Sécurité: les communes frontalières sont très inquiètes

Rédigé par
Tadeusz Roth
Canton & Communes

Vols, cambriolages, violences, home-jacking: les Genevois vivant près de la frontière redoutent que les problèmes en France ne débordent dans leurs communes. Sur les réseaux sociaux et les messageries, les témoignages et les conseils de prévention  se multiplient.

«Encore une personne âgée victime d’un vol à l’arraché. Le voyou est reparti sur sa trottinette en direction de la France. Faites attention à vous et à vos proches. J’entends de plus en plus ce genre d’histoires.» Voilà le type de messages qui se multiplient sur les différents groupes Facebook et WhatsApp dédiés à certaines communes, de Thônex à Puplinge, en passant par Veyrier et Jussy. Désormais, les habitants se méfient, surveillant les comportements qu’ils jugent suspects, partageant régulièrement des clichés de jeunes hommes.
Un sentiment d’insécurité qui vire parfois à la psychose, alors que certaines zones de France voisine sont le théâtre de fusillades, notamment sur fond de trafic de drogue. Une violence qui déborde d’ores et déjà à Genève: après de multiples coups de feu tirés à Annemasse et dans les alentours dimanche 11 octobre, un suspect a traversé la frontière, où il a été arrêté après une course-poursuite.
«Il est urgent que le pouvoir politique agisse. On ne se sent plus en sécurité et on peine à voir ce qui est fait pour améliorer les choses. Pourtant, des mesures pourraient tout à fait être prises, par exemple en augmentant les effectifs de police ou en surveillant mieux les passages de frontières», estime un trentenaire, vivant proche du Foron. 
Pétition 
Des préoccupations largement entendues par les autorités de certaines communes, à commencer par Thônex, où une pétition a été lancée. Intitulé «A Thônex, l’insécurité explose», le texte lancé par des habitants et soutenus par le conseiller municipal Andrew Megally a déjà réuni des centaines de signatures. Parmi les demandes formulées: une présence policière visible, une réponse à la hauteur, une meilleure coordination entre les services et une protection pour les personnes vulnérable. 
En réaction, la Mairie a publié une prise de position, dans laquelle elle reconnaît que les vols à l’arraché touchant la région suscitent légitimement des inquiétudes. «Le Conseil administratif a pris connaissance de la pétition récemment lancée. Plusieurs des demandes formulées rejoignent les positions portées et défendues par la Ville de Thônex ces dernières années», écrivent le maire Florian Wünsche et le conseiller administratif chargé de la sécurité, Bruno da Silva. Qui en profitent pour rappeler ce qui a déjà été mis en place: un renforcement des effectifs et des moyens de police municipale, une extension des horaires de patrouille, un renforcement des moyens de prévention socio-sécuritaires, le lancement d’un dispositif permettant une collaboration avec les commerces de jour et de nuit ou encore un plus grand engagement des propriétaires privés.
Fermeture des frontières?
Toutefois, la commune estime que les situations observées dépassent les compétences communales et fait appel à l’Etat. «Les autorités communales réaffirment leur besoin d’être entendues et soutenues par le Canton sur les questions de fermeture nocturnes des petites douanes et du réaménagement des berges du Foron. Ces deux points, formulés par la Commune depuis longtemps, sont des mesures structurelles qui permettraient de pallier en partie au manque d’effectifs alloués à la région et constitueraient une réponse sur le long terme aux défis d’une commune frontalière comme Thônex», estime la Mairie. 
Contacté, le Département des institutions et du numérique (DIN) confirme être attentif aux préoccupations exprimées. «Le climat sécuritaire en France voisine n’est pas sans lien avec les craintes exprimées, notamment dans les communes frontalières. La police suit l’évolution de la situation et adapte ses actions aux réalités du terrain», assure Laurent Paoliello directeur de la coopération et de la communication. 
D’autant que les chiffres communiqués indiquent bel et bien une recrudescence de certains vols ces derniers mois. Pour faire face, la police cantonale rappelle qu’elle agit à la fois sur le plan de la prévention et de la répression, en menant des enquêtes pour identifier les auteurs, en collaborant avec les polices d’autres cantons et pays et en coordonnant ses actions avec les polices municipales et les communes concernées. Pour des raisons opérationnelles, elle ne détaille pourtant pas l’ensemble des mesures prises. «La présence sur le terrain est importante, mais elle ne suffit pas à elle seule. Les auteurs de vols à l’arraché agissent rapidement et sont très mobiles. Leur identification repose aussi sur le travail d’enquête et la coopération avec d’autres forces de police», précise Laurent Paoliello. 
Et pour la demande récurrente d’une fermeture de certaines frontières la nuit? «Il n’est pas possible de fermer les postes-frontières pour des raisons de sécurité, sauf dans des circonstances exceptionnelles, comme lors du G7. Une telle décision relève de la Confédération. Les accords de Schengen garantissent la libre circulation des personnes. Les fermetures de postes-frontières qui interviennent habituellement répondent à des impératifs de mobilité et non à des motifs de sécurité», répond le directeur. 

Un renforcement des contrôles  aux frontières 

Côté politique, de nombreux élus appellent à un sursaut sécuritaire. C’est le cas de Lionel Dugerdill (UDC), qui évoque une situation particulièrement préoccupante. Pour y remédier il demande au Conseil d’Etat  d’intervenir immédiatement auprès des autorités fédérales pour exiger un renforcement des contrôles à nos frontières. «Nous ne pouvons plus accepter que celles-ci soient de véritables passoires pour les délinquants qui viennent commettre leurs méfaits sur notre territoire avant de repartir. Les agents fédéraux chargés de la sécurité aux frontières doivent être affectés prioritairement là où ils sont indispensables à la protection de la population. Leur mission ne peut pas se résumer à la vérification des passeports à l’aéroport de Genève, pendant que nos petites douanes restent insuffisamment surveillées. Nous voulons donc le retour d’une présence visible et dissuasive des gardes-frontières aux passages frontaliers, avec des contrôles ciblés et réguliers, particulièrement dans les secteurs touchés par la criminalité transfrontalière.»
Parallèlement, Lionel Dugerdill sollicite le Canton afin qu’il affecte davantage de policiers sur le terrain et que la coordination entre les différents représentants de l’ordre soit optimisée. «La sécurité de nos concitoyens doit redevenir une priorité absolue», estime-t-il. 
Concernant la fermeture des frontières, l’élu ne partage pas le diagnostic de l’Etat. «C’est une possibilité qui mérite d’être étudiée. Mais une telle mesure ne doit pas être prise isolément. Elle doit s’inscrire dans un concept global. Fermer certaines petites douanes durant la nuit peut avoir du sens, à condition que les passages frontaliers qui restent ouverts fassent l’objet d’une surveillance accrue exercée par les gardes-frontières. Sinon, nous ne ferions que déplacer le problème d’un passage frontalier à un autre.»
Enfin, Lionel Dugerdill appelle la justice à jouer pleinement son rôle. «Les auteurs de délits doivent être identifiés, interpellés et sanctionnés conformément à la loi. Il ne peut pas y avoir de sécurité durable sans conséquences effectives pour ceux qui commettent des infractions.»

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