ENVIRONNEMENT • La plongeuse et le précieux comité d’organisation d’Aqua-diving veillent sur les eaux lacustres depuis plus de trente ans.
Patty Moll est tombée dedans à l'âge de 16 ans. Mais pas dans la marmite. Dans les profondeurs lacustres, après un séjour scolaire en Bretagne. Une révélation. Depuis ce jour, la plongée est devenue une passion, et le Léman son terrain d'engagement. En 1992, elle fonde l'association Aqua-Diving et lance le Nettoyage annuel du lac (NADL), aujourd'hui connu aussi sous le nom de Genève Action Lac Propre.
Depuis plus de trente ans, avec des centaines de bénévoles, elle retire des eaux genevoises tout ce qui ne devrait jamais s'y trouver: vélos, pneus, batteries, chaises, bouteilles, canettes, mégots, plastiques. Une multitude de déchets. Ainsi les 19 et 20 septembre (13 septembre pour les plongeurs) comme chaque troisième week-end de septembre, cette immense «poutze» mobilise plongeurs, navigateurs et bénévoles. Mais le grand public ignore souvent que ce rendez-vous n'est que la partie visible d'un travail qui dure toute l'année.
Un engagement permanent
«Le nettoyage ne se résume pas à un week-end, rappelle Patty Moll. Toute l'année, nous effectuons des repérages sous l'eau et en surface, nous identifions les zones les plus polluées et nous remontons déjà certains objets afin de préparer l'action principale.» L'association intervient également dans les écoles, participe à des expositions, sensibilise les autorités et collabore avec différentes institutions. Les déchets sont tous triés, comptabilisés et recyclés tandis que les plus insolites sont parfois exposés au Musée du Léman ou rejoignent des collections patrimoniales.
Aqua-Diving prête également régulièrement son matériel à d'autres associations ou institutions. Elle a aussi été invitée à présenter son travail devant la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), preuve que son expertise dépasse largement le simple nettoyage.
Obstacles administratifs
Si l'énergie de Patty Moll semble inépuisable, elle reconnaît pourtant connaître parfois des moments de découragement. «La Ville de Genève nous soutient énormément. En revanche, nos relations avec certains services de l'Etat sont souvent compliquées», regrette-t-elle. Elle énumère des exemples très concrets. Depuis plusieurs années, l'association demande une cinquantaine de paires de gants en cuir de petites tailles afin d'équiper les nombreux jeunes bénévoles et les classes participantes. Une demande qui, selon elle, n’a pas été exaucée. Même constat concernant le matériel nautique. «On nous promet parfois des bateaux ou du matériel qui, finalement, ne sont plus disponibles. Nous devons constamment réécrire, relancer, nous adapter. Cela mobilise une énergie considérable.»
Patty Moll précise toutefois que tous les services de l'Etat ne sont pas concernés. «Le Département de la conseillère d'Etat Carole-Anne Kast et la commandante Monica Bonfanti essaient réellement de nous aider.» Elle redoute que ces difficultés administratives finissent par avoir des conséquences concrètes. «Si demain nous devons réduire certaines zones de nettoyage, ce sera en grande partie parce que ces complications nous épuisent.»
Reconnue au plan international
Le Nettoyage annuel du lac est né en 1992 dans le sillage du programme international Project AWARE, pionnier des opérations de nettoyage sous-marin. Depuis 2023, l'International Coastal Cleanup Day, organisé chaque troisième week-end de septembre, bénéficie de la reconnaissance officielle des Nations unies.
A Genève, l'événement a toutefois dû s'adapter ces dernières années. En raison de la tenue de SailGP, les plongeurs n'ont plus l'autorisation d'intervenir durant certaines périodes de compétition, obligeant l'association à ajouter un second week-end d'intervention.
Entreprises appelées à s'engager
Au-delà des bénévoles, Patty Moll lance un appel au tissu économique genevois. «Les entreprises peuvent nous aider de mille façons. Nous avons besoin de personnes pour monter les stands, préparer le matériel, assurer l'intendance, conduire des camionnettes, piloter des bateaux ou simplement confectionner des tartes pour nourrir les bénévoles.» Selon elle, ces soutiens logistiques sont tout aussi précieux que les dons financiers. Autre sujet de frustration: les aides communales. Certaines municipalités accordent une modeste subvention, tandis que d'autres imposent des procédures administratives longues et complexes pour quelques centaines de francs. «Nous trouvons regrettable que certaines communes ne participent pas, alors que toutes bénéficient indirectement d'un Léman propre. Simplifier les démarches administratives permettrait déjà de nous faire gagner un temps précieux.»
Pour Patty Moll, nettoyer le lac ne suffit pas. Le véritable défi consiste à empêcher les déchets d'y arriver. Elle encourage chacun à adopter des gestes plus responsables. Chez Scuba-Dream, à Vésenaz, où elle travaille, les combinaisons usées sont notamment transformées en porte-clés.
Appel aux dons
Le Nettoyage annuel du lac repose essentiellement sur le travail de bénévoles et sur les dons. Chaque contribution permet de financer le matériel de plongée, les équipements de sécurité, la logistique, les bateaux, l'encadrement des bénévoles et les actions de sensibilisation menées tout au long de l'année. Au-delà des contributions financières, l'association recherche également des bénévoles, des entreprises partenaires, des pilotes de bateaux, des chauffeurs, du matériel et toutes les bonnes volontés prêtes à contribuer à la préservation du Léman.
Les dons peuvent être versés à l'Association Aqua-Diving Club – Nettoyage du lac, association à but non lucratif. Infos et inscriptions:des bénévoles: www.nadl.ch