DÉCRYPTAGE • Genève est-il vraiment le canton le plus taxé? Les baisses d’impôts favorisent-elles les plus aisés? A travers une série de vrai ou faux, décryptage des principales idées reçues sur la taxation genevoise avec l’Administration fiscale cantonale (AFC).
Genève figure en tête du palmarès des cantons pratiquant le taux d’imposition le plus élevé?
Vrai, pour l’impôt sur la fortune. Plutôt faux, pour l’impôt sur le revenu. Par exemple, le canton de Genève applique des seuils d’assujettissement, à savoir le revenu minimum à partir duquel les contribuables sont imposables, plus favorables que la plupart des cantons, s’agissant des familles avec enfants. Faux également, si l’on considère l’impôt sur le bénéfice des personnes morales. Tout dépend de l’impôt dont on parle et de la situation particulière de chaque contribuable. Cela étant Genève est, selon la Confédération, le canton qui exploite le plus son potentiel fiscal des personnes physiques. L’indice fédéral publié le mardi 3février se base sur les années 2020, 2021 et 2022; il ne reflète donc pas la baisse d’impôt sur le revenu, intervenue en 2025.
La dernière baisse d’impôt profite surtout aux gros contribuables, pas à la petite classe moyenne?
Faux. La baisse de l’impôt sur le revenu, entrée en vigueur en 2025, avait pour objectif de redonner du pouvoir d’achat à la population et en particulier aux personnes qui paient des impôts mais ne bénéficient d’aucune aide ni subside. La réduction de l’imposition a été en moyenne de 8,7%. Pour les plus petits revenus, elle a atteint les 11,4%, contre 5,3% pour les revenus plus importants.
Quand l’Etat accorde un paiement de l’impôt mensualisé, il perçoit plus que la somme initiale? Faux. Un intérêt moratoire, en faveur de l’administration, n’est légalement appliqué qu’en cas de non-respect des délais de paiement convenus, même en cas de mensualisation.
1% des contribuables genevois paient 70% de l’impôt sur la fortune?
Vrai. La part de recettes fiscales étant toutefois un peu plus élevée, selon le dernier point de situation réalisé en 2025: 1% des contribuables du canton de Genève représente plus exactement 73% du total de l’impôt sur la fortune.
Les déductions fiscales profitent surtout aux hauts revenus?
Vrai et faux. Certaines déductions peuvent – en raison purement mécanique de la progressivité de l’impôt et pas en raison de «faveurs cachées» – profiter davantage aux hauts revenus, qui peuvent se prévaloir de dettes hypothécaires, d’une capacité d’épargne et de frais professionnels effectifs potentiellement plus élevés, etc. Mais beaucoup de déductions sont indépendantes du niveau de revenu ou plafonnées de manière à limiter cet effet, ou encore liées à des seuils, comme les frais médicaux, qui ne sont admis que s’ils dépassent un pourcentage du revenu, ce qui avantage les revenus plus modestes.
Ce qui rapporte le plus à Genève c’est l’impôt sur les personnes physiques?
Vrai. Les recettes liées aux personnes physiques, (plus de 500’000 contribuables), représentent plus du double de celles des personnes morales qui comptent moins de 50’000 contribuables.
Un redressement fiscal peut s’opérer sur les 10 ans passé, pas au-delà? Essentiellement vrai. Une procédure en rappel d’impôt peut être ouverte sur les 10 dernières années contre un contribuable qui omet de déclarer l’intégralité de son revenu ou de sa fortune imposable. Les rappels d’impôts doivent cependant entrer en force dans les 15 ans depuis l’année où des redressements sont effectués, à défaut ils seront dégrevés en raison du délai de péremption.
Le nombre de Genevois ne payant pas d’impôt augmente chaque année?
Faux. Le taux depuis 2022 oscille entre 35% et 36,5%.
Déclarer tardivement un revenu oublié est assimilé à une fraude fiscale?
Vrai et faux. Une omission involontaire corrigée spontanément n’est pas assimilée à une fraude. En revanche, si l’omission est découverte par l’administration fiscale, une rectification de taxation couvrant jusqu’à dix ans de non-déclaration peut être exigée, ainsi que les impôts dus avec intérêts.
L’IA permet aujourd’hui de repérer plus de fraudeurs fiscaux qu’un contrôle humain classique?
Sans doute vrai,. Mais le canton de Genève n’a pas recours à l’IA pour investiguer dans le cadre de ses activités de contrôle fiscal.