Faut il s'inquiéter pour les chiens des mendiants?

Rédigé par
Tadeusz Roth
Genève

Des citoyens sont inquiets de l’état de santé de certains animaux vivant avec des sans-abris.  Ils dénoncent de mauvais traitements et suspectent des fraudes sur des documents officiels liées à  des réseaux de mendicité.
Les autorités effectuent maints contrôles. 

«A chaque fois ça me déchire le cœur. Depuis quelque temps, on voit des chiens aux quatre coins de Genève, à même le sol, en plein soleil, souvent sans rien à boire. C’est une situation vraiment triste», dénonce Sophia*, une Genevoise impliquée dans la défense de la cause animale. Dans son viseur? Des faits de maltraitance et du commerce de chiots dont la quadragénaire a été témoin, impliquant d’après elle des réseaux de mendicité organisée. «J’ai personnellement vu des propriétaires tirer brutalement un chiot par la patte. L’animal étant dans un état de terreur tel qu’il a uriné sur lui-même et sur la personne en question. Plusieurs fois, j’ai observé aussi un homme tirer le chiot avec une laisse alors que celui-ci tentait de faire ses besoins. Ce qui constitue une violation grave de son bien-être et de ses besoins biologiques fondamentaux. De manière générale, ces chiots sont maintenus toute la journée sur le bitume, sans accès à une surface souple, sans abri contre le soleil ou le froid, et sans aucune stimulation nécessaire à leur jeune âge», estime-t-elle.
Groupe citoyen
Pour faire avancer les choses, Sophia a rejoint un groupe de personnes impliquées dans cette cause. Ensemble, elles documentent les cas et tentent d’alerter autour de cette problématique. D’autant que le groupe suspecte également une fraude documentaire, source de risques sanitaires ainsi que du commerce illégal. «Une tentative de vente de chiot au prix de CHF 1000.- a été constatée. L’animal n’est pas utilisé comme compagnon mais comme un «objet» de profit et un outil de mendicité, portant gravement atteinte à sa dignité.» De quoi pousser la Genevoise à demander aux autorités de prendre des mesures urgentes pour séquestrer ces animaux et vérifier la légalité de leur détention. 
Interrogé, le Canton rappelle que la présence d’un chien aux côtés d’une personne en situation de précarité ne constitue pas, en soi, une infraction. Il précise également que la législation sur la protection des animaux impose que ceux-ci soient détenus et traités conformément à leurs besoins. La loi protège notamment leur bien-être et leur dignité. Chaque situation est évaluée au regard de ces exigences et des circonstances concrètes. Ainsi, le Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) peut, lorsque les circonstances le justifient, ordonner les mesures nécessaires au rétablissement d’une situation conforme au droit.
152 procédures 
Le SCAV reconnaît par ailleurs être sollicité lors de situations très diverses et effectuer des contrôles. «Lorsqu’un signalement ou des informations laissent suspecter une infraction à la législation, nous menons des investigations et nous procédons, si nécessaire, à des contrôles vétérinaires officiels. Depuis le début de l’année 2026, 152 procédures d’instruction ont été ouvertes à la suite d’alertes faisant état de suspicions de maltraitance envers des animaux de compagnie», détaille le Service, rattaché au Département de la santé et des mobilités. 
En 2025, 221 chiens ont été pris en charge par la fourrière cantonale. Depuis janvier de cette année, 131 y ont été accueillis. Les motifs de prise en charge sont variés: chiens trouvés ou en divagation, situations liées à la sécurité publique ou à une procédure administrative, ou encore impossibilité temporaire pour le détenteur de s’occuper de son «compagnon» par exemple en raison d’une hospitalisation ou d’une arrestation. Lorsqu’un séquestre devient définitif ou qu’aucun détenteur ne récupère l’animal dans les délais prévus, celui-ci est confié à une association de protection animale en vue de son placement et de son adoption.
Concernant la vente de chiens dans la rue, les autorités rappellent que celle-ci est soumise à différentes exigences découlant notamment des législations sur la protection des animaux et les épizooties, ainsi que de la loi genevoise sur les chiens. «Chaque situation doit donc être examinée individuellement. L’article 8, alinéa 2, de la loi genevoise sur les chiens prévoit toutefois expressément que «le commerce et le colportage sont interdits sur le domaine public». Le SCAV déconseille d’ailleurs vivement de racheter spontanément un animal lorsqu’une situation de commerce illicite est suspectée. «La vente d’un chien sur le domaine public étant interdite par la loi genevoise, le vendeur comme l’acheteur s’exposent à des poursuites pénales. Par ailleurs, l’acquisition d’un animal dont l’origine et le statut sanitaire sont inconnus peut présenter différents risques, notamment en matière de rage», ajoute-t-il. Et de rappeler qu’un tel rachat peut involontairement alimenter ce commerce et favoriser la mise en vente d’autres animaux. Ainsi, il est donc préférable de signaler la situation aux autorités compétentes.
Signalements
Enfin, le SCAV informe que les signalements qui lui sont adressés sont analysés en fonction des informations disponibles et de leur degré d’urgence. «Lorsque les éléments communiqués permettent de suspecter une infraction, le service mène les investigations nécessaires. Celles-ci peuvent notamment comprendre la collecte d’informations complémentaires et la réalisation d’un contrôle vétérinaire officiel. Des procédures, permettant de signaler une suspicion de maltraitance ou un chien présentant un comportement problématique, sont mises à disposition du public. En raison notamment du secret de fonction et des règles régissant les procédures administratives, les personnes à l’origine d’un signalement ne peuvent toutefois pas être informées des investigations menées ni des éventuelles mesures prononcées», conclut-il. 

*Nom connu de la rédaction 

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