G7 • Le sommet qui réunit sept des grandes puissances du 15 au 17 juin fait craindre le pire aux commerces et aux entreprises genevoises.
A l’approche du sommet du G7, de nombreux commerçants genevois s’interrogent: leur établissement sera-t-il la cible de débordements? L’inquiétude est palpable, au point que certains préfèrent garder l’anonymat. C’est le cas de ce gérant, qui ne souhaite pas s’exprimer à visage découvert. Il redoute que des propos trop véhéments puissent attirer l’attention de fauteurs de troubles et provoquer d’éventuelles représailles. Dans ce climat d’incertitude, il hésite encore sur les mesures à adopter: devra-t-il garder porte close pendant l’événement? Faut-il renforcer sa devanture pour prévenir d’éventuelles dégradations ? Comme beaucoup, il attend des consignes officielles.
Mais celles-ci tardent à venir. Une situation que déplore Flore Teysseire, responsable de Genève Commerce. Selon elle, les autorités ont mis du temps à communiquer: «En septembre dernier, nous avons sollicité le Conseil d’Etat, qui s’était engagé à nous répondre en janvier, dès lors qu’il disposerait d’éléments précis émanant des forces de l’ordre. Nous avons attendu, puis relancé les autorités, qui nous ont finalement invités à la table des discussions mercredi 6 mai». Un délai jugé trop long par les représentants des commerçants, qui ont dû insister pour obtenir des réponses.
Fortement sollicitée
Car la faîtière est sollicitée quotidiennement par ses membres. Les mêmes questions reviennent en boucle: des indemnisations sont-elles à l’ordre du jour au cas où les devantures volent en éclat et que des marchandises sont dérobées ou abîmées? Faut-il se barricader? Quelles mesures de protection adopter? Si les grandes enseignes disposent des moyens nécessaires pour investir entre 5000 et 100’000 francs – soit, le coût des dispositifs de protecfrancs – les commerces plus modestes estiment ces montants hors de portée. D’autant que, entre le temps nécessaire à l’installation de ces équipements et une éventuelle fermeture durant le mois de juin, le manque à gagner s’annonce inévitable.
Depuis plusieurs semaines, les entreprises de menuiserie font le tour des enseignes pour proposer leurs services. Et puis, au-delà des incertitudes logistiques, c’est un véritable traumatisme qui s’exprime. Certains acteurs économiques restent marqués par les troubles et les déprédations survenus en 2003. Patrick Monticelli, directeur commercial Europe de la marque de joaillerie de luxe Marli New York, ne dit pas autre chose: «Les investissements consentis ces dernières années pour nous implanter à Genève ont été très significatifs. A moins de deux ans d'activité, il est impératif que notre boutique ne subisse aucun dommage. Nous allons donc très probablement procéder à la pose de palissades de protection. Les devis sont en cours, mais compte tenu de l'importance de nos linéaires de vitrine, le budget s'annonce conséquent. Sans compter qu'une fermeture de la boutique durant les jours du G7 n'est pas exclue et par conséquent le personnel de la boutique sera contraint de rester à la maison, ce qui représenterait un manque à gagner non négligeable pour une enseigne à ce stade de son développement.»
Manque de clarté
Pour Patrick Monticelli, la communication des autorités manque de clarté. «La réunion du 6 mai intervient trop tard. Les commerçants en sont réduits à s'interroger entre eux pour tenter de comprendre quelles mesures adopter ce qui est difficilement acceptable dans ce contexte de tension. 2003 est certes lointain, mais tous les Genevois gardent en mémoire l'ampleur des dégâts subis. Et les événements de ces dernières années dans diverses capitales européennes n'incitent pas à l'optimisme. Nous aurions attendu une prise de position claire et des consignes précises dès la fin de l'année dernière, ou au plus tard en début d'année, afin de permettre aux commerçants de s'organiser dans de bonnes conditions ».
Alors? Elsa Floret de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève juge la dernière rencontre entre les milieux économiques et les autorités, constructive. Toutefois, souligne-t-elle: «Aucune recommandation claire, quant aux mesures à adopter, n’a été donnée. Les entreprises sont dans l’incertitude. Une prochaine réunion est prévue après le week-end de l’Ascension. A l’issue de laquelle, nous espérons pouvoir dispenser des instructions plus précises. L’Etat attend des informations importantes de la part des autorités françaises.