Médecine légale • Scientifique ou enquêteur? Marc Augsburger est les deux! Parcours d’un passionné de mystères.
Le crime parfait existe-t-il? «Non», dit sans sourciller Marc Augsburger, responsable de l’Unité de toxicologie et de chimie forensique. Cette réponse de l’expert, qui exerce au Centre universitaire romand de médecine légale, n’a pourtant rien de péremptoire ni de prétentieux. En vérité, c’est une affaire de logique: si le crime était parfait, nul ne saurait qu’il y a eu crime. CQFD.
Mais revenons-en au spécialiste forensique, un terme emprunté au latin pour désigner les sciences appliquées aux enquêtes judiciaires. L’attrait pour la recherche a commencé dès l’adolescence. «J’étais un fervent auditeur de Pierre Bellemare et de ses histoires extraordinaires à la radio. Je dévorais aussi les ouvrages d’Agatha Christie et de Gaston Leroux, et je regardais, fasciné, les films du maître en la matière, Alfred Hitchcock.»
Une surprise
Il se souvient encore de la surprise de sa conseillère d’orientation lorsqu’il lui annonça qu’il souhaitait intégrer la médecine légale. A cette époque, la vague des séries comme Les Experts Miami ou Les Experts Manhattan n’avait pas encore ouvert les portes des laboratoires et suscité un intérêt XXL du public pour les autopsies et les analyses toxicologiques.
«J’ai eu de la chance, je m’en suis rendu compte quelques années après. Le responsable d’alors, Hans-Rudolf Gujer, m’a reçu et m’a expliqué longuement en quoi consistait la médecine légale.» C’est ainsi que Marc Augsburger s’inscrit en biologie. Diplômé notamment en pharmacologie et en toxicologie, il rejoint finalement la médecine légale à la faveur d’une belle opportunité. Il consacre alors sa thèse à la mise en évidence des substances et de leurs effets sur le comportement humain selon leur nature et leur concentration, en particulier dans la circulation routière.
Car, finalement, dit-il, paraphrasant le médecin et achimiste suisse Paracelse, aucune substance n’est dangereuse en soi: seul le dosage peut être fatal.
Evolutions technologiques
Depuis ses débuts, la technologie a évidemment évolué, gagnant en précision et en rapidité. L’usage de médicaments ou de drogues peut notamment être détecté dans la chevelure. Le chercheur peut même déterminer si la consommation est récente, ancienne ou régulière.
«Nous sommes sollicités par les instances (pénale, administrative ou civile) pour étayer des hypothèses, pour fournir des preuves. C’est le cas lors d’accident de la circulation, lorsqu’il faut déterminer l’état dans lequel se trouvait le conducteur au moment de la collision. Pour l’alcool, il s’agit notamment de rechercher l’éthylglucuronide (EtG), une molécule qui peut elle aussi être mise en évidence dans les cheveux.»
Alors, comment les criminels peuvent-ils passer entre les mailles de la justice? «Je ne vous donnerai pas de recette parfaite. Je sais que certains meurtriers agissent longtemps impunément et, convaincus d’être tout-puissants, finissent par commettre une erreur qui les confond.»
Marc Augsburger évoque notamment l’affaire de l’«ange de la mort» en Allemagne, un infirmier qui avait administré des médicaments en surdose, entraînant de nombreux patients ad patres. «J’avais été profondément marqué.»
Plus près de nous, il se souvient également d’une femme qui, en Valais, avait servi à son époux une soupe additionnée de raticide. Le crime aurait pu passer inaperçu. Mais le médecin, appelé au chevet du mari, avait refusé de délivrer le certificat de décès. Il ne comprenait pas pourquoi l’homme avait succombé.
Lorsque les prélèvements furent transmis au laboratoire pour analyse, les toxicologues ne recherchaient pourtant aucune substance précise. L’autopsie n’avait rien révélé de probant. C’est donc avec étonnement qu’ils découvrirent les résultats.
«Nous étions tellement surpris que nous avons refait les analyses.» La présence du rodenticide fut confirmée. L’épouse empoisonneuse fut finalement condamnée à 18 ans de prison.
Le scientifique se souvient aussi de l’affaire du Temple solaire, cette secte dont les membres, 74 au total, furent retrouvés morts dans plusieurs pays. «Il y avait tellement de substances à rechercher. Avaient-elles endormi les victimes? Les avaient-elles tuées? Il fallait des réponses.»
C’est précisément ce côté enquête, à l’instar de l’auteur du Crime de l’Orient Express, qui séduit encore et toujours le toxicologue.
«Contrairement à nos collègues des laboratoires médicaux, qui ne peuvent effectuer que les recherches pour lesquelles ils sont mandatés, nous avons, dans notre domaine, une certaine liberté. Il y a quelque chose de suspect: à nous de trouver quoi.»
Marc Augsburger, amateur de trompette, vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc. Il a récemment été sollicité par les deux réalisatrices de la série télévisée de la RTS Toxic. «J’ai dû, en effet, vérifier que les scénarii étaient plausibles.».
Le 28 septembre, Marc Augsburger animera une conférence de l’Institut national genevois intitulée: Les toxiques sont-ils les armes idéales pour commettre le crime parfait? »
A 18h30, rue Jean-François Bartholoni 6 (Les Salons)