TROMPERIE • Les escrocs rivalisent d’ingéniosité pour multiplier leurs méfaits. Face à ce fléau, la police rappelle les bons réflexes à adopter et les gestes de vigilance essentiels.
«Attention, des mails et des sms sont expédiés au nom de SERAFE (organe suisse de perception de la redevance de radio-télévision), mais il s’agit d’une arnaque. On me demande d’envoyer 17 francs pour régulariser mon dossier, mais j’ai la preuve que j’ai déjà payé l’intégralité du montant. Il faut vraiment se méfier de tout...» Voilà le type de message relayé sur les réseaux sociaux pour mettre en garde les Genevois contre des tentatives d’escroquerie en vogue sur la Toile. En commentaire, plusieurs internautes reconnaissent être tombées dans le panneau, notamment en raison du faible montant exigé.
Pourtant, le risque est bien réel, comme l’explique Aline Dard, chargée de communication en prévention et porte-parole de la police. «Il s’agit typiquement de phishing et ici par usurpation d’une entité connue. Ne cliquez jamais immédiatement sur un lien reçu par SMS, e-mail ou messagerie. Même si le message semble provenir d’un organisme connu, un lien peut rediriger vers un faux site. Vérifiez aussi toujours l’expéditeur. Les fraudeurs utilisent souvent des adresses ou numéros ressemblants aux vrais, avec de légères différences.» Comment éviter de se faire avoir? La police conseille de toujours passer par les canaux officiels. Pour vérifier une facture SERAFE, un paiement TWINT ou un abonnement Netflix, il s’agit donc d’ouvrir directement l’application officielle, ou de taper soi-même l’adresse du site dans le navigateur.
Messages alarmants
Par ailleurs, la policière invite à se méfier des messages alarmants ou urgents, une technique classique de manipulation. Parmi les formulations utilisées, on retrouve: «Votre compte va être bloqué», «Paiement refusé» ou encore «Dernier rappel avant poursuites». Pour se prémunir, il faut appliquer des règles simples, comme le fait de ne jamais communiquer ses mots de passe, ses codes SMS ou encore ses données bancaires. «Aucun organisme sérieux ne demande cela par e-mail ou SMS», rappelle Aline Dard. Autre moyen de se prémunir? Activer la double authentification (2FA), de sorte à sécuriser ses comptes, même si un mot de passe est compromis. Mais aussi effectuer régulièrement les mises à jour de ses appareils et contrôler attentivement l’adresse d’un site web avant de saisir des données. Enfin, la police appelle à signaler les tentatives frauduleuses. «Vous pouvez le faire sur le portail national de cybersécurité: NCSC (Centre national pour la cybersécurité). Vous trouverez également des informations sur le site Cybercrime.ch.»
Déposer plainte
Bien entendu, si vous êtes lésé financièrement, il s’agit de déposer une plainte à la police. Pour cela, vous avez la possibilité de prendre un rendez-vous en ligne pour un dépôt de plainte sur la page Internet de l’Etat de Genève (www.ge.ch).
Autre arnaque signalée: deux personnes vous apostrophent aux abords d’un parking pour vous proposer d’acheter des montres de grandes marques de luxe. Elles prétextent un héritage ou un besoin d’argent urgent pour expliquer leur démarche. Problème: seul un œil averti est capable de déceler qu’il s’agit de contrefaçons, parfois très bien réalisées.
De son côté, la police confirme avoir recensé quelques cas à Genève de vendeurs à la sauvette. «Il ne s’agit pas forcément de contrefaçon, mais les montres n’ont certainement pas la valeur qu’ils veulent bien faire croire», prévient Aline Dard. Pour ce type d’arnaque, il faut savoir qu’en Suisse, y compris à Genève, la vente dans la rue d’une fausse montre de marque constitue une infraction à la Loi fédérale sur la protection des marques (LPM), même si l’acheteur sait parfaitement qu’il est en présence d’une contrefaçon. «Le fait de l’informer que la montre est fausse ne rend pas la vente licite: l’usage non autorisé d’une marque protégée reste interdit. Le vendeur s’expose donc à des poursuites pénales et à la saisie des objets. Quant à l’acheteur, s’il acquiert l’objet uniquement pour un usage privé, il n’est en principe pas poursuivi pénalement, mais l’objet peut être confisqué; en revanche, s’il revend ensuite la montre, il est à son tour en infraction», détaille encore la communicante.
Si l’acheteur est trompé sur la valeur de l’objet vendu, l’escroquerie est caractérisée. Le vendeur s’expose ainsi à des poursuites pénales, mais aussi à la saisie de la marchandise. L’acquéreur, lui, est considéré comme une victime. Il n’encourt donc pas de sanction pénale et peut, là aussi, déposer plainte. Pour se prémunir, différents réflexes doivent être adoptés. «D’abord, se méfier des prix anormalement bas ou des offres «trop belles pour être vraies», souvent révélateurs d’un produit faux ou volé. Il est essentiel de vérifier l’identité du vendeur, la provenance de l’objet, et d’exiger, lorsque cela est possible, facture, certificat d’authenticité ou preuve d’achat. Dans la rue, l’achat auprès de vendeurs dits «à la sauvette» comporte un risque élevé, car il n’existe généralement aucun recours ni garantie. En ligne, il faut privilégier les plateformes reconnues, consulter les avis, vérifier l’ancienneté du compte vendeur et éviter les paiements anonymes ou non traçables. Enfin, en cas de doute sur l’authenticité d’un produit de marque, mieux vaut renoncer à l’achat: acquérir un objet contrefait peut entraîner la confiscation du bien», conclut Aline Dard.