Marchés genevois: tous les vendeurs ne sont pas des producteurs!

Rédigé par
Adélita Genoud
Canton & Communes

Alimentation • Sur les étals, les produits proposés en vrac – hors viande, poisson, boulangerie – l’indication écrite du pays d’origine n’est pas obligatoire. 

Aux oubliettes, la formule toute faite du: « j’ai acheté une salade chez un petit producteur du cru»? Pas entièrement, même si la réalité des marchés genevois est bien plus nuancée. Dans certains cas, celles et ceux qui tiennent les étals ne sont pas directement les producteurs des marchandises qu’ils vendent. Une situation qui peut surprendre certains consommateurs, souvent convaincus d’acheter exclusivement en circuit ultra-court. 
Pourtant, cette organisation s’explique très simplement. Les maraîchers consacrent l’essentiel de leur temps à la production: cultiver, récolter, conditionner et gérer leur exploitation représente déjà une charge de travail considérable. Assurer en parallèle une présence régulière sur les marchés relève souvent de l’impossible. Xavier Patry, président de l’Union maraîchère de Genève, le confirme: «La vente directe n’est pas toujours compatible avec les réalités du terrain. A cela s’ajoute une autre évidence: il est difficile d’imaginer qu’un seul exploitant puisse fournir l’ensemble des denrées exposées à l’étalage. Fruits, légumes, herbes aromatiques ou produits spécialisés nécessitent des savoir-faire différents, des terres adaptées et des saisons particulières. Aucun maraîcher ne peut raisonnablement être spécialiste de tout. Les échanges entre producteurs ou les achats complémentaires permettent ainsi de diversifier l’offre proposée aux consommateurs.»
Perception des consommateurs
Pour autant, cette pratique ne remet pas en cause la liberté du commerce, principe considéré comme fondamental par les représentants de la branche. Le problème apparaît uniquement lorsqu’il y a tromperie sur l’origine ou lorsque certains vendeurs laissent croire qu’ils sont eux-mêmes producteurs alors qu’ils ne le sont pas. Dans ce cas, la question devient celle de la transparence envers les consommateurs.
Xavier Patry soulève également un autre point sensible: «Les marchés bénéficient-ils du même niveau de contrôle que les grandes surfaces? Les enseignes de distribution sont soumises à des procédures strictes en matière de traçabilité et d’étiquetage». En fait, c’est surtout la perception des consommateurs qui semble biaisée. Beaucoup associent spontanément les marchés à l’authenticité et au terroir, tandis qu’ils se méfient des grandes enseignes, perçues comme plus industrielles ou éloignées de l’agriculture locale. Pourtant, cette opposition est souvent caricaturale. 
Les grandes surfaces commercialisent elles aussi une part importante de produits issus de l’agriculture régionale et travaillent régulièrement avec des exploitations locales.
Interrogé sur les règles garantissant la traçabilité, le Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) explique: «La vente sur les marchés concerne principalement des produits proposés en vrac. Pour les produits autres que la viande, le poisson et, depuis février 2025, le pain et les produits de boulangerie, l’indication écrite du pays de production n’est pas obligatoire. En revanche, cette information doit pouvoir être communiquée oralement aux clientes et clients qui en font la demande. Or, dans la pratique, de nombreuses personnes ne posent pas la question. A l’inverse, toute indication fournie par écrit par le vendeur, qu’il s’agisse de l’origine, d’un label bio – du label GRTA, par exemple – ou toute déclaration faite oralement doit correspondre à la réalité. Dans le cas contraire, il s’agirait d’une tromperie du consommateur, punissable au regard du droit alimentaire. Ces éléments sont pris en compte dans le cadre des inspections régulières faites sur les marchés genevois.»  
Pas de contrôles permanents
Au vu de l’ampleur de sa tâche: près de 3900 contrôles réalisés et plus de 5100 prélèvements effectués, pour ne donner que quelques éléments de son activité, le service peut-il être sur tous les fronts? «ll n’est pas possible en effet de tout contrôler en permanence. C’est pourquoi, nous travaillons selon les fréquences d’inspection fixées par la législation fédérale, ainsi qu’au moyen d’un système fondé sur le niveau de risque des entreprises», ajoute le SCAV.

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