Santé, mobilité et impôts: que fait l’Etat pour vous?

Rédigé par
Adélita Genoud
Genève

Les ménages tirent la langue. Loyers en hausse, prix à la  consommation qui s’envolent, primes d’assurance maladie toujours plus lourdes: les porte-monnaie des Genevois sont mis à rude épreuve. Autant que leurs nerfs d’ailleurs face aux congestions du trafic routier. Régulièrement interpellée par des lecteurs qui s’interrogent sur les mesures que le gouvernement peut prendre pour alléger leur fardeau, notre rédaction a  sollicité chaque dicastère. Cette semaine, le Département de la santé et des mobilités (DSM) et celui des finances (DF) répondent à nos questions.

Pierre Maudet, Santé et mobilité

– GHI: Embouteillages: le canton suffoque. Faut-il optimiser les cycles des feux de circulation? 
Oui, c'est déjà en cours. La nuit, plusieurs carrefours sont passés et passent à l'orange clignotant pour limiter les arrêts inutiles devant  un feu rouge tout en permettant aux piétons d’utiliser un bouton d’appel pour traverser en sécurité. Une centrale surveille désormais  le trafic en continu, grâce à des caméras réparties dans le canton. Les images sont analysées par l’intelligence artificielle qui compte les véhicules, repère un accident ou une panne et permet d'envoyer une équipe sur place sans attendre qu'un automobiliste appelle.  Le même outil permet de tester l’impact d’un chantier avant de l'ouvrir ou de simuler les scénarios de synchronisation des feux de circulation. Il faut cependant garder en tête qu’un feu de circulation ne crée pas de route additionnelle. Il partage la place entre des flux qui se croisent. Là où il y a trop de trafic, on limite les nuisances, on ne supprime pas le bouchon.

– Des nouveaux aménagements de voies réservées aux bus sont-ils au programme? 
C'est une priorité, mais Genève est un territoire exigu. Créer une voie uniquement pour le bus, c'est prendre de la place ailleurs. Cela demande des arbitrages entre différents usages: voitures, vélos, stationnement. Le Canton en réalise là où c'est possible, surtout lorsqu'une route est entièrement refaite: on peut alors repenser toute la chaussée.

– Le développement des maisons de santé et des centres de soins sans rendez-vous est-il à l’ordre du jour? 
L’un des objectifs du Canton en matière de santé est de pouvoir orienter les Genevois et les Genevoises qui font face à un problème de santé. Où aller et quand? L'offre genevoise est vaste et de qualité: hôpital universitaire, cliniques, permanences, cabinets de groupe, pharmacies, soins à domicile. Un dimanche soir, quand la fièvre monte et que le médecin traitant est injoignable, beaucoup de gens partent aux urgences. Ils y attendent parfois longtemps pour un problème qui aurait pu être réglé ailleurs et plus rapidement.
Le DSM a donc créé un numéro unique et gratuit, disponible  24 heures sur 24, 7 jours sur 7: la Centrale Santé Genève, 0800 116 117. Des professionnels de la santé évaluent vos symptômes au téléphone et vous orientent immédiatement vers la bonne prise en charge. Le service réunit l'Etat, les HUG, les médecins du canton, les pharmaciens, l'Imad (aide à domicile), les cliniques privées et le Réseau Urgences Genève.

– Une autre action?
La vignette pour les véhicules professionnels sera disponible dans les prochains mois. Elle facilitera le stationnement et les interventions dans les centres urbains et les différents secteurs de l'agglomération pour les artisans, livreurs et entreprises de services dont le véhicule est l'outil de travail.

Nathalie Fontanet, Finances

– Faut-il privilégier des baisses d'impôts ou proposer un allégement ciblé pour les revenus faibles et moyens? 
En préambule, il convient de rappeler plusieurs allègements fiscaux déjà mis en place, pour les familles ces dernières années:
2018: augmentation de la déduction pour les frais de garde (frais de crèche) de 3992 francs à actuellement 26'392 francs;
2020: augmentation de la déduction pour charge de famille de 9980 francs à actuellement 13'698 francs;
2024: possibilité de déduire les frais effectifs de camps pour les enfants jusqu’à 26'392 francs par an;
2023: prise en compte des jeunes de 18 à 25 ans comme une charge de famille, même s'ils ne sont ni en étude ni en apprentissage;
2024: prise en compte des jeunes de plus de 25 ans et sans limite d’âge comme une charge de famille tant qu'ils et elles sont en formation;
2024: possibilité pour les parents séparés ou divorcés ,qui pratiquent la garde alternée et participent à l'entretien de l'enfant à parts égales, de bénéficier d’un splitting partiel a été introduit dès 2024, réduisant ainsi la charge fiscale de ces familles.
De plus, d’autres actions sont entrées en vigueur en 2025 à savoir: une baisse de l'impôt cantonal et communal sur le revenu des personnes physiques a été acceptée par la population, le 24novembre 2024 et déploie ses effets depuis le 1er janvier 2025. Les ménages des classes moyennes bénéficient d’une baisse qui peut aller jusqu’à -11.4% de leur facture d’impôt.
Une modification de la loi sur l'estimation fiscale de certains immeubles (LEFI), a permis de baisser de 15% l’impôt sur la fortune. Cette baisse touche les contribuables concernés par cet impôt.  Parallèlement, la gratuité des Transports publics genevois pour les jeunes jusqu’à 25 ans et la semi-gratuité pour les seniors/bénéficiaires AI a été accordée.  
Enfin, le paiement des acomptes en 12 mensualités au lieu de 10 a été introduit permettant aux contribuables de mieux répartir la charge fiscale sur l'année. 

– Peut-on accélérer les remboursements d'impôts ?
L'Administration fiscale cantonale (AFC) investit constamment dans l’amélioration de ses processus et applique systématiquement un intérêt rémunératoire en faveur des contribuables ayant trop versé. L’immense majorité des personnes qui déposent leur demande de rectification, le font en général au même moment, soit entre mars et mai, ce qui requiert nécessairement un délai de traitement incompressible. Par souci d'équité, les dossiers sont analysés selon leur ordre d'arrivée et leur complexité. Donner une priorité absolue aux demandes de remboursement ne serait ni juste ni acceptable pour les autres contribuables. 

– Faut-il réexaminer les taxes cantonales qui pèsent le plus  sur les ménages et les petites entreprises? 
Le dossier relatif à l’imposition de l’outil de travail reste une préoccupation, en particulier pour les petits patrons qui voient leur entreprise imposée sur le bénéfice et sur le capital et qui se retrouvent également imposés au niveau personnel sur la valeur estimée des actions de l’entreprise qu’ils possèdent. Un projet d'allègement permettant de nous aligner sur les pratiques des autres cantons romands avait été rejeté en votation il y a deux ans. Soucieux de respecter le verdict populaire mais d’encourager la création de start-ups et de favoriser l'emploi, nous examinons d’autres pistes permettant de réduire cette imposition qui a d’ailleurs déjà été totalement abandonnée dans les pays qui nous entourent. 

– Une autre mesure concrète?
Au-delà des mesures cantonales déjà mentionnées, deux réformes majeures votées par le peuple vont transformer la fiscalité des ménages dans les années à venir: l'imposition individuelle et l’abolition de la valeur locative. Nous travaillons activement à leur mise en œuvre. 

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