«Amarga Navidad», une mélancolie typiquement almodovarienne

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Culture & Loisirs

SORTIE CINÉMA - En faisant constamment dialoguer réalité et fiction, Almodóvar questionne son propre geste artistique, le manque d’inspiration et les limites d’une créativité qui se nourrit du réel, parfois douloureusement.

Pedro Almodóvar brouille une fois de plus brillamment les frontières entre la fiction et la réalité, entre la représentation du cinéma et le réel qu’il tente de décrire. Construit comme un récit en poupées gigognes, le film multiplie les niveaux de narration jusqu’au vertige. Au centre de ce dispositif se trouve Raúl, cinéaste en panne d’inspiration qui apparaît comme un évident alter ego du réalisateur. 
Autour de lui gravitent plusieurs personnages féminins, ceux qu’il écrit comme ceux qui l’entourent, eux aussi perçus comme des prolongements de Raúl : autant de miroirs fragmentés de la mémoire, des regrets et des obsessions du cinéaste. En faisant constamment dialoguer réalité et fiction, Almodóvar questionne son propre geste artistique, le manque d’inspiration et les limites d’une créativité qui se nourrit du réel — parfois douloureusement. 

Angoisses universelles

A 76 ans, le cinéaste aborde aussi des angoisses universelles qui le taraudent, l’angoisse de la maladie, de la perte, de la solitude, la conscience du temps qui passe et, fidèle à son œuvre, la mort de la mère, toujours au cœur de son cinéma. Désabusé et mélancolique, Amarga Navidad conserve pourtant cette saveur typiquement almodovarienne : des couleurs vibrantes, quelques touches d’humour distillées avec finesse, de beaux moments musicaux, une touche d’érotisme (avec une formidable scène de stripe tease masculin !) et une galerie de personnages féminins intenses. 
Visuellement splendide, notamment dans ses séquences tournées à Lanzarote, le film s’achève sur une conclusion assez ironique. Une œuvre mélancolique d’un cinéaste qui regarde dans le rétro pour mieux interroger son avenir. 

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