SÉCURITÉ • Ce vendredi 12 juin, Genève a fermé une partie de ses postes-frontières. Le G7 d'Evian (du 15 au 17 juin) fait craindre des débordements dans la cité de Calvin, encore marquée par les événements qui avaient entouré le sommet de 2003. Au cœur des préoccupations figure la manifestation organisée par la coalition NoG7, qui pourrait attirer dans son sillage des éléments perturbateurs ou violents. Les mesures mises en place par les autorités sont-elles à la hauteur des enjeux. Maryam Yunus Ebener, présidente des Verts et Pierre Nicollier, président du PLR commentent.
– GHI:Fallait-il autoriser la manifestation NoG7 et prendre le risque que des fauteurs de troubles viennent commettre des déprédations à Genève?
Maryam Yunus Ebener: Notre rôle politique, c’est de rappeler un principe simple: une démocratie solide ne choisit pas entre liberté et sécurité. Elle organise leur coexistence. Présenter la liberté de manifester et la sécurité de la population comme deux exigences incompatibles est une opposition artificielle, dangereuse et très largement instrumentalisée. Contrairement aux partis de droite, nous ne prétendons pas gérer la sécurité depuis les plateaux de télévision ou les communiqués de presse. Les questions opérationnelles doivent être traitées par les professionnels: police, renseignement, autorités, coordination intercantonale et transfrontalière. Genève doit être capable de garantir la sécurité, de protéger les habitants, les commerces et les manifestants, tout en maintenant un espace d’expression démocratique visible et politiquement lisible. Pierre Nicollier: Chaque année, Genève accueille plus de 300 manifestations. La plupart d’entre elles se déroulent sans heurts. Malheureusement, dans le cadre de la manifestation NoG7, nous observons des appels à la violence qui s’étendent largement au-delà des frontières de notre canton et de notre pays. Nous pouvons donc nous attendre à la présence de fauteurs de troubles qui graviteront dans notre canton avant, pendant et après la manifestation pour mettre Genève à feu et à sang. C’est pour cette raison que le PLR a essayé de faire interdire les rassemblements au centre du canton durant la période du G7. Malheureusement, une fois de plus, les partis LJS et MCG ont rallié la gauche pour décider de soutenir ce rassemblement.
– Qu’est-ce qui a concrètement changé entre G8 et G7 en matière de préparation?
MYE: Nous ne sommes plus en 2003. L’organisation des manifestations a évidemment évolué. Le souvenir de 2003 doit être pris au sérieux, mais il ne peut pas servir de prétexte permanent pour délégitimer toute mobilisation. La bonne question n’est donc pas: faut-il restreindre les droits fondamentaux par peur d’un précédent? La bonne question est: comment les autorités organisent-elles concrètement la coexistence entre sécurité, liberté d’expression et droit de manifester?
PN: En 2003, la France avait échangé avec la Suisse avant d’annoncer le sommet à Evian. En 2026, elle a imposé ce sommet alors que Genève, appuyé par la Confédération, fournit l'aéroport, la sécurité et accueillera la manifestation principale.
En 2003, Genève avait été le théâtre de scènes de violence importantes: vitrines brisées, commerces pillés et incendiés, cocktails Molotov lancés sur l'Hôtel de Ville. En 2026, les réseaux sociaux permettent une mobilisation encore plus importante. Nous voyons fleurir sur Internet des guides qui donnent par exemple le conseil suivant: «Arriver en Suisse le plus tôt possible avant les manifestations prévues, afin d’éviter des contrôles des autorités douanières et de profiter de leur absence pour passer la douane».
– Les autorités ont-elles véritablement tenu compte du rapport de la commission d’experts post-G8 et de leurs recommandations?
MYE: Contrairement à la droite, nous ne prétendons pas piloter la sécurité depuis le débat politique. En revanche, nous tirons une leçon claire de 2003: il faut un cadre précis, une anticipation sérieuse, un dialogue avec les organisateurs et une coordination solide. La mémoire de 2003 ne doit pas être instrumentalisée. Elle doit servir à mieux organiser, pas à interdire par principe.
PN: Le problème principal ne réside pas dans la préparation de la police, à laquelle nous transmettons tout notre soutien, mais dans la posture des organisateurs. Ces derniers n’assument pas leurs responsabilités et jettent de l’huile sur le feu. Des membres de la coalition NoG7 indiquaient dans un quotidien genevois que la violence qui les inquiétait le plus était l’usage disproportionné de la force par la police, tout en rappelant que les droits des femmes ont été obtenus par des cocktails Molotov lancés sur des vitrines.
– Si lors de la mobilisation il y a des débordements, faut-il revoir la législation sur le droit de manifester?
MYE: Non. On ne modifie pas les droits fondamentaux à chaud, sous le coup de l’émotion ou de la pression politique. Le droit de manifester est un droit fondamental. Il peut être encadré, mais il ne doit pas être vidé de sa substance. Ce que nous refusons, c’est le réflexe de la droite qui consiste à tirer chaque situation tendue vers une restriction supplémentaire des libertés publiques.
PN: Le droit de s’exprimer et de manifester pacifiquement ne doit en aucun cas être remis en cause. Les organisateurs de manifestations doivent mettre en place un service d’ordre, coordonné avec la police, et assumer leur responsabilité en cas de dérapage. Nous devons par ailleurs agir avec fermeté pour identifier les groupes violents dans et hors manifestation et nous assurer qu’ils assument les conséquences de leurs actions.