SORTIE CINÉMA - Déversant des litres d’hémoglobine sur son passage, «Sanguine» est une parabole grinçante sur l’aliénation au travail et une société qui court à sa perte dans sa quête effrénée d’hyperproductivité.
Ça commence comme une comédie noire, très noire, dans une séquence d’ouverture que n’aurait pas reniée Albert Dupontel à l’époque de «Bernie». Au Bloody Burger, un fast-food sans âme, un employé surmené pète les plombs et massacre tout le monde. Puis on débarque à l’hôpital Charles Boyau, tout aussi déshumanisé, dans les pas d’une jeune interne qui débute aux urgences. Au programme: une supérieure cauchemardesque — impressionnante Karin Viard —, le burn-out qui menace et l’apparition d’un mal mystérieux qui pourrait expliquer la folie meurtrière du salarié du fast-food, mais aussi les plaques sanguinolentes et purulentes qui envahissent le corps de la jeune femme.
Incisif, subversif, déversant des litres d’hémoglobine sur son passage, «Sanguine» est une parabole grinçante sur l’aliénation au travail et une société qui court à sa perte dans sa quête effrénée d’hyperproductivité. Après la chair à canon des guerres mondiales, sommes-nous tous devenus de la simple chair à travail? Le body horror made in France se porte bien, avec cette nouvelle venue du genre, Marion Le Coroller, dans la veine de Marina de Van («Dans ma peau»), Julia Ducournau («Grave») et Coralie Fargeat («The Substance»).