SOLIDARITÉ • L’association Suspend’us offre différents bien et services via un réseau de magasins locaux. Une aide précieuse pour les familles et les personnes dans le besoin. Entretien avec Sandrine Gervais, directrice opérationnelle.
Tout est parti d’une idée qui a fait ses preuves en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale: les cafés suspendus, ou «caffè sospeso». Un procédé qui permettait aux habitants de Naples de payer un second café qu’il ne consommait pas, destiné aux soldats, dont le ticket était alors suspendu au comptoir. Un geste solidaire qui a inspiré l’association Suspend’us, impliquée dans la lutte contre la pauvreté.
– Quel est l’objectif de l’association?
Permettre aux personnes précaires de retrouver des plaisirs qui leur sont malheureusement souvent inaccessibles. Un certain nombre d’associations œuvrent déjà en faveur de l’alimentaire ou du logement, mais peu d’initiatives insistent sur les choses qui paraissent plus périphériques, par exemple en permettant d’offrir un cadeau à ses enfants ou d’aller chez le coiffeur. Ces éléments sont pourtant essentiels pour garantir de la dignité à ceux qui sont dans le besoin.
– Comment cela fonctionne?
Notre association reçoit des fonds, qu’elle redistribue ensuite dans les commerces genevois en faveur des bénéficiaires, qui doivent présenter une carte spécifique. Cela va du coiffeur à l’épicerie, en passant par les opticiens ou encore les librairies. Pour mettre cela en œuvre, nous travaillons avec les partenaires sociaux (l’Hospice général et Caritas): l’aide est attribuée selon leurs critères. Ainsi, chaque mois, les commerçants partenaires ont une cagnotte. De leur côté, les personnes dans le besoin se rendent sur notre site pour prendre connaissance des disponibilités.
– Combien de personnes avez-vous aidées?
En 2025, cela concerne environ 1700 personnes, pour un montant de 115'000 francs. Nous notons d’ailleurs une augmentation des demandes de près de 20% en ce milieu d’année, ce qui tend à confirmer la nécessité de notre engagement.
– A combien s’élèvent ces aides?
Les personnes qui possèdent la carte ont le droit à 15 francs par semaine pour l’alimentation et 100 francs par semestre pour tout ce qui est bien-être et coiffure. Mais ce n’est pas tout. On peut également recevoir 100 francs par année pour les loisirs et la culture, 20 francs pour se rendre chez un fleuriste tous les 180 jours ou encore 100 francs par an afin de pratiquer du sport. Un montant est également prévu pour les transports en commun, pour les frais de pharmacie ou pour l’hygiène dentaire.
– Plusieurs acteurs sociaux alertent régulièrement sur l’augmentation de la pauvreté à Genève. Vous observez aussi cette tendance?
Effectivement, on déplore toujours plus de personnes dans le besoin. C’est inquiétant, d’autant que cela ne touche pas uniquement les personnes dans la rue, mais aussi les retraités, les familles, ou des personnes plus jeunes, qui travaillent parfois. Malheureusement, la question de la précarité reste souvent taboue pour celles et ceux qui la vivent: ils n’osent pas toujours reconnaître qu’ils sont dans des situations difficiles. En les aidant à se rendre chez les commerçants locaux, notre association leur permet de retrouver des instants de normalité.
– D’où proviennent vos fonds?
Il s’agit avant tout de donations de plusieurs fondations philanthropiques, mais aussi de dons privés. Tout le monde peut donner, pour cela, il suffit de se rendre sur notre site. L’avantage, c’est que vous pouvez choisir directement un commerce, par exemple un fromager en bas de chez vous. Cela permet d’effectuer un acte solidaire tout en favorisant le commerce local. Mais vous pouvez également faire un don plus général à l’association, et nous nous chargeons du reste.
Site internet: https://suspend-us.com