Les camps sauvages excèdent les Genevois

Rédigé par
Tadeusz Roth
Genève

Matelas, couvertures, poussettes: l’espace public est envahi par des objets insalubresm au point que la population et certains élus demandent aux autorités davantage de réactivité. La Ville assure procéder à des évacuations.

«Ils font la cuisine avec des bombonnes de gaz au milieu du parc des Bastions. A toute heure de la journée et de la nuit, on entend des hurlements. Et ils laissent leur montagne d’affaires traîner entre les arbres. Qu’est en train de devenir Genève?», s’étonne une retraitée de Plainpalais, qui se balade quotidiennement dans le secteur. «Ils mendient, parfois agressivement. Et leurs enfants ne vont pas à l’école. Ça fait mal au cœur de les voir dormir par terre, c’est indigne de notre ville. Mais c’est de pire en pire», abonde un trentenaire promenant son chien. Voilà le type de réactions qui se multiplient dans de nombreux quartiers genevois, de la Jonction aux Charmilles en passant par Plainpalais et les Rues Basses. Partout, on retrouve des familles, occupant l’espace public de jour comme de nuit et pratiquant la mendicité. De plus en plus, ces petits groupes sont accompagnés de chiens, ce qui fâche plusieurs défenseurs de la cause animale. «Il y a de la maltraitance, de la négligence, on ne leur donne pas d’eau ni à manger pendant toute la journée. Parfois, ils cherchent même à les vendre», dénonce une bénévole, qui s’investit dans plusieurs associations. 
Mendicité
Une réalité faisant également réagir au niveau politique, à l’image du conseiller national MCG Mauro Poggia, qui s’exprime sur les réseaux sociaux. «Les beaux jours étant de retour, la libre-circulation de la mendicité en provenance de l’Union européenne, bat son plein. Les touristes apprécient de voir que Genève n’est déjà presque plus la Suisse. Attablé à l’intérieur du restaurant Globus, j’ai ainsi pu être interpellé, au mépris le plus total de notre législation locale, pourtant laxiste, par un enfant qui demandait l’aumône. Ne cherchez pas un uniforme de la police municipale le samedi dans les Rues Basses, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Quant à la police cantonale, elle suit, en voiture, les rails du tram. Au fait, on ne parlait pas de police de proximité? Ah oui j’avais oublié, nos communes y réfléchissent», témoigne l’ancien conseiller d’Etat. 
Interrogé sur la prolifération des campements sauvages, le Département de la sécurité et des sports (DSSP) de la Ville de Genève dit partager le mécontentement des riverains. Pour expliquer cette situation, il précise que les communes ont une marge de manœuvre limitée, puisque le cadre légal des évacuations est fixé par le Canton (Département des institutions et du numérique/DIN et police cantonale).
«Ce cadre légal cantonal est aujourd’hui très restrictif en matière d’évacuation de campements. Avant toute évacuation, la police cantonale nous impose de prévenir les propriétaires éventuels de ces affaires à travers des panneaux/affiches qui doivent être posés sur place. Nous devons attendre ensuite au minimum dix jours avant de retirer les affaires», précise Cédric Waelti, Conseiller de direction et chargé de la communication pour le DSSP.  
Evacuations 
Toutefois, les autorités ne restent pas les bras croisés. Ces dernières semaines, la police municipale et la voirie ont ainsi procédé à pas moins de sept évacuations sur le territoire. Plusieurs autres actions de ce type seraient en outre prévues prochainement. 
Pourtant, les autorités municipales estiment que leur action est fortement freinée par les directives. «Malgré les efforts des services municipaux, nous constatons que cette obligation cantonale rend toute évacuation inopérante. Dans plusieurs cas, pendant le délai de dix jours, les propriétaires des affaires déplacent leurs vieux matelas et leurs sacs de quelques dizaines de mètres. Il faut alors recommencer le processus, poser une affiche, attendre 10 jours, etc… Cela s’est produit devant l’ancienne Brasserie Landolt. L’endroit a été débarrassé en mai mais les personnes ont simplement déplacé leurs affaires à côté… dans le parc des Bastions», déplore Cédric Waelti. 
Une situation qui n’est pas tenable pour la Ville de Genève et les communes qui luttent face à ces campements. Pour tenter de faire évoluer la situation, la magistrate en charge du DSSP Marie Barbey-Chappuis a donc écrit au DIN afin que le Canton lui donne un cadre juridique applicable qui puisse contribuer efficacement à la résolution du problème. Un courrier qui demande notamment la suppression de l’obligation d’annonce dix jours avant l’évacuation. 
Affaire à suivre. 

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