De très nombreuses femmes dénoncent le fonctionnement d’un service pourtant essentiel où l'on enregistre un très grand nombre d'heures d'attente. Les HUG rassurent et promettent une amélioration.
Jeanne*, la trentaine, est soudainement atteinte d’une douleur très vive dans le bas du ventre un samedi en fin d’après-midi. Elle qui a déjà fait une hémorragie interne, en lien avec la rupture d’un kyste ovarien, décide de se rendre immédiatement aux urgences gynéco-obstétricales des hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Mais une fois sur place, c’est la désillusion. Après avoir vu une infirmière, on l’informe que l’attente durera… plusieurs heures avant de voir un médecin. Jeanne, paniquée, évoque une fois encore une souffrance intense. Sans succès sur les délais de prise en charge: 7h plus tard, aucun spécialiste ne s’est manifesté. Régulièrement, une infirmière passe pour demander si la situation n’évolue pas, et pour recommander à la jeune femme de ne pas s’en aller, puisque cela pourrait potentiellement être très grave. Finalement, on vient l’avertir, que l’attente sera encore plus longue.
De quoi ajouter la colère au calvaire de la trentenaire. «C’est inadmissible. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de gynécologues? Est-ce que c’est normal de laisser des gens souffrir comme cela, alors même que j’ai déjà eu un problème de la sorte?»
Nombreux témoignages
Malheureusement, le cas de Jeanne est loin d’être isolé. Sur la page Google des urgences gynéco-obstétricales des HUG, la moyenne des avis est de 1,6 sur 5. Parmi les témoignages, celui de Nagla. «Payer des impôts ainsi qu’une assurance maladie aussi exorbitante tout ça pour attendre 8 heures aux urgences c’est honteux! Revoyez votre système svp parce que cela ne va pas du tout. J’ai dû repartir car l’attente était trop longue. Cela résume le mépris qu’il y a envers la santé gynécologique.»
Un témoignage, rédigé non sans ironie, résume la teneur des avis restants. «Si vous avez besoin de faire une petite introspection sur votre parcours de vie ou faire du tri dans votre boîte mail, cet endroit est parfait! Embarquez pour une expérience de 6 heures minimum si vous ne vous présentez pas avec votre utérus dans la main. Donc si vous venez pour une douleur sans saignements abondants, ne venez pas, prenez rendez-vous ailleurs, vous gagnerez une demi-journée.»
Fréquentation en hausse
Contactés, les HUG et le Département de la santé et des mobilités (DSM) justifient notamment les difficultés auxquelles ils sont confrontés avec la hausse de la fréquentation. «Le service enregistre chaque année près de 22'000 consultations, en hausse de 77% depuis 2015 (15'225) dans une infrastructure planifiée il y a environ 25 ans, à une époque où le nombre de consultations était d’environ 10'000 par année. Entre 2020 et 2025, les consultations urgentes ont augmenté de 62% pour le degré 1 et de 34% pour le degré 2. L’activité de nuit a augmenté de 20% durant cette période», précise Nicolas de Saussure, porte-parole des HUG. Et de reconnaître que les locaux des urgences de gynécologie et d’obstétrique, calibrés pour 10'000 consultations, sont devenus trop petits et inadaptés.
Mais comment expliquer un tel temps d’attente? «A son arrivée, la patientèle est immédiatement reçue par une soignante de sorte qu’elle est très rapidement évaluée et informée sur son état de santé et le temps approximatif d’attente. Dans la très grande majorité des cas, le délai depuis le début de la prise en charge est conforme aux dispositions cadres: degré 1 pour installation immédiate, degré 2 pour une installation dans les 20 minutes, degré 3 pour installation dans les deux heures, et degrés 4 lorsqu’il n’y a pas de délai, avec la possibilité offerte de sortir des locaux, voire de rentrer chez soi et d’être rappelée par SMS. Les explications de ces niveaux de gravité et des délais sont fournies aux patientes mais nous observons qu’elles ne sont pas toujours comprises ou acceptées. Dans les cas où le temps de prise en charge n’est pas respecté, la patiente est réévaluée pour confirmer que son degré d’urgence n’a pas évolué», détaille Nicolas de Saussure, ajoutant que de manière générale, l’attente correspond à la pratique des autres cantons suisses et est inférieure à celle des pays européens limitrophes.
Concrètement, les urgences de gynécologie et d’obstétriques sont composées de quatre médecins cadres (trois avant le 01.05.2o26), dix médecins internes (neuf avant le 01.05.2026) et deux médecins consultants à 10%. De leur côté, les soignants représentent (en équivalent plein-temps): 15.4 sages-femmes, 11.7 infirmières, 5.8 aides-soignants et 2 chargées d’encadrement (infirmière et sage-femme). Le nombre total de soignants a été augmenté de 1,2 plein-temps.
Pour améliorer la situation, les HUG ont toutefois décidé doubler le nombre de médecins présents la nuit qui seront désormais deux (en plus des cadres) dès que le recrutement sera finalisé. Un mandat d’initialisation vient également d’être lancé pour agrandir les locaux .
Conseils
De manière générale, l’hôpital encourage les personnes qui en ont besoin à venir consulter. Avant de se rendre aux urgences, il leur est toutefois suggéré d’utiliser l’application Infomed pour les aider à évaluer leurs symptômes, décider de consulter un médecin, aller aux urgences ou se soigner à domicile. Elles peuvent également appeler la CeSaGE (0800 116 117 - 24h/24, 7j/7) ou, si c’est grave, le 144.
Concernant les doléances, le service en question dit enregistrer un nombre limité de plaintes, entre 25 et 27 par an ces dernières années pour 22'000 consultations. «Il n’y a quasiment jamais de plaintes pour les degrés 1 et 2, ni pour les prestations médicales. Les thématiques portent principalement sur l’attente, la facturation et les explications données aux patientes», rassure Nicolas de Saussure. Qui explique également que chaque plainte fait l’objet d’une analyse individuelle et, quand elle est signée, d’une réponse personnalisée par courrier.
Enfin, l’institution rappelle qu’un espace médiation permet d’exprimer les difficultés rencontrées lors d’un passage à l’hôpital, de faciliter la communication et de sensibiliser le personnel médico-soignant au vécu hospitalier.
«Si nécessaire, et avec l’accord des personnes concernées, un contact direct avec les services ou les différents intervenants est établi afin de trouver conjointement une solution ou des réponses. En 2025, sur un total de 1011 sollicitations reçues à l’Espace Médiation, 11 concernaient l’attente aux urgences de gynécologie et d’obstétrique. En 2026, l’Espace Médiation en a reçu 4 à ce jour», conclut le responsable.
* Nom connu de la rédaction