Les enfants sont-ils en danger dans les vélos cargos?

Rédigé par
Adélita Genoud
Société

CIRCULATION • La présence de véhicules imposants et la multiplication des travaux rendent les routes parfois peu sûres pour des usagers de la mobilité douce.

Jean, habitant d’une commune, est à la fois inquiet et en colère face à une pratique qu’il observe de plus en plus fréquemment dans les rues genevoises: le transport de très jeunes enfants à l’avant de vélos cargos.
«Au fil de mes déplacements, j’observe une pratique qui m’interpelle profondément: celle consistant à transporter de très jeunes enfants à l’avant de vélos, dans un espace totalement exposé à la circulation. Sans remettre en cause la légalité de cette pratique, elle soulève à mes yeux une véritable question de responsabilité et de perception du risque», explique-t-il.
Pris dans le trafic
Selon lui, certaines situations rencontrées dans le trafic renforcent ce sentiment d’inquiétude. Il évoque notamment des comportements jugés imprudents, tels que le non-respect de la signalisation lumineuse, l’utilisation de voies réservées aux bus ou aux taxis, ou encore une cohabitation tendue avec les autres usagers de la route. «Ce qui m’alarme particulièrement, ce sont les conditions dans lesquelles cela se déroule parfois», poursuit-il. «Dans ces moments-là, j’ai le sentiment que ces enfants se retrouvent involontairement placés dans une position de vulnérabilité extrême, sans être en mesure de comprendre ni de refuser ce qu’ils vivent.» Il n’est pas le seul. D’autres témoignages lui font écho. «Comment peut-on s’engager dans le trafic particulièrement périlleux en raison de la multiplication de travaux sur le domaine public avec des bambins placés aux premières loges?», relèvent des riverains.
Contacté, le président de l’association Pro Vélo Genève, Olivier Gurtner, propose une lecture différente de la situation. Selon lui, si danger il y a, il est avant tout lié à la présence massive de véhicules motorisés de grande taille en milieu urbain. Il rappelle notamment que la part des immatriculations de SUV a fortement augmenté ces dernières années, atteignant 58% en 2025 selon Comparis.
«Ces voitures représentent un risque réel pour l’ensemble des usagers de la mobilité douce», estime-t-il. Pour le responsable associatif, la réponse ne passe pas par une remise en cause des pratiques cyclistes, mais par une adaptation des infrastructures: «Comme le demandent de nombreux piétons et utilisateurs de vélos, la mise en place de pistes sécurisées demeure la solution la plus efficace. Les nombreux chantiers ouverts à Genève devraient permettre, conformément aux orientations de la nouvelle législation fédérale, de développer ces espaces protégés et de mieux sécuriser la cohabitation entre les différents modes de transport.» 
Davantage d’espaces dédiés
Du côté du Département de la santé et des mobilités (DSM), on affirme: «La sécurité de l’ensemble des usagers de la route constitue une priorité absolue. Qu’il s’agisse des piétons, des cyclistes, des enfants, des personnes âgées ou des automobilistes, chacun doit pouvoir se déplacer dans l’espace public dans les meilleures conditions possibles.» Alors? «Ces dernières années, de nombreux progrès ont été réalisés pour améliorer les déplacements à pied et à vélo. Le développement d’aménagements dédiés ainsi que la sécurisation de nombreux itinéraires contribuent à réduire les risques et à favoriser une meilleure cohabitation entre les différents modes de transport. En collaboration avec l’ensemble des acteurs de la mobilité, ces améliorations doivent se poursuivre. L’expérience montre que lorsque les aménagements sont adaptés et clairement séparés là où cela est nécessaire, les conditions de déplacement s’améliorent pour tous. C’est particulièrement important pour les familles qui choisissent de se déplacer à pied ou à vélo au quotidien.»
Reste évidemment, comme le relève encore le DSM, qu’au-delà des infrastructures, la sécurité repose également sur le respect mutuel entre tous les usagers. Chacun a un rôle à jouer pour que les déplacements  se déroulent dans un climat de  confiance, d’attention et de responsabilité.

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