dignité des personnes concernées, notamment en leur laissant le temps nécessaire pour récupérer leurs effets personnels.»
Contexte général 
Plus largement, Vernier mentionne le fait que la précarité de rue s'inscrit dans un contexte qui dépasse largement le cadre communal et concerne l'ensemble du canton. «Face à cette réalité sociale complexe, la Ville reste engagée aux côtés de ses partenaires institutionnels et associatifs pour apporter des réponses pragmatiques, humaines et adaptées à chaque situation», concluent les autorités.


Canton et Ville clarifient leurs positions face aux campements sauvages

L’affaire avait fait grand bruit il y a quelques mois alors que le Département des institutions et du numérique de la socialiste Carole-Anne Kast suspendait le débarrassage des campements pour mener des analyses d’ordre juridique. Finalement, une marche à suivre a été retenue: informer les personnes vivant dans le camp qu’un débarras est prévu, apposer des affiches en plusieurs langues pendant dix jours, puis survient l’enlèvement des objets par la voirie et la police municipale, ainsi que leur destruction, à l’exception des «effets personnels identifiés». Dans le cas où le camp est vide, les objets sont conservés pendant une dizaine de jours, avant d’être détruits.

Pourtant, pour la Ville de Genève, cette approche cantonale, jugée floue, ne suffit pas. Le Département de la Sécurité et des Sport, chapeauté par Marie Barbey-Chappuis, a donc élaboré une directive propre. Cette-ci cible en priorité les objets insalubres, notamment les matelas, qui doivent être incinérés.

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