Hantavirus: "Le risque d'infection secondaire est plus faible que le Covid"

Rédigé par
Adélita Genoud et Tadeusz Roth
Genève

La fièvre autour de l’hantavirus est retombée mais le virus réveille quelques peurs, même si le cas genevois continue de faire l’objet d’une surveillance attentive des autorités sanitaires. Identifiée comme cas contact après avoir voyagé dans le même avion qu’une patiente infectée, cette personne n’est ni considérée comme malade à ce stade ni placée en isolement hospitalier formel. GHI a sollicité le Service du Médecin cantonal du Département de la santé et des mobilités.

– GHI: Que sait-on du patient genevois? Est-il malade? Est-il placé à l’isolement dans un hôpital, sachant que la maladie peut se déclarer dans une période allant de sept jours et six semaines? 
Service du Médecin cantonal: Cette personne est considérée comme un cas contact et a été identifiée après avoir voyagé dans le même avion qu’une personne infectée par la souche Andes de l’hantavirus. Selon les recommandations en vigueur de l’OMS et de l’Office fédéral de la santé publique, la personne est considérée comme  «contact à bas risque», car elle n’était pas assise à proximité de la patiente malade durant le vol. Elle a reçu en conséquence la consigne de surveiller quotidiennement l’apparition d’éventuels symptômes, depuis son lieu de vie, et durant les 42 jours qui suivent l’exposition. 
Notre service est en contact régulier avec elle, afin de suivre l’évolution de son état de santé et de la rassurer. Il ne s’agit pas d’une quarantaine formelle, mais d’un suivi médical rapproché par les autorités sanitaires. 

– Comment expliquer que les pays européens, sur la base de l’expérience résultant de la pandémie liée au Covid, à tout le moins n’aient pas mis en place un protocole uniformisé concernant la prise en charge des patients avec symptômes et les cas contacts? 
L’hantavirus Andes reste une maladie extrêmement rare, avec très peu de cas documentés et une transmission interhumaine considérée comme exceptionnelle, nécessitant un contact rapproché et prolongé, contrairement au Covid-19 par exemple. Le risque de cas secondaires infectés par un malade à l’hantavirus est ainsi beaucoup plus faible que pour le Covid-19. Cependant, devant la sévérité de la maladie, des directives internationales ont été édictées par l’OMS. Celles-ci sont claires et partagées internationalement. Les autorités sanitaires nationales adaptent cependant parfois les mesures selon leur propre évaluation du risque et leurs capacités de gestion. 

– Avec l’hantavirus, on assiste au retour des experts médicaux en infectiologie sur les plateaux télé. Selon qui s’exprime, les avis divergent sur la réponse plus ou moins forte à apporter pour contenir l’expansion de la  maladie? 
Les autorités sanitaires ont l’habitude d’évaluer le risque sanitaire et épidémique sur la base des données disponibles et des principes de précaution; le résultat est une réponse proportionnelle  au risque réel dans le contexte donné. 

– Les mêmes experts affirment que l’hantavirus est connu depuis 50 ans environ. Dès lors, pourquoi n’y a-t-il pas de vaccin? 
Les hantavirus sont connus depuis plusieurs décennies, mais cela ne signifie pas qu’il soit aisé – voire possible – de développer un vaccin. Les hantavirus regroupent en effet de nombreuses souches différentes selon les régions du monde et les cas humains restent relativement rares hors certaines zones spécifiques, avec transmission interhumaine très limitée. 

– L’affaire des contaminations sur le bateau de croisière au départ d’Ushuaia début avril 2026 et dans le vol reliant Sainte-Hélène à Johannesburg indiquent que des cas contacts n’ont pas été immédiatement mis en quarantaine, y a-t-il des risques que d’autres personnes soient infectées? 
Les opérations de traçage des cas et des contacts et les mesures (isolement, quarantaine, autosurveillance) visent à prévenir l’apparition de nouveaux cas. La transmission interhumaine documentée de la souche Andes nécessite des contacts très étroits et prolongés. Le risque d’infection n’est donc pas présent pour la population générale, mais pour les personnes ayant eu un contact proche et prolongé avec une personne malade. 

