MOBILITÉ • A Genève, l’usage d’une vignette prioritaire pour les véhicules affectés au transport professionnel (tPro) pourrait fluidifier le trafic.
Le transport professionnel de marchandises vient de remporter une étape importante: désormais clairement identifié dans la loi, via une vignette spéciale, il pourra bénéficier de mesures adaptées en matière de circulation et de stationnement. Jusqu’à présent, l’absence de base légale limitait la mise en œuvre de dispositifs spécifiques. Pour remédier à cette situation, le Grand Conseil a récemment adopté à une quasi-unanimité, un projet de loi du gouvernement. Celui-ci vise à faciliter les déplacements ainsi que les opérations de chargement et de déchargement des entreprises. Un enjeu de taille puisque ce secteur représenterait jusqu’à 20% du trafic routier. Le transport de personnes reste exclu du dispositif, à l’exception des taxis.
La mesure adoptée par le parlement est d’autant plus importante que le coût annuel des embouteillages sur l’économie locale est estimé à 50 millions de francs . Il s’agit du temps perdu par les sociétés en raison des retards de livraison, de la baisse de productivité, des surcoûts logistiques et d’une partie des frais énergétiques. De fait, ces changements sont cruciaux car pour le moment ceux qui vivent du transport de marchandises sont soumis au même régime que les véhicules privés. Le conseiller d’Etat Pierre Maudet en est le premier convaincu. Le chef du Département de la santé et des mobilités (DSM) devrait cependant veiller à ce que la fluidité des transports publics – dont la vitesse commerciale est jugée essentielle – soit garantie.
Base expérimentale
Le projet de loi émane en fait des derniers Etats généraux des mobilités. Bien qu’il ait fait l’objet de discussions, ce système peut être combattu par référendum (peu probable), mais aussi par recours à terme. Il sera mis en place sur base expérimentale jusqu’en 2030. Le gouvernement doit encore définir les conditions d’octroi de la vignette et la manière de la contrôler. Il devra aussi préciser quels tronçons pourront être empruntés par les véhicules concernés. Il pourrait s’agir de places de parcage réservées de l’accès à certaines voies de bus selon un horaire précis (voire à des axes propres) ou encore d’exemptions à des interdictions de tourner.
Sans surprise, les milieux concernés ont le sourire, même si certains patrons craignent que l’effet ne soit marginal. Douze associations pro-économie ont même activement milité pour la mise en place de mesures de priorisation du transport professionnel sous l’égide de Genèvemobilité, en mandatant deux bureaux d’études. Il en est ressorti que cette vignette était nécessaire afin de définir et d’identifier le transporteur professionnel», déclare son secrétaire patronal Erik Simonin. Mais le groupement restera attentif à la mise en œuvre du projet, tant sur le stationnement que sur la circulation: «Nous procéderons à une pesée d’intérêts par rapport aux autres moyens de locomotion pour savoir si nous soutiendrons les mesures concrètes qui découleront de cette vignette».
Par communiqué, l’ASTAG-Genève (association des transports routiers) a aussi une vision claire du sujet: «Nos véhicules ne circulent pas pour le plaisir, mais parce qu’ils permettent aux commerces d’être approvisionnés, aux chantiers de se concrétiser, aux entreprises de fonctionner», explique son président Adrien Genecand, aussi directeur de Balestrafic.
Sans avoir pris de position officielle, l’Association Transports et Environnement-Genève (ATE) se montre plus nuancée. «Nous avons toujours été favorables à ce que les professionnels puissent bénéficier de bonnes conditions, mais pas n’importe comment», réagit sa présidente, Caroline Marti, également députée socialiste. A ses yeux, une priorisation doit être faite face aux véhicules motorisés privés, mais pas au détriment de la mobilité douce et de la vitesse commerciale des transports en commun.
Risque d'effet incitatif
«Nous serons attentifs aux conditions d’octroi par le Conseil d’Etat, ainsi qu’à la mise en application et à la surveillance des mesures, car un effet incitatif auprès de resquilleurs irait à l’encontre du projet», précise Caroline Marti. Enfin selon l’ATE, l’avenir du transport urbain doit passer le plus possible par une mobilité non-polluante, tels que les vélos-cargos pour les petits volumes et les véhicules électriques pour les plus gros.
Genève aura un peu plus de trois ans pour déterminer s’il vaut la peine de miser sur une hiérarchie de ses usagers motorisés via une vignette. Peut-être même deviendra-t-elle un laboratoire en la matière. C’est sans doute cet automne que sera lancé ce test grandeur nature.