"Il faut que les emplois profitent d’abord aux gens d’ici"

Rédigé par
Adélita Genoud
Canton & Communes

ÉCONOMIE • L’employabilité figure parmi les principaux défis en termes d'emploi. Il faut à cet égard mieux rapprocher les compétences des demandeurs d’emploi des besoins des entreprises, notamment grâce à des formations courtes et ciblées. Le point avec Delphine Bachmann, conseillère d’Etat en charge de l’Economie, l’Emploi et l’Energie.

– Envisagez-vous d’inciter les entreprises à recruter davantage de résidents genevois (jeunes, seniors, personnes en reconversion)?
A Genève, nous appliquons la préférence cantonale. Concrètement, tout poste vacant à l’Etat – mais aussi dans les institutions de droit public ainsi que les entités subventionnées, comme les HUG, les SIG ou les  TPG – doit être annoncé à l’Office cantonal de l’emploi (OCE) 10 jours avant d’être publié ailleurs. Ces dix jours donnent une vraie longueur d’avance aux personnes inscrites au chômage. Elles ont accès à l’offre en priorité, directement sur Job-Room ou par l’intermédiaire de leur conseiller en personnel. Celui-ci peut également recommander un candidat à l’employeur. L’objectif est simple: faire en sorte qu’un emploi disponible à Genève profite d’abord, chaque fois que c’est possible, à quelqu’un qui cherche déjà du travail ici.

– Et cela fonctionne? 
Oui, la Cour des comptes a récemment confirmé l’efficacité de ce dispositif. Elle a ainsi relevé dans son rapport que l’administration cantonale a publié 1473 annonces de places vacantes en 2025, qui ont donné lieu à l’engagement de 827 demandeurs d’emplois inscrits à l’ORP de Genève. Cette logique existe aussi pour le secteur privé. Le droit fédéral oblige les entreprises à annoncer leurs postes vacants dans les professions où le taux de chômage atteint au moins 5%. C’est actuellement le cas pour les secteurs de l’hôtellerie-restauration, de la communication et du marketing ainsi que du bâtiment.
Mais donner la priorité aux personnes au chômage ne suffit pas. Encore faut-il qu’elles aient les compétences recherchées par les entreprises. C’est là que se situe aujourd’hui notre principal défi: rapprocher les profils des quelque 18'000 personnes inscrites au chômage des besoins réels du marché du travail. C’est tout l’enjeu de l’employabilité et du Plan directeur que nous avons lancé dans ce domaine.

– Votre lien avec les entreprises? 
Nous travaillons directement avec elles. Dans des secteurs qui recrutent  – commerce de détail, métiers aéroportuaires, horlogerie notamment – certains secteurs proposent des formations courtes et très concrètes à des demandeurs d’emploi, qui continuent pendant ce temps à percevoir leurs indemnités. A la sortie, ils disposent de compétences directement reconnues et recherchées par la branche. Swissport, Manor ou Migros se sont déjà engagés dans cette voie.
En parallèle, les demandeurs d’emploi ont accès à un large choix de formation sur le site Zeteo: langues, compétences numériques, bilans de compétences utilisant les outils de l’intelligence artificielle, perfectionnements professionnels. 
On peut encore préciser que lorsqu’une entreprise engage une personne en fin de droits ou un candidat qui a besoin d’une formation spécifique pour être immédiatement opérationnel, l’Etat peut – sous certaines conditions – prendre temporairement en charge une partie du salaire. L’objectif est de lever les obstacles à l’embauche. L’Etat doit montrer l’exemple. Mais les entreprises privées ont clairement, elles aussi, un rôle à jouer.

– Allez-vous réduire les délais de traitement des autorisations et démarches économiques ?
Début 2025, nous avons créé au sein de mon département le Guichet entreprises, avec une ambition très simple: faciliter la vie des entrepreneurs et leur éviter le parcours du combattant administratif.
Créer une société, ouvrir un commerce, développer son activité ou simplement savoir à quelle porte frapper: il existe un point d’entrée clairement identifié au sein de l’administration. Près de 1000 demandes ont déjà été traitées.
Mais l’intérêt de ce guichet va plus loin. Il nous permet d’être beaucoup plus proches du terrain, de comprendre où ça bloque pour simplifier les démarches en lien. Une administration efficace doit savoir remettre en question ce qui ne fonctionne pas correctement. C’est exactement la démarche que nous avons engagée cet été concernant la climatisation. Face à des épisodes caniculaires plus fréquents et plus intenses, certaines règles ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui. Nous devons donc repenser notre politique du froid comme nous avons pensé celle du chaud: pouvoir travailler, dormir et vivre dans des températures supportables en été doit être aussi naturel que se chauffer en hiver.

– Concernant les jeunes, comment faciliter les stages et contrats d’insertion qualifiants? 
Avec les milieux économiques, nous avons gagné la bataille des jobs d’été des étudiants ce printemps, qui permet de déroger au salaire minimum durant les vacances. Certaines entreprises (l’Union maraîchère genevoise ou la Migros notamment) ont pu proposer davantage d’emplois aux étudiants et leur offrir une première expérience professionnelle.

– Une autre mesure concrète? 
Nous menons un travail de fond en partenariat avec le Département de la cohésion sociale et l’Hospice général autour de la refonte des emplois de solidarité. Concrètement, il s’agit de repenser les parcours pour que les personnes accompagnées ne restent pas cantonnées durablement dans des postes fortement subventionnés, souvent déconnectés des réalités économiques et peu valorisants. Nous souhaitons au contraire leur offrir des passerelles vers des contrats classiques, en misant sur la montée en compétences, l’accompagnement individualisé et la reconnaissance des acquis. L’enjeu est double: restaurer la confiance des bénéficiaires dans leur capacité à s’insérer, tout en répondant aux besoins des employeurs en quête de main-d’œuvre qualifiée.

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