– L’hantavirus des Andes est-il le seul à se transmettre à l’être humain? 
Les experts disent que c’est la seule souche documentée mais cela signifie-t-il que c’est réellement la seule variante? A ce jour, la souche Andes est la seule pour laquelle une transmission interhumaine a été documentée scientifiquement et cette transmission est restée très limitée. 

– Sait-on avec certitude comment l’hantavirus se contracte à partir du rat? A partir d’une personne contaminée? 
La transmission depuis les rongeurs se produit principalement: par inhalation d’aérosols contaminés provenant d’urine, de salive ou d’excréments de rongeurs infectés; plus rarement par morsure de rongeurs. 
Les données disponibles concernant la transmission interhumaine suggèrent qu’elle nécessite des contacts rapprochés et prolongés dans des espaces confinés, notamment au sein d’un couple ou d’une cohabitation. 

– Les nombreux chantiers à Genève entraînent la présence accrue de rats sur la voirie, quels risques de contaminations pour la population? Les animaux de compagnie? 
Les rats présents en Suisse ne sont pas porteurs du virus Andes, qui circule uniquement chez les rongeurs d’Amérique du Sud.

Les autorités fédérales et cantonales veulent rassurer 

«Il n’y a actuellement en Suisse aucune mesure à prendre pour la population générale en lien avec cette épidémie d’hantavirus». Voilà ce qu’estime l’Office fédéral de la santé publique (OFPS), alors qu’une personne infectée est actuellement soignée à l’Hôpital de Zurich et que les personnes infectées identifiées se trouvent en quarantaine non contrainte. A Genève, un cas est justement suivi pas les autorités sanitaires: il était dans le même avion qu’une passagère infectée, mais à «plus de dix rangées», et présenterait donc un niveau de risque bas. Résultat: cette personne suit un protocole d’autosurveillance, avec notamment une recommandation d’être en télétravail, mais aucune quarantaine obligatoire. Les autorités sanitaires cantonales suivent l’évolution de son état de santé en l’appelant tous les jours, et celui-ci doit signaler ses différents déplacements. Dans le cas où son état s’aggravait, il serait placé en isolement immédiat. 
Du côté de l’aéroport de Genève, on assure suivre les directives de l’OFSP, qui n’a prescrit aucune mesure spéciale. «Les HUG avec le soutien de l’aéroport, disposent de protocoles très spécifiques pour les personnes atteintes de virus type pandémique qui atterrissent à Genève Aéroport», précise pourtant Taline Annie Abdel Nour au nom de l’institution, sans détailler le protocole. 
Une approche sensiblement différente de celle de la France, qui privilégie des mesures strictes en isolant ses cas contacts à l’hôpital. Le pays dénombre plus d’une vingtaine de cas. 
Pour mémoire, un foyer épidémique du virus a été déclaré sur un navire de croisière MV Hondius, avec 149 passagers à son bord, de 23 nationalités. La Suisse assure suivre de près l’évolution de l’épidémie, tout en assurant que le risque pour la population est faible, comme l’affirme également l’OMS. 
Toutefois, l’infection au virus peut avoir des conséquences graves. «Celle-ci passe généralement inaperçue. Si des symptômes apparaissent, elle peut évoluer, selon le type de virus, vers différents tableaux cliniques graves allant jusqu'à des épisodes fiévreux avec d'importants saignements (fièvre hémorragique). Dans la plupart des cas, la maladie se déclare par une fièvre élevée soudaine, qui peut durer trois à quatre jours. Elle s'accompagne de symptômes généraux analogues à ceux de la grippe, tels que des maux de tête, de ventre et des douleurs musculaires», détaille l’OFSP. 
Historiquement, les hantavirus ont été ainsi baptisés en référence à la rivière Hantaan, qui sépare les deux Corée. En effet, plus de 3000 soldats sont tombés gravement malades après avoir été infectés par ces virus durant la Guerre de Corée (1950-1953).
Ceux-ci se transmettent à l'être humain via des rongeurs sauvages infectés (p. ex. des souris ou des rats), qui diffusent le virus par la salive, l'urine et les excréments. «Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections ainsi que l'inhalation de poussière contaminée peuvent provoquer une infection.»

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