"On sait désormais de quoi est fait le sous-sol genevois!"

Rédigé par
Adélita Genoud
Canton & Communes

Genève tangue-t-il? En tout cas le sol n’est pas aussi stable qu’il en a l’air. La faute au lointain glacier du Rhône qui a laissé  en héritage un mélange de moraines, argiles et graviers parfois compressibles. Résultat: dans les zones  remblayées, les anciens marécages  ou à proximité du lac et des rivières, de légers tassements peuvent survenir. Le récent glissement d’une bâtisse en Vieille-Ville rappelle d’ailleurs que les mouvements de terrain, quoique rares, existent. Mais grâce aux techniques modernes de surveillance, le canton ne va pas sombrer corps et biens. L’éclairage d’Andrea Moscariello, professeur à la Section des sciences de la terre et de l’environnement de l’Université de Genève.

– GHI: Quels sont les principaux risques géotechniques à Genève, concernant l’instabilité des sols? 
Andrea Moscariello: Ils sont liés à l’origine glaciaire du sous-sol. Il est constitué de moraines, d’argiles et de graviers déposés par le glacier du Rhône et l’ancien lac Léman. Certains de ces terrains sont compressibles et peuvent provoquer des tassements. Il existe aussi quelques instabilités localisées, par exemple aux falaises de Saint-Jean ou le long du Rhône. Les cavités naturelles sont en revanche pratiquement absentes, mais d’anciennes gravières ou des ouvrages souterrains peuvent compliquer localement les projets.

– Les constructions sont-elles exposées à des dangers de tassements, de glissements, ou de cavités souterraines? Peut-on situer les sites sensibles? 
Des tassements peuvent se produire, mais ils sont généralement très faibles et bien maîtrisés grâce aux techniques modernes de construction. Le canton ne présente pas de cavités naturelles importantes, contrairement aux régions calcaires du Jura voisin. Les zones les plus sensibles correspondent surtout aux terrains remblayés, aux anciens marécages et aux secteurs proches du lac et des grandes rivières.

– Y a-t-il encore des zones du sous-sol genevois mal connues? 
Oui, en particulier en profondeur. Une thèse récente menée à l’Université de Genève a montré que, même si de nombreux forages existent, les informations restent parfois fragmentaires. Au-delà de 500 mètres, les connaissances directes reposent sur très peu de forages. En revanche, la campagne de sismique 3D réalisée en 2021 par l’Etat et les Services industriels de Genève (SIG) a permis d’obtenir une image remarquable du sous-sol jusqu’à 4 ou 5 kilomètres de profondeur. C’est une avancée majeure, qui suscite beaucoup d’intérêt en Suisse et à l’international.

– Comment l’urbanisation et les grands projets comme le tunnel du CEVA impactent-ils le sous-sol? 
Ces projets nécessitent des études géotechniques très détaillées. Les tunnels ou les fondations profondes modifient localement les contraintes dans le sol et peuvent influencer les circulations d’eau souterraine. Mais ces effets sont aujourd’hui bien pris en compte dans la conception. Le CEVA, par exemple, s’est déroulé avec un niveau de maîtrise géotechnique très élevé.

– Quelle est la composition géologique du sous-sol genevois? 
Le sous-sol peu profond s’est formé pendant les dernières glaciations. En dessous, on trouve la molasse, une roche composée de grès et d’argiles consolidés, âgée de plusieurs millions d’années. Cette formation constitue une base relativement stable, sur laquelle reposent nos infrastructures.

– Existe-t-il un risque sismique ? 
Il existe, mais il est modéré. La principale faille active de la région est celle du Vuache, en France voisine. Elle a provoqué un séisme en 1996, bien ressenti à Genève, mais sans dégâts significatifs dans le canton. Comme partout en Suisse, les bâtiments sont conçus selon des normes parasismiques adaptées.

– Quels sont les enjeux liés à la nappe phréatique? 
La nappe du Genevois est une ressource essentielle pour l’eau potable. Elle est étroitement surveillée. L’un des principaux enjeux est l’urbanisation, qui imperméabilise les sols et réduit la recharge naturelle de la nappe. Il existe aussi un risque de pollution lié aux activités urbaines. C’est pourquoi certaines zones, comme le plateau de Vessy, font l’objet de mesures de protection particulières.

– Le canton est-il adapté au développement de la géothermie? 
Oui, il présente un potentiel intéressant, tant pour la géothermie de surface que profonde. Pour les installations peu profondes, utilisées notamment pour chauffer et rafraîchir les bâtiments, l’Etat a mis en place une réglementation qui encadre leur développement et protège les nappes phréatiques. Cette filière est aujourd’hui bien maîtrisée et largement utilisée. En ce qui concerne la géothermie profonde, c’est une approche progressive et prudente qui a été privilégiée. Des projets menés à Bâle et à Saint-Gall ont montré que la géothermie profonde peut induire une sismicité ressentie par la population. Même si ces événements n’ont généralement pas causé de dégâts majeurs, ils ont eu un impact négatif important sur la perception publique et ont suscité de fortes inquiétudes, ainsi que des réticences au niveau politique. Genève a donc choisi de ne pas suivre cette voie de développement rapide. Avec les SIG, il  a mis en place un programme par étapes, qui commence par l’acquisition de données détaillées, notamment grâce à la sismique 3D, et par la réalisation de forages exploratoires, comme celui de Satigny en 2018 et celui de Lully en 2020. Cette stratégie permet de mieux comprendre le sous-sol et d’évaluer le potentiel réel de la ressource avant toute exploitation, tout en réduisant les risques techniques, financiers et sociétaux.

– Quels sont les projets de recherche actuels de l’UNIGE? 
Depuis plus de dix ans, nous travaillons avec le Canton et les SIG. Les recherches portent sur les structures géologiques profondes et les ressources en eau, le potentiel géothermique et les systèmes énergétiques les plus appropriés. Le but est de garantir une utilisation durable du sous-sol, qui joue un rôle clé dans la transition énergétique et le développement du territoire. 

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