Une régie mène la vie dure à des locataires

Rédigé par
Tadeusz Roth
Genève

LITIGE - Après des contestations de hausses de loyer, la régie Livit empoisonne l’existence des habitants  de deux immeubles  aux Eaux-Vives.L’Asloca appelle les locataires à se défendre.  

«La régie Livit a maintenu l’interdiction d’organiser notre traditionnelle soirée raclette sur l’esplanade de nos immeubles, ce qui constitue une mesure de rétorsion envers notre association. Cette interdiction est abusive, discriminatoire et n’est pas spécifiée dans le règlement d’immeuble.» Les habitants des 10-10 bis chemin Frank-Thomas et 24-26 et 22A-22B avenue de la Gare des Eaux-Vives ne décolèrent pas face à la décision de leur régie de leur mettre des bâtons dans les roues. En cause, plusieurs contestations de loyers qui ne sont pas du goût de la régie Livit, une filiale du groupe Swiss Life. 
En toile de fond, la transformation du quartier, depuis l’arrivée de la nouvelle gare des Eaux-Vives. Autrefois populaire et périphérique, le lieu s’est développé, avec de nombreux nouveaux logements, des commerces, des fitness et des restaurants. Une transformation qui coïncide avec d’importants travaux réalisés par la régie Livit dans ses immeubles du quartier, à l’origine de hausses de loyers et leur contestation. 
Règles 
Regroupés en association (Asslocimm), les habitants rappellent que plusieurs règles encadrent pourtant l’organisation d’événements. Parmi elles, le droit d’usage des parties communes: «Selon ce dernier, la régie peut encadrer les horaires ou imposer de nettoyer les lieux, mais interdire purement et simplement une raclette conviviale et pacifique est une  restriction disproportionnée de l'usage des parties communes», rappelle l’Asslocimm. 
Par ailleurs, l’association cite l’article 23 de la Constitution fédérale suisse garantissant la liberté d’association. Pour elle, «utiliser des prétextes de gestion immobilière pour «punir» une association de locataires constitue un abus de droit manifeste». 
Motifs valables 
Enfin, les locataires estiment que des justifications valables d’interdiction devraient d’abord être prouvées. 
Pour leur événement, les habitants ont été contraints de se rabattre sur une autre option, en l’occurrence l’école des Allières, non loin de là. Une organisation plus lourde, puisqu’elle a nécessité d’obtenir une autorisation auprès de la Ville de Genève. 
Contactée, l’association genevoise des locataires (Asloca) défend les habitants. «Parce qu’elle a osé lui tenir tête, la régie Livit refuse que l’association des habitants organise des événements dans le jardin de la propriété. C’est mesquin», accuse Christian Dandrès, juriste, qui aide les locataires à faire valoir leurs droits dans ce dossier, après notamment les fortes hausses de loyers. «Avec la transformation du quartier, la propriétaire en a profité pour rénover et densifier à mort ses parcelles. Elle veut tirer parti de ces infrastructures publiques et ainsi louer le plus cher possible avec souvent des contrats non-renouvelables. Les nouveaux baux sont deux fois plus chers. Les locataires se sont organisés avec succès contre cette spéculation. C’est cela qui fâche la régie et l’amène à cette sorte de petite guérilla», détaille le juriste. 
En représailles, la régie aurait donc pris des mesures contre l’association. Mais ce n’est pas tout. Swiss Life aurait également décidé de fermer une boîte aux lettres que les habitants avaient mise en place pour communiquer entre eux et informer les locataires des activités de l’association. Diverses menaces auraient également été émises, notamment en interdisant que les informations soient diffusées. 
«Tenir tête à la régie»
De son côté, Christian Dandrès salue le travail réalisé par l’association, qui a su s’organiser et tenir tête à la régie. «Elle a fait un super job, en réunissant les différentes générations et en créant du lien social entre les habitants. Ainsi, plusieurs événements sont organisés chaque année et un jardin collectif a également vu le jour sur une parcelle de la Ville de Genève. Dans ce quartier qui se gentrifie à grande vitesse, ce type de dynamique solidaire est important pour que les habitants ne soient pas, peu à peu, contraints de partir», se réjouit le juriste. 
Contactée, la régie se défend de  toute mesquinerie, rappelant qu’elle n’interdit pas les rencontres entre habitants de manière générale, mais que celles-ci sont examinées au cas par cas, de manière à tenir compte des intérêts de l'ensemble des locataires et à garantir une cohabitation harmonieuse au sein de l'immeuble. «La fête de Noël ainsi que la Fête des Voisins ont été autorisées. La seule manifestation qui n'a pas pu être autorisée était la raclette party. Cette décision reposait sur plusieurs considérations liées à la cohabitation au sein de l'immeuble, à l'utilisation des infrastructures communes ainsi qu'aux aspects de sécurité. Dans ce contexte, nous veillons à ce que ces ressources communes soient utilisées conformément à leur destination et dans l'intérêt de l'ensemble des habitants», détaille Livit, rappelant qu’elle reste ouverte au dialogue avec les locataires et les organisations qui les représentent. 
Concernant les hausses de loyers, la régie rejette ce reproche. Elle affirme de son côté que les logements concernés relèvent en principe du marché libre et que les loyers tiennent compte des conditions du marché local. 
Enfin, concernant la boîte aux lettres collective, Livit indique que celle-ci n’avait pas été mise en place selon la procédure. «Les installations permanentes dans les espaces communs sont en principe soumises à une autorisation préalable. Comme l'autorisation requise n'avait pas été sollicitée,  la boîte aux lettres a été retirée.» 

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