"Le sport peut aider à comprendre ses émotions"

Rédigé par
Adélita Genoud
Santé & Bien-être

SANTÉ MENTALE •  Les dysfonctionnements comportementaux, les angoisses et les phobies entravent aujourd’hui la vie des adultes en entreprise autant que celle des enfants en milieu scolaire. A Genève, les cabinets de psychiatres affichent complet, signe d’un mal-être grandissant qui touche toutes les générations. Pour tenter de démêler ces difficultés et offrir de nouvelles perspectives, deux psychologues ont conçu une approche originale fondée sur le sport. Leur objectif: redonner confiance, motivation et estime de soi afin d’aider chacun à reprendre le cours de son existence plus sereinement. Rencontre avec l’un des fondateurs de cette méthode, Yann Bouzidi.

– Quel est votre concept?  
Yann Bouzidi: Nous proposons un accompagnement psychologique basé sur le sport. A travers des séances en groupe mêlant activité physique, échanges et exercices pratiques, SporThéraPsy aide les participants à mieux comprendre leurs émotions, reprendre confiance en eux et développer leurs capacités relationnelles de façon ludique et concrète. L’objectif est d’apprendre, par le mouvement et l’expérience, à mieux gérer les difficultés du quotidien tout en découvrant simplement certains mécanismes psychologiques.

– Quels types de profils et quelles problématiques prenez-vous en charge? 
Il est important de préciser que notre approche ne repose pas sur un suivi individuel, mais avant tout sur la force de la dynamique de groupe. Nous intervenons auprès d’entreprises publiques et privées qui cherchent des solutions durables et apaisées face à des tensions ou conflits internes.
Nous accompagnons également des institutions accueillant des enfants en difficulté, confrontés notamment à des phobies, au décrochage scolaire ou à une perte de repères. Grâce à des exercices ciblés, adaptés à chaque problématique, nous aidons le groupe à prendre conscience des difficultés rencontrées et à trouver ensemble des pistes concrètes pour les dépasser.

– En quoi votre méthode est plus efficace que les nombreuses autres présentes sur leur marché? 
Le fait d’être à la fois psychologues et formés au coaching sportif constitue un véritable atout. Beaucoup d’adultes ont encore une vision limitée de la psychologie, souvent associée uniquement aux troubles mentaux graves. Le sujet reste parfois tabou et peut freiner certaines démarches. En intégrant le sport à notre approche, nous rendons l’accompagnement plus accessible et moins intimidant. L’activité physique apporte une forme de légèreté et facilite les échanges, tout en permettant d’aborder en profondeur les difficultés qui ont conduit le groupe à nous consulter. On remarque qu’en passant par une pratique physique, les personnes comprennent plus aisément la faille. Contrairement à certaines idées reçues, les enfants et les adolescents se montrent généralement plus ouverts à cette démarche. Ils ont moins d’a priori et vivent très positivement le fait de pratiquer des activités sportives avec leurs pairs pour mieux comprendre et dépasser leurs problématiques.

– Pouvez-vous donner un exemple concret? 
Par exemple, lorsqu’il s’agit de jeunes en décrochage scolaire, dont les difficultés ont souvent des causes multiples, le simple fait de retrouver un cadre peut déjà avoir un impact considérable. Réinstaurer des horaires, fixer des objectifs, encourager leur participation et leur offrir une activité régulière leur permet progressivement de redonner du sens à leur quotidien et à leur existence. Souvent isolés, ces jeunes retrouvent également un lien social grâce au contact et aux échanges avec d’autres enfants, ce qui contribue à les remettre en mouvement et à reprendre confiance en eux. Et lorsque des troubles plus sévères apparaissent au cours de ces séances de groupe, nous sommes en mesure d’orienter les jeunes comme les adultes vers des prises en charge plus traditionnelles et un suivi thérapeutique adapté.

– Des résultats? 
Oui, les témoignages que les personnes nous adressent à l’issue des séances en attestent. Certains n’en reviennent pas de réaliser ce qui chez eux dysfonctionnait et impactait leur service. Des adolescents ont pu également reprendre l’ascendant sur leur vie. Je trouve que la connaissance de soi, de ses fragilités, de ses comportements devraient être enseignées à l’école. Tout le monde serait gagnant, les personnes elles-mêmes, les entreprises et les familles.

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