PATRIMOINE - Lovée dans la pente face au lac, tel un mollusque contemplant le paysage, la villa Kjellman est la première réalisation genevoise de l’architecte Daniel Grataloup (1937-2026). Elle est désormais inscrite à l’inventaire des bâtiments dignes de protection.
C’est sur les coteaux d’Anières que Daniel Grataloup, artiste protéiforme et architecte autodidacte, réalise entre 1970 et 1972 cette énigmatique villa. Ses formes organiques, aléatoirement percées d’ouvertures ovoïdes, l’apparentent d’emblée au mouvement de l’«architecture-sculpture» qui prône après-guerre la rupture avec l’orthodoxie moderniste. À l’opposé des habitations collectives et anonymes produites alors par milliers, la maison individuelle incarne au contraire selon lui le lieu idéal pour que s’épanouisse la liberté créatrice des architectes.
Défenseur d’une architecture aux formes libres, Grataloup ne cesse tout au long de sa carrière de faire l’éloge de la courbe. Il conçoit ainsi les espaces de la villa à partir de l’étude des gestes et déplacements de ses futurs occupants, l’enveloppe qui les délimite prenant ainsi l’aspect d’une peau souple, lisse et continue, une «solidification des mouvements».
Loin de se limiter à l’enveloppe, la conception organique de la villa s’étend naturellement à l’aménagement intérieur, au mobilier et à l’équipement technique de l’habitation. Grataloup charge par ailleurs l’artiste neuchâtelois Jean Latour d’en réaliser les portes en fonte d’aluminium et fait participer son épouse, la sculptrice Diana Schley, à la conception de la cheminée du séjour.
Conservée dans un état d’intégrité et d’authenticité remarquable, le prototype que représente la villa Kjellman est un manifeste qui a rapidement acquis une notoriété internationale. Elle est désormais inscrite à l’inventaire des immeubles dignes de protection.