"A l'aéroport de Genève, le temps moyen du passage de sûreté est très bon!"

Rédigé par
Gil Egger
Genève

Voilà sept mois que le nouveau directeur général Jean-François de Saussure a pris ses fonctions. Le moment de faire le point sur les avis qui apparaissent en ligne.

GHI: Les réseaux sociaux ne sont pas la plus fiable des sources, mais on y trouve des critiques sur l’aéroport de Genève. Principalement les jours d’affluence, sur les délais d’attente. Comment percevez-vous cela? 
JFS: Nous avons dix à douze week-ends dans l’année où l’affluence provoque des files d’attente qui peuvent sembler longues. J’aimerais dire que nous avons aussi des avis positifs, de passagers qui sont attachés à un aéroport à taille humaine, compact, où les distances sont courtes. Nous entendons les mécontents. Dans un sens, ils ont raison, et je peux vous expliquer pourquoi.  Le nouveau système de contrôle a été installé au niveau européen, l’EES ou Entry Exit System. En tant que Suisses, nous avons été les premiers, cela fait partie de notre perfectionnisme. Le premier enregistrement dans ce système européen a été fait par un agent de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité aux frontières le 12 octobre dernier à 6h10 à Genève! Dans le déploiement du système, il s’agissait, dans un premier temps, d’enregistrer les données de 10% des passagers non Schengen, puis les douanes sont passées à 30% jusqu’à mi-avril et désormais c’est 100%. Dès lors avec la meilleure volonté du monde, cela prend quelques minutes par personne.

– Qu’est-ce qu’on enregistre? 
La première fois, le passager donne ses données biométriques, sa photo, ses empreintes, etc., et passe devant le douanier qui les vérifie dans son ordinateur et les valide. Une fois cette étape franchie, il est enregistré pour trois ans et pourra traverser plus rapidement via les consoles automatiques. Du fait du déploiement progressif, un citoyen britannique qui est venu skier durant la première période d’enregistrement ne sait pas s’il est dans le système ou non, donc, à sa visite suivante, il va refaire la procédure et cela occasionne des files d’attente. Ce déploiement cet hiver nous a pénalisés, comme tous les aéroports alpins, puisque nous accueillons de nombreux skieurs hors Schengen, des Britanniques en particulier. Les douanes ont bien attribué des renforts, elles forment des collaborateurs, mais je crains que ces nouvelles forces ne fassent que remplacer le personnel provisoire dont Genève Aéroport a pu bénéficier.

– Avez-vous un moyen de faire pression sur les douanes? 
Nous n’avons pas de moyen de pression, nous avons en revanche des réunions de coordination très fréquentes et positives, c’est, si vous voulez, notre moyen d’influence. Nous leur fournissons des prévisions de trafic afin de les aider à dimensionner leurs équipes. 

–  Qu’en est-il des départs et des contrôles de sécurité où parfois peu de points de passage sont ouverts? 
Là encore, nous dimensionnons le personnel en fonction des prévisions. Il faut savoir qu’en comparaison internationale, le temps moyen du passage de sûreté est très bon à Genève. Il y a un effet visuel. Nous constatons que, même si la file est longue, tant qu’elle avance, les gens sont contents. En réalité, les temps réels ne dépassent que rarement les douze minutes. Encore une fois, il y a quelques exceptions avec les week-ends de vacances de ski. Mais les enquêtes de satisfaction menées tout au long de l’année montrent que nous obtenons de très bons résultats sur ce critère.

– La dimension de l’aéroport n’est-elle pas trop réduite? 
Nous avons une piste, ce qui limite naturellement le nombre de vols. Ils sont d’ailleurs en légère diminution, alors que celui des passagers augmente, ce qui signifie que le remplissage des avions s’améliore. Nous sommes limités par nos infrastructures, qui ne cessent cependant d’évoluer. Le tri-bagages a été modernisé et mis en service à la fin de l’an dernier. Et là aussi les attentes sont plus courtes.

– La douane peut-elle, dans ce cas également, ralentir le processus? 
Il peut arriver que le contrôle et le scannage de tous les bagages d’un avion soient décidés, c’est assez rare, heureusement.  

– D’autres chantiers en cours? 
Celui du satellite 10, devant la tour de contrôle Goldorak comme on la surnomme. Il y aura cinq nouvelles salles d’embarquement et quatre nouvelles positions d’avions. Cela permettra un accès direct à bord et limitera l’usage de bus. A terme, un gros chantier va tout changer à l’extérieur. Le toit de la gare CFF va être transformé et donner jour à une plateforme d’échange multimodale. La file d’attente des taxis va passer du côté du tri-bagages, devant le P46. Cela va libérer de l’espace pour la circulation pour les transports publics et un accès facilité au terminal transformé.

– Le kiss and fly du départ est calamiteux, cela va-t-il changer? 
Nous prévoyons de l’améliorer en deux temps. D’abord avec une signalétique. Vous avez raison, les voitures s’arrêtent souvent trop tôt, au niveau du passage piétons, cela provoque une file jusque devant la gare. Ensuite, nous envisageons un système où les voitures ne seront plus en file indienne, mais s’arrêteront en épi, et repartiront en marche avant. Des contrôles empêcheront les automobilistes de stationner pour aller dans l’aérogare, le but est bien de conserver une zone d’arrêt minimum.  

– Et votre projet CAP 2030? 
Il concerne l’aérogare, construite en 1968. Elle a été adaptée de nombreuses fois, mais cela ne suffit plus. Nous devons assurer un plus grand confort pour les passagers et les commerçants. Le bâtiment sera élargi pour offrir de l’espace pour le check-in, le contrôle de sécurité, l’arrivée des bagages. L’accessibilité sera améliorée. Ainsi, nous rejoindrons les standards internationaux des grands aéroports. Sans cette adaptation, nous savons qu’à l’horizon 2030-2040, nous serions sérieusement dépassés.

– Peut-on dire que Genève a un grand aéroport? 
Oui, avec 18 millions de passagers, il est parmi les grands en Europe. Avec la chance d’avoir un parking à 100 mètres du tapis arrivées bagages, une gare intégrée et la ville tout près. Une accessibilité qui est un gros avantage comparé à Paris ou Londres. Et puis les liaisons évoluent, En 2025, s’est ajoutée une nouvelle ligne intercontinentale vers la Chine. En 2026, nous accueillons une nouvelle compagnie roumaine, AnimaWings, et Air Europa qui reliera Madrid et offrira une relation aisée vers l’Amérique du Sud. Nous travaillons aussi sur une liaison Genève Singapour.

En savoir plus