SECONDE MAIN • A Genève comme ailleurs, les brocantes vivent grâce à la générosité de personnes qui leur donnent toutes sortes d’articles. Mais certains objets tels que des cassettes vidéo ou vieux meubles ne sont plus demandés, à cause de leur obsolescence ou de leur gabarit imposant.
Si vous avez plus de 45 ans, sans doute avez-vous dans votre cave ou vos armoires des CD musicaux, des cassettes vidéo VHS ou supports DVD, que l’on pensait alors éternels. Encore faut-il avoir un appareil en état de marche et des enregistrements pas trop usagés, faute de quoi il n’y a plus grand intérêt à les conserver. A moins de les donner aux différents points de récolte et de vente de seconde main. «Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les compact-discs, DVD et Blue-Ray ont encore une assez bonne cote, car dotés de contenus de qualité. Mais en parallèle, il nous faut proposer des lecteurs fonctionnels, ce qui ne manque pas dans nos rayons», précise Marc Biéler, responsable économie circulaire RENFILE, les magasins du CSP-Genève (Centre social protestant).
Même constat du côté de Caritas Genève et de son réseau de magasins «La Recyclerie», avec toutefois un bémol commun: les cassettes VHS ne correspondent plus à la mode actuelle», relève son responsable logistique Cédric Mossuz. Idem pour les accessoires informatiques, souvent trop anciens et plus très attractifs.» A moins d’être un collectionneur de consoles Commodore ou Atari!
Succès pour les vinyles et les livres
Au rayon musique, ce sont surtout les disques vinyles qui bénéficient de la mode du vintage, y compris auprès des jeunes. «Du coup, on reçoit trop de musique classique au détriment de styles contemporains, précise Cédric Mossuz, ce qui crée un déséquilibre avec les clients potentiels.»
Le livre, c’est l’une des spécialités de RENFILE CSP de Plan-les-Ouates, avec son kilomètre de rayon linéaire, géré par 30 bénévoles passionnés. «Les bouquins ont du succès, indique Marc Biéler, et, pour autant qu’ils soient en bon état, ils sont tous acceptés sauf les encyclopédies.» La Recyclerie en reçoit aussi beaucoup, les plus demandés étant les bandes dessinées et les livres de poche.
Autres marchandises parfois mal-aimées: les grands meubles anciens – type buffets – que plus personne ne veut racheter au vu de leur taille. «Il y a tout de même une part de hasard, car du mobilier est resté invendu durant six mois malgré des prix cassés, alors qu’un objet similaire est parti en trois jours. Et nous avons un atelier d’upcycling bois, où l’on peut récupérer la matière des invendus afin d’éviter la mise en déchetterie», remarque Cédric Mossuz. «Des armoires faites dans un bois noble peuvent aussi intéresser des bricoleurs qui les démontent pour en récupérer le matériau», ajoute Marc Biéler. En résumé, les brocantes acceptent la plupart des objets en bon état, sauf s’ils sont inutilisables, irréparables ou encombrants.
Quelques différences de perception
«Globalement, nous travaillons moins qu’avant avec des brocanteurs professionnels et puciers, poursuit le répondant du CSP, mais davantage avec des indépendants qui écoulent des articles sur le Net.» Depuis le Covid, le marché de la seconde main connaît un vif succès populaire. «Ce que nous devons surveiller, poursuit Marc Biéler, c’est la différence qui existe entre la perception des donateurs – souvent soulagés de se débarrasser d’affaires – et celle des clients exigeant une certaine qualité. Quand on vient vider une maison, on doit savoir si le déplacement en vaudra la peine financièrement.» «Nous disposons aussi d’un atelier électronique, relève pour sa part Cédric Mossuz. Nous testons et, le cas échéant, reconditionnons un appareil un peu fatigué.»
Au fait, comment sont fixés les prix dans ces brocantes? Ils ne sont pas calculés de façon aléatoire, mais selon des cotations du marché: «Nous avons des experts qui connaissent les tarifs, aidés parfois par Internet, conclut Cédric Mossuz. Bien sûr, une certaine marge est possible avec le client, dans certaines conditions.»