COMMERCE • Au début de l’été, une première Migros automatisée a été lancée le dimanche dans le quartier de Vieusseux. Un concept qui séduit le consommateur, malgré les réticences syndicales. Reportage.
«Le besoin de la population locale est évident, explique Grégory Décaillet, directeur général de Migros Genève, au vu de la fréquentation des magasins des gares de Cornavin et de l’aéroport, mais aussi du tourisme d’achat dominical en France voisine. Nous avons la chance d’avoir la taille critique et les équipements automatiques pour le faire, contrairement aux commerces de plus petite taille.» Le géant orange avait d’abord pensé à choisir un franchisé VOI Migros Partenaire. Mais la collaboration étroite avec la Société Coopérative d’Habitation de Genève, propriétaire des lieux, s’est en l’occurrence révélée idéale pour un essai-pilote. Le lancement s’est opéré tranquillement durant les vacances d’été.
«C’est pratique»
Hormis des ajustements inévitables, les premiers échos se révèlent positifs auprès de la clientèle. Depuis la fin juillet, les premiers consommateurs se succèdent dans l’échoppe à un rythme régulier, mais sans attirer non plus la foule. Cela constitue d’ailleurs l’un de ses attraits, contrairement aux shops des gares. Malik, un jeune du quartier, est déjà un habitué des lieux: «C’est pratique, d’autant plus que j’apprécie les produits de la marque. Et je trouve normal que Genève – longtemps en retard face à d’autres villes – s’aligne sur cette tendance.» Alejandro est venu des Avanchets pour tester le concept: «Je trouve cette automatisation facile d’usage, et ce magasin n’est pas dans un lieu de passage, même s’il y a un peu moins de produits disponibles ici». C’est aussi la curiosité qui a attiré Stéphanie et Gabriel, habitants de la Servette voisine: «Il y a une belle variété d’articles, même certains produits frais. Cela ne va pas remplacer nos habitudes dans notre Migros de quartier, qu’on apprécie pour la présence de personnel, mais c’est une complémentarité intéressante.» Catherine, les cheveux grisonnants, est venue à vélo «dans le but d’acheter des oignons pour une tarte. Un dépannage pas trop cher» qu’elle apprécie. Le paiement par carte bancaire n’est plus un problème pour elle, comme pour la plupart des usagers. Certes, certains clients dépourvus de carte bancaire ou rebutés par les caisses automatiques ont formulé quelques critiques. «Nous avons tout de suite amélioré la communication devant le magasin pour ne surprendre personne, répond Grégory Décaillet. Mais il faut bien comprendre que ce sont les mêmes caisses que la semaine et que nous ne pouvons pas changer d’équipement pour accepter le cash le dimanche!»
Un laboratoire
Et que répondre au syndicat du tertiaire qui prétend que le patronat profite ainsi de l’interdiction d’embaucher du personnel le dimanche? «C’est faux, aucune économie d’heures de travail n’est réalisée, aucun emploi n’est supprimé, le taux d’activité augmente, il y a d’ailleurs du travail supplémentaire le samedi après-midi et le lundi matin!» Le syndicaliste d’Unia-Genève Balmain Badel conteste cette analyse: «Un magasin sans personnel, ça n’existe pas. Ici, nous parlons d’un supermarché urbain, qui sert de laboratoire pour étendre progressivement le commerce automatisé et les horaires d’ouverture. Je déplore aussi qu’une partie du travail auparavant effectuée par le personnel soit désormais assumée gratuitement par la clientèle, qui identifie, scanne ses achats et les paie à la place du personnel dédié. Si Migros prétend ne pas vouloir réduire ses équipes, ce modèle accroît malgré tout la pression sur les conditions de travail et sur les effectifs à long terme. Le risque est de remplacer progressivement des postes stables par davantage de sous-traitance et de travail fragmenté. Unia demandera donc une transparence complète. La question n’est pas de savoir si la technologie avance, mais qui profite réellement des gains qu’elle permet. Si les gains de productivité sont réels, ils doivent bénéficier aux salariés et aux consommateurs, pas uniquement aux grandes enseignes.» On sait que le commerce de détail vient d’obtenir l’ouverture de deux dimanches supplémentaires: «Une exception ne doit pas devenir un chèque en blanc pour la grande distribution», dénonce le représentant d’Unia. «Il serait bienvenu que la loi accepte l’évolution des usages et reconnaisse le dimanche comme un jour d’activité commerciale et donc de travail pour les employés qui le souhaitent, rétorque Grégory Décaillet. Ne serait-ce que pour les deux dimanches avant Noël, nous avons une liste d’attente de collaborateurs motivés à travailler ce jour-ci, mieux rémunérés.»
«Problème sécuritaire»
«Nous avons aussi dû apprendre quels produits frais pouvaient être vendus le lendemain! Le dimanche, plus qu’en semaine, nous sommes tributaires de la météo, les achats impulsifs se font selon les activités du moment», explique le dirigeant de Migros-Genève. Un service de piquet, qui fonctionne déjà pour les autres magasins dominicaux des gares, reste néanmoins mobilisable en cas de problème sur les caisses automatiques. «Au cas où le premier bilan se révélait positif, nous avons déjà identifié quelques magasins facilement automatisables. Mais notre volonté n’est pas non plus de généraliser le concept à Genève. D’ailleurs, la surface ne doit pas excéder 400m² et répondre aux critères adéquats», précise Grégory Décaillet. S’agissant d’une ouverture de nuit, comme en Appenzel, la question n’est pas à l’ordre du jour: «Les Genevois n’ont pas un besoin pressant d’ouvrir des commerces tard le soir ou tôt le matin, même si la loi nous le permettrait. Il y a aussi un problème sécuritaire au vu de la proximité immédiate de la frontière. Ce serait trop risqué», conclut le représentant du géant orange.