Servette: pourquoi deux groupes de fans s’affrontent

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Société

FOOTBALL • Deux groupes d’ultra s’opposent pour des raisons opaques. La justice tente de mettre fin à ces agissements en prononçant des sanctions. Chez les sympathisants du Servette, difficile d’en savoir plus. 

L’annonce faite par la police a provoqué de très nombreuses réactions: 27 supporters du Servette ont été sanctionnés pour des faits de violences. En tout, 24 interdictions de périmètres pour des durées d’un à trois ans ont été prononcées, ainsi que trois obligations de se présenter lors des manifestations sportives en cause. Deux groupes sont concernés: la Section grenat (SG) ainsi que «Les plus malins» (LPM), qui se sont affrontés, notamment à proximité du stade de la Praille, mais aussi à la rue de Carouge. 
Le Département des institutions et du numérique, dont dépend la police, explique avoir procédé à de nombreuses auditions et constitué une cellule d’enquête spécialisée pour traiter la procédure pénale. Plusieurs actions seraient d’ailleurs toujours en cours, notamment pour rixe et émeute. 
«C’est un début mais un début bien léger, au regard de l’historique des heurts et dégâts de ces taborniaux. J’espère que ces sanctions sont prévues sur le plan national. Et qu’elles sont applicables à tous les sports et à tous les niveaux. L’ensemble de ces 27 personnes auraient dû être concernées par l’obligation de se présenter et être interdites de périmètres», estime notamment un internaute. «Supprimer tous les ultras de Suisse, de Genève à Bâle et jusqu’à Lugano, point. Ou tu joues les matchs à huis clos et là ça ira mieux», considère un autre. 
Soulagement
Pour les autres supporters des Grenat, la décision de sanctionner les fauteurs de troubles est plutôt perçue comme un soulagement. «Je vais enfin pouvoir aller au stade avec mes enfants sans m’inquiéter. On vibre tous pour la même équipe, cette guéguerre est complètement absurde!», confie un père de famille qui préfère rester anonyme, comme l’intégralité des témoins qui ont accepté de s’exprimer sur cette affaire. Car dans cet univers, c’est l’omerta qui règne, par peur des représailles. 
Mais comment en sommes-nous arrivés là? Pour le grand public, voir deux groupes de supporters soutenant la même équipe s’affronter est en effet compliqué à comprendre. Un fan d’un autre groupe mais ayant des connaissances dans la section et dans «les Plus malins» nous livre sa version des faits. «A l’origine, il y a plusieurs événements, notamment lorsqu’un «Plus malin» a jeté une torche dans le public (lire encadré), mais aussi à l’occasion de plusieurs tags signés. Cela n’a pas plu aux autres groupes. Puis, la SG, qui n’adhérait pas à ces conneries, a commencé à empêcher les membres des LPM d’emprunter les trains spéciaux pour suivre l’équipe. Résultat, ils prennent maintenant des bus et c’est devenu très compliqué. C’est notamment dans ce cadre qu’il y a eu les grosses bagarres. Mais dans l’absolu, on ne se mêle pas de ces histoires, même si on a de la peine à voir comment cela va finir.» 
A noter que les «Plus malins» ont publié un communiqué pour condamner le lancer de torche en direction des tribunes lors du match face à Winterthour. «Nous allons tout mettre en œuvre pour identifier les responsables de ces actes. S’il s’avère que ces personnes sont encartées au sein de notre groupe, nous les expulserons définitivement. Ces actions ne sont en aucun cas représentatives de noter groupe et de l’image que nous voulons en dégager. Nous sommes là pour encourager et soutenir notre club.»
Vers un envenimement?
Un autre supporter, lui aussi anonyme, dit craindre que la situation ne s’envenime. «Il y a aussi des histoires liées à la politique, par exemple avec des accusations de n’être pas du bon bord. Tant qu’ils se tapent dessus ça passe encore. Mais avec toute cette colère, il ne faudrait pas qu’il y ait un coup de couteau, et ensuite encore de nouvelles représailles. Ça fait un peu peur…» 
D’après nos informations, des tentatives de dialogue ont été mises sur la table. Certains «Plus malins» seraient même prêts à discuter avec la SG, qui n’aurait pas donné suite. 
Du côté du Servette, on se refuse à tout commentaire. «Les faits que vous mentionnez relèvent de la responsabilité individuelle des personnes concernées. La justice a été rendue et nous ne commentons pas ses décisions.  Le Servette FC a déjà pris des mesures au moment des faits et ne fera pas  de commentaires supplémentaires», tranche Loïc Luscher chef de la communication pour le club des Grenat. Une réponse qui étonne nos interlocuteurs, qui considèrent de leur côté que le club doit être responsable de ses supporters, notamment lors des déplacements à l’extérieur. «Les dirigeants du Servette devraient essayer de comprendre ce qui se passe et essayer d’apaiser les choses. Autant la section Grenat que «Les plus malins» sont des groupes d’ultras qui soutiennent cette équipe et qui sont donc forcément très liés. C’est dommage», évoque un autre fan. 
La police cantonale informe qu’elle poursuivra son action «avec détermination afin d’assurer la sécurité des personnes et le respect de l’ordre public». Affaire à suivre.

Condamné après avoir lancé un engin pyrotechnique dans la foule

Les faits remontent à avril 2024. A l’issue d’un match de Coupe suisse contre le FC Winterthour, un homme avait lancé un projectile pyrotechnique dans le public, alors qu’une trentaine de supporters du Servette avait envahi la pelouse. Résultat: trois blessés légers. Identifié, le responsable a été condamné à deux ans et huit mois de prison, dont un an ferme, mais aussi à une peine pécuniaire. Le fan violent n’en était en effet pas à son coup d’essai: il avait déjà commis des actes répréhensibles contre la police après un match un mois plus tôt, alors qu’il avait consommé de l’alcool et de la drogue. 

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