Emilie Gasc, une journaliste de cœur 
devenue «une amie de la nuit»

Société

LIGNE DE CŒUR • Arrivée à Lausanne en 2007 pour travailler trois ans sur Couleur 3,  l’attachante journaliste française n’en est jamais repartie. Rencontre alors qu’elle vient de reprendre les rênes de la mythique émission radio de La Première.
Lorsqu’on suppose qu’en tant qu’animatrice de La Ligne de cœur, elle doit aussi endosser un «rôle de psy», Emilie Gasc tique. Le terme de «paire-aidante» convient mieux à la pétillante journaliste lausannoise. Comme nombre de ceux qui l’appellent depuis qu’elle a repris les rênes de cette émission culte, lancée par l’ex-RSR en 1990, la Franco-Suisse de 50 ans a eu son lot de souffrances. Mais elle a aussi reçu une sacrée dose de résilience dans son jeu!
Emilie Gasc est née en 1976 dans un village campagnard à 40 km de Vesoul. «Là, j’ai passé tellement de temps seule que j’ai eu le temps de me connaître», lâche-t-elle, pensive. Sa mère l’a eue très jeune et la journaliste, qui a coupé les ponts avec elle depuis ses 15 ans, s’en souvient comme d’une «personne restée trop enfermée dans ses propres démons pour pouvoir prendre soin de [moi]». Emilie Gasc a été en grande partie élevée par ses grands-parents. Ces enseignants lui apprennent qu’on est riche de ce que l’on donne. Ils l’ouvrent aux livres, à la radio, à l’actualité et à la culture.
«Un immense besoin de liens»
À 8 ans, la petite décide de dormir dehors, et pendant cette nuit aventureuse, sous sa tente, sa fidèle radio l’accompagne de sa présence rassurante. «Pour moi, la radio a été un outil d’émancipation, et cette nuit a marqué un tournant. Chez ma mère comme chez mes grands-parents, le poste était toujours allumé. C’était un outil d’apprentissage, une fenêtre sur le monde, mais aussi un moyen de briser ma solitude, qui a généré en moi un immense besoin de liens». Une graine est plantée. Elle germera dix ans plus tard du côté de Besançon, où la jeune femme lâche le lycée pour une vie de bohème. 
« Je travaillais dans un café-concert et j’écrivais en parallèle des articles dans une revue Dada. Cette époque reste la plus vibrante de ma vie. C’est là aussi que j’ai connu le papa de la première de mes trois filles». C’est là aussi que la radio lui tombe dessus et qu’elle tombe dedans. 
Au départ pourtant, c’était elle l’interviewée! Mais sous le charme de la profession de son intervieweuse, elle postule et intègre la radio locale BIP. «Ça a été la passion. J’étais toujours en reportage sur le terrain. J’ai fait des milliers de sujets en tous genres. J’ai tellement appris!».
Une enfant pour entrer  dans l’âge adulte
À 20 ans, Lily arrive dans sa vie et lui ouvre le cœur plus grand encore. «Ma fille a décuplé mon envie de vivre et de créer, et quand elle a eu 3 ans, je suis repartie sur tous les terrains, puis j’ai été embauchée à Radio France. J’avais tellement vécu entre mes 15 et 20 ans que je ne voulais pas entrer dans l’âge adulte sans enfant. Avec les enfants, on apprend tellement plus vite le monde!» À 28 ans arrivera Ella. 
La vie d’Emilie Gasc et de son second mari semble alors sur des rails. «J’ai eu peur qu’on ne parvienne pas à “vivre plus grand”. Et c’est là qu’on a décidé de revendre notre maison et de partir s’installer au Québec.» Ils y resteront une année, le temps de se remplir d’expériences et de reportages aux quatre coins du pays pour le compte de Radio-Canada et de sentir «que la fantaisie et la poésie européennes [nous] manquent». Un poste alléchant se dessine ensuite à RTS Couleur 3. Emilie Gasc le décroche à l’issue d’un casting exigeant. Elle arrive pour animer une émission en duo avec Duja. «J’ai de suite fait ma place comme partout ailleurs. J’étais la seule de l’équipe à avoir des enfants et j’avais parfois l’impression d’être là-bas aussi mère de famille (rires). C’était passionnant. C’était extrême aussi, surtout avec deux gosses. Mais j’avais la confiance totale de mes chefs». Pour RTS Couleur 3, elle va couvrir la révolution tunisienne, participer à la matinale depuis l’Australie ou documenter un tremblement de terre au Pérou. C’est une sorte d’âge d’or, bien loin de la votation «200 francs, ça suffit» et de la charrette de licenciements attendant 900 collègues de la SSR dès l’automne!
Le besoin et l’envie…
«Au début, je pensais rester 3 ans, mais j’avais envie de continuer et mon aînée en avait assez de déménager. On est donc restés, et on ne le regrette pas! Ma troisième fille, Heidi, est née ici. Puis j’ai eu une proposition de rejoindre RTS Première en créant l’émission Passagère que j’ai présentée pendant cinq ans. D’autres ont suivi. De manière générale, je pense qu’il faut se remettre périodiquement en cause et dépasser ses limites même si c’est inconfortable…» C’est ce qu’Emilie Gasc fera en postulant pour reprendre La Ligne de Cœur des mains de Jean-Marc Richard. En janvier, après la tragédie de Crans-Montana, les débuts sont intenses. «On appelle pour partager et essayer de comprendre ce qu’on est en train de vivre. On n’appelle pas parce qu’on en a besoin, mais parce qu’on en a envie. Moi, je modère, écoute, improvise et cadre avec mon authenticité, mes maladresses, mes absurdités, mon humour et mon enthousiasme», conclut cette «amie de la nuit», qui a fait douze années de psychanalyse pour se comprendre et désamorcer ce qui devait l’être en elle. Oui, Emilie Gasc est bien aussi une sorte de paire-aidante!

En savoir plus