La cybermenace est devenue l’une des principales sources d’inquiétude des dirigeants un fléau qui ne touche pas seulement les grands groupes, mais aussi les boulangers, architectes ou fiduciaires. Les fédérations d’entreprises multiplient prévention et formation.
La vulnérabilité identifiée la semaine dernière à l'échelle internationale au sein de PHP, le langage de programmation qui actionne près de 70% des sites Internet de la planète, est loin d’être anecdotique. La faille permettait à des pirates d'exécuter du code à distance sans authentification. Par mesure de précaution, l’accès à certains sites a été temporairement suspendu dès la fin de l’après-midi du 21 octobre. Et plus de 222 serveurs ont été mis à jour et 53 plateformes ont fait l’objet de mesures de sécurisation.
Patrons inquiets
Et du côté des entreprises, la peur du cyber grand méchant loup plane-t-elle? L'illusion selon laquelle le tissu économique local – composé majoritairement de petites structures – serait épargné commence à voler en éclats. Le tout récent Baromètre des entreprises romandes, réalisé par la Fédération auprès de ses membres, est sans appel: la cybersécurité et les risques numériques constituent aujourd'hui le premier sujet d'inquiétude pour 56,8% des patrons. Et il y a de quoi, dans son dernier rapport la police cantonale chiffre à 29 millions de francs suisses le montant du préjudice global total enregistré dans le canton sur un an. Ce chiffre a bondi de 30%, alors même que le nombre total d'infractions numériques a diminué pour la première fois depuis 2020.
De la préparation
Pour la faîtière, qui soutient les intérêts de ses 29’000 entreprises membres, l'urgence est aussi technique qu'humaine. L'étude montre que si 80% des petites entreprises effectuent rigoureusement leurs mises à jour, elles pèchent cruellement par manque de préparation. Seule une PME sur trois forme régulièrement son personnel aux risques numériques. Pire encore, alors que la quasi-totalité des patrons sauvegardent leurs bases de données, à peine 25% prennent le temps de tester si ces sauvegardes peuvent réellement être restaurées en cas de crise.
Etat des lieux et formations
Pour combler ce fossé, la FER Genève met à disposition un questionnaire de maturité en cybersécurité gratuit, conçu d'après les exigences strictes du label Cyber-Safe. Cet outil offre aux dirigeants genevois un diagnostic chiffré et des graphiques clairs pour auditer leur gouvernance, la sensibilité de leurs équipes et leurs barrières techniques.
«Le rôle de la FER Genève est avant tout d’informer ses membres sur les enjeux de cybersécurité, afin qu’ils puissent prendre conscience de leurs vulnérabilités potentielles», insiste Georges Carl Fabre du Pôle Media de la fédération. Afin d’ancrer ces compétences, des sessions pratiques intitulées: La cybersécurité au quotidien: adopter les bons réflexes numériques se tiendront les 4 février et 17 septembre 2027 dans les locaux du centre de formation SPARK à Plan-les-Ouates. Menées par l'expert Nicolas Vernaz, elles apprendront aux employés à déjouer l’hameçonnage, sécuriser les mots de passe et réagir sans panique lors d'une intrusion. Des actions de sensibilisation Hackers 1 PME 0: changeons le score ont également été dispensées en juin dernier.
La FER Genève rappelle quelques réflexes importants: ne jamais éteindre les machines pour préserver les preuves numériques, déconnecter immédiatement les câbles réseau et le Wi-Fi, et alerter les services de police compétents.
«Des millions d’attaques contenues»
Du côté du Département des institutions et du numérique, Florence Forget, chargée d'information et communication, dresse un état des lieux des actions en cours.
– Les cyberattaques se multiplient, sommes-nous impuissants?
L’Etat fait face à ces attaques de manière efficace: des millions d’attaques se produisent chaque jour sur les infrastructures de l’Etat sans qu’elles n’aboutissent à des intrusions ou des vols de données.
– Les mises à jour et les mesures préventives sont-elles suffisantes ou les organisations prennent-elles encore trop de risques?
Les mises à jour constituent une mesure fondamentale, mais elles ne suffisent pas à elles seules. Une protection efficace repose sur plusieurs couches de sécurité: la gestion des vulnérabilités, le contrôle des accès, la surveillance des systèmes, la segmentation des réseaux, la protection des données et la capacité à restaurer rapidement les services en cas d'incident.
– Lorsqu’un site est compromis, quelles garanties que les données personnelles et les informations sensibles n’ont pas été volées ou modifiées?
Des investigations techniques sont menées pour déterminer si des accès non autorisés ont eu lieu, quelles données auraient pu être consultées et si des modifications ont été effectuées. Ces analyses s'appuient notamment sur les journaux d'activité, les mécanismes de surveillance et les outils de détection des incidents. La protection des données repose également sur le chiffrement, la limitation des droits d'accès et la séparation des environnements.
– Quelles mesures sont mises en place pour endiguer ce fléau?
Le rôle de la police est de remonter les auteurs de crimes et délits afin de les identifier et les déférer à la justice. Cela étant, elle prend très au sérieux la prévention en multipliant les canaux d'information à destination de la population, notamment via les réseaux sociaux. La police dispose également d'une stratégie Vision 2030+ qui intègre un projet de prévention destiné aux particuliers et aux entreprises.