Salvation plonge dans les tréfonds de la société turque

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Culture & Loisirs

SORTIE CINÉMA – Dans « Salvation », Ermin Alper joue avec les frontières du réel et compose des visions qui hantent durablement, à la manière d’un David Lynch turc, utilisant brillamment les puissances de mystification du cinéma pour s’emparer de l’histoire politique, religieuse et guerrière de son pays.

Après le très fort «Burning Days», Emin Alper poursuit son exploration des zones les plus obscures de la société turque. Dans une région montagneuse, le retour d’une communauté autrefois chassée de ses terres ravive un conflit avec ceux qui les occupent désormais. Lorsqu’un homme commence à interpréter ses visions comme des avertissements divins, les rancœurs deviennent croyances, la peur gagne les esprits et la violence paraît soudain légitime. À travers ce récit d’une noirceur extrême, Emin Alper tisse une parabole implacable sur la radicalisation de la pensée, la manipulation des foules et cet effet de masse capable de conduire un peuple à commettre l’effroyable. 

Éminemment politique, «Salvation» montre ainsi le chemin vers la volonté d’exterminer, un chemin qui passe par la peur, les rumeurs, le fanatisme religieux et la désignation de l’autre comme menace. Mais le film est aussi un formidable thriller qui flirte avec le fantastique. Porté par une photographie saisissante et un travail remarquable sur les paysages, Alper joue avec les frontières du réel et compose des visions qui hantent durablement, à la manière d’un David Lynch turc, utilisant brillamment les puissances de mystification du cinéma pour s’emparer de l’histoire politique, religieuse et guerrière de son pays.

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