Prison ferme pour un père violent

Rédigé par
Rédaction
Genève

JUSTICE • Le Tribunal correctionnel a également prononcé  une mesure d’expulsion contre un quinquagénaire syrien, violent avec ses enfants. 

La journée d’audience du 21 mai dernier a été marquée par une forte charge émotionnelle, entre larmes de part et d’autre. Un quinquagénaire a comparu pour des violences répétées sur ses cinq enfants, notamment des coups de ceinture et des menaces, dont une avec un couteau contre l’un de ses fils, ainsi que des accusations d’ordre sexuel portées par l’une de ses filles.
Actif sur les réseaux sociaux
Quatre des enfants, aujourd’hui adolescents ou jeunes adultes, étaient présents à l’audience aux côtés de leur mère, également plaignante. L’un des fils était absent. Parti de Syrie en 2010 et au bénéfice de l’asile, le prévenu avait fait venir sa famille une année plus tard. Depuis son arrivée en Suisse, il n’a travaillé que de manière ponctuelle, notamment dans la conciergerie et dans une station-service. En revanche, il est très actif sur les réseaux sociaux, où il produit des vidéos sur des sujets scientifiques et compte environ 1,4 million d’abonnés sur TikTok.
Interrogé par la présidente du tribunal, Limor Diwan, l’homme admet des violences verbales mais conteste les violences physiques. Il nie également les accusations de contrainte sexuelle portées par sa fille. «Peut-être qu’ils ont fait un amalgame en apprenant que mon oncle avait été tué par mon père, ils ont eu peur», a-t-il déclaré. Concernant les menaces, il affirme: «Quand une de mes filles est rentrée très tard, je lui ai effectivement dit que j’allais lui casser les bras et les jambes, mais je n’ai rien fait. Ce sont des habitudes de langage». Puis évoquant également une dimension culturelle, il parle de «sévérité» et d’«éducation extrêmement dure» de sa part. Il a néanmoins adressé des excuses à sa famille : « Je regrette tous les mots que j’ai pu dire. Je regrette nuit et jour tout cela. Je vous prie de m’excuser et je demande pardon.»
La mère des enfants, également entendue, a expliqué être suivie psychiatriquement depuis mars 2025 et prendre un traitement contre la dépression. «La nuit, je fais toujours des cauchemars», a-t-elle confié.
Témoignages accablants
Les témoignages de la mère et des enfants ont mis en lumière des récits particulièrement lourds. «J’ai envie de dire plein de choses à mon père, mais je n’y arrive pas», a déclaré l’une des filles. Une autre a affirmé avoir été «brisée» par la situation familiale. Une troisième a dit: «C’est bête de dire ça, mais j’ai toujours peur qu’il me viole et me tue». A propos de la fois où son père s’était saisi d’un couteau, le fils a déclaré: «Je me suis vu mourir ce jour-là, et c’était trop pour moi». Il dit aussi avoir ressenti un peu de sincérité dans les excuses de son père.
Dans son réquisitoire, la procureure Jennifer Bauer a estimé que les témoignages de la mère et des enfants étaient «concordants, crédibles et constants». Elle a décrit un  «climat de terreur» au sein de la famille et dénoncé une prise de conscience du prévenu inexistante, ajoutant: «Il n'a jamais cherché à avoir des nouvelles de ses enfants, sans doute trop occupé à réaliser ses vidéos pour les réseaux sociaux». Le Ministère public a requis une peine privative de liberté ainsi qu’une expulsion du territoire suisse.
«Sous emprise»
L’avocate de la mère, Me Caroline Turrettini, a qualifié le prévenu de  «tyran domestique». Elle a affirmé que sa cliente vivait «sous l’emprise» de son mari et dans la peur. «C’est une famille qui a été brisée par un homme qui était censé les protéger», a-t-elle plaidé.
Me Karim Raho, avocat des enfants, souligne qu'ils ont non seulement été affectés dans leur santé psychique, mais qu’ils ont également perdu leur insouciance. Il conclut en s’adressant directement au prévenu : «Je vous plains, car quand on a le pouvoir de faire autant de mal, on doit se détester soi-même».
Contrainte sexuelle
La défense, assurée par Me Pedro Da Silva Neves, a contesté une vision binaire du dossier. Il évoque les SMS de ses filles à l’égard de leur père qui expriment leur amour, mais fait également circuler des photos qui évoquent le bonheur familial. «Il a une certaine notoriété sur les réseaux sociaux et on le lui reproche, c’est le monde à l’envers». L’avocat a insisté sur le parcours du prévenu, ancien réfugié politique ayant subi «de la torture et une longue détention en Syrie». Il a également évoqué l’avis d’une experte faisant état, chez certains des enfants, d’éléments de mythomanie et de tendances à la manipulation. 
Il a évoqué un  «immense gâchis familial» et plaidé l’acquittement, estimant notamment qu’une nouvelle détention risquait de raviver son stress post-traumatique.
Une semaine plus tard, le Tribunal a rendu son verdict: le quinquagénaire est notamment condamné pour lésions corporelles simples, injures, menaces et contrainte sexuelle. Il écope d'une peine de 27 mois de prison ferme. Il sera également expulsé en Syrie pour une période de cinq ans.

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