NEGOCIATIONS - Au rythme où s’emballe le débat sur les Bilatérales III, les chars européens franchiront bientôt le Gothard. On parle de protectorat, de soumission et même de colonialisme. Il ne manque plus que les légions devant le Palais fédéral.
Le vocabulaire enfle. Le débat, lui, s’éloigne parfois de l’essentiel. Car les Bilatérales III ne demandent pas si la Suisse aime Bruxelles. Elles posent une question plus inconfortable : comment un petit pays préserve-t-il sa liberté dans un monde où personne n’agit seul ? Pendant que nous rejouons Guillaume Tell, les États-Unis, la Chine et l’Union européenne cherchent à sécuriser leurs technologies, leurs approvisionnements et leurs débouchés. Le monde s’organise. La question n’est plus de savoir si nous coopérons, mais comment. Or une étrange idée s’est installée. L’indépendance se mesurerait à la distance que nous mettons entre nous et nos voisins.
Comme si un pays exportateur devenait plus souverain en compliquant ses échanges avec son premier marché. Pour une PME qui doit certifier deux fois son produit, cette souveraineté-là paraît soudain moins romantique. Comme si l’influence augmentait avec l’isolement.Comme si la liberté consistait à rester seul. La Suisse a pourtant bâti son succès sur une intuition inverse. Coopérer sans adhérer. Négocier sans s’effacer. S’ouvrir sans se dissoudre. Une méthode pragmatique et plus efficace que les grands récits héroïques.
Le Conseil des États a approuvé les Bilatérales III cet automne. Au tour du National. Mais c’est bien le peuple qui aura le dernier mot. D’ici là, laissons Bruxelles loin des portes d’Uri et Guillaume Tell à sa légende. Le monde n’attendra pas que nous