FINANCES • Comme les années précédentes, les comptes de l’Etat affichent un excédent de 50 millions pour 2025. Une bonne nouvelle, à première vue, pour le gouvernement comme pour les citoyens. Soit. Mais derrière cette performance se cache une réalité plus nuancée: l’Exécutif avait initialement prévu un budget déficitaire. Comme c’est encore le cas pour son projet de budget bis 2026 qui révèle un trou de 600 millions. Anticiper l’évolution des recettes et atteindre un équilibre ne relèvent pas d’un simple et habile usage de la calculette. Toutefois, cet écart entre prévisions pessimistes et bonis interroge. Que disent les principaux partis politiques?
François Baertschi, président du MCG, estime que l'interrogation est légitime: «Le Conseil d'Etat devrait avoir une gestion plus serrée, par exemple en ne dilapidant pas 400 millions à la France et en renégociant avec les autres cantons une péréquation injuste qui nous désavantage. Les intérêts des contribuables genevois sont aujourd'hui mal défendus par le Conseil d'Etat.»
Vincent Gillet, secrétaire général du Centre, appelle à de vraies réformes: «Les comptes 2025 affichent un résultat à l’équilibre, avec 50 millions d’excédents. Notre parti ne va pas s’en plaindre, même si la rengaine des recettes extraordinaires est devenue, au fil des ans, l’arbre qui cache la forêt. On peut comprendre la difficulté de prévoir les recettes fiscales compte tenu du chaos géopolitique actuel. Toutefois, les bons résultats économiques ne doivent pas faire oublier l’incapacité de l’Etat à se réformer. Les charges explosent alors qu’en parallèle rien n’est fait pour améliorer le fonctionnement de l’administration et la qualité du service public.»
Thomas Wenger, président du parti socialiste, n’y va pas par quatre chemins: «Cela fait plusieurs années que les budgets du Conseil d’Etat sont largement déficitaires, justifiant des coupes dans les prestations et les conditions salariales des fonctionnaires puis, ô miracle, les comptes sont pour finir excédentaires. Les Genevois ont de quoi se sentir trompés. Cette politique des soi-disant caisses vides doit cesser.»
Pierre Nicollier, président du PLR, reste pragmatique: «Concernant les résultats, cela dépendra principalement du secteur du négoce. Celui-ci est lui-même très dépendant de la situation mondiale sur les marchés. Il est difficile de dire à ce stade quelles seront les répercussions de l’instabilité au Proche-Orient pour ce domaine. Mon sentiment est qu’après 3 mois, ces entreprises ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Mais cela durera-t-il 12 mois? Quant au budget bis, je n’imagine pas que ce budget révisé puisse obtenir une majorité.»
Yves Nidegger, chef de groupe UDC au Grand Conseil, ne mâche pas ses mots: «Il n’y a pas de pilote budgétaire dans le cockpit de la Tour Baudet. On ne parle plus d’écarts à expliquer entre le budget et les comptes mais de complets retournements de situation. Les indicateurs utilisés par Conseil d’Etat sont manifestement inopérants alors que ceux qui comptent pour établir des prévisions sautent aux yeux: les guerres. Le trading pétrolier et gazier du Golfe ne se fait plus en USD (dollars américains) mais en RMBI (monnaie chinoise) et les hydrocarbures de la Russie sous sanctions ont été redirigés vers l’Asie.»
Pierre Eckert, député Vert au Grand Conseil, fustige l’Etat: «Il ne serait guère surprenant que 2026 soit, à l’image des six dernières années, une nouvelle année excédentaire malgré un budget déficitaire. Un plan massif d’économies n’est donc ni nécessaire ni utile. Malgré cela, le Conseil d’Etat s’apprête à couper à la hache dans les prestations en se basant sur un scénario catastrophe. La droite persiste d’autre part à affaiblir les recettes en proposant des cadeaux fiscaux aux plus privilégiés. Résultat: moins de ressources à disposition, au moment où les besoins explosent. Pendant que les plus riches s’enrichissent et polluent la planète, un nombre croissant de Genevois basculent dans la précarité, faisant exploser l’aide sociale. La solution du gouvernement pour freiner sa hausse? Couper davantage dans les prestations. Le ruissellement est une illusion néo-libérale qui ne fonctionne pas. Seul l’Etat peut réduire les inégalités en les comblant, pas en les aggravant encore.»
Julien Pala, secrétaire général de LJS: le solde du projet bis est quasi identique à la version initiale. Accepter ce montant revient à ignorer les raisons du rejet massif de décembre. Face à cela, l’accent sera mis sur le recours aux crédits complémentaires. Cette méthode permettra un contrôle des dépenses avec une marge de manœuvre limitée.»