SCIENCE • Dans sa première vie, elle était sage-femme, rien d’étonnant dès lors à ce que l’astrophysicienne materne les constellations. Sylvia Ekströn est professeure au Département d’astronomie de la Faculté des sciences. L’ancienne sage-femme devenue astrophysicienne signe un nouveau livre consacré à celles qu’elle appelle nos «mamans cosmiques». Dans "100’000 milliards de milliards d’étoiles", publié aux éditions Favre elle lève le voile sur la face cachée des étoiles et retrace leur destin aussi fascinant que périlleux. Car sans leur naissance tumultueuse, leur existence tourmentée et leur disparition spectaculaire, la vie telle que nous la connaissons n’aurait tout simplement jamais vu le jour. Rencontre.
– Vous décrivez les étoiles comme nos «mamans cosmiques»: qu’est-ce que cette image nous permet de mieux comprendre sur notre lien avec l’Univers?
Sylvia Ekströn: Les étoiles, en fabriquant tous les atomes de l'Univers (à part l'hydrogène et l'hélium), sont à l'origine de tout ce qu'on peut observer autour de nous, en particulier l'ensemble de notre planète Terre. Au niveau de la liste des ingrédients, rien ne nous distingue d'une plante ou d'une bactérie. L'ensemble du vivant partage les mêmes caractéristiques et par ce livre, j'espère toucher les lecteurs sur ce sujet et leur inspirer une solidarité avec les habitants de notre planète quels qu'ils soient.
– Comment parvenez-vous à rendre accessibles des phénomènes aussi complexes que la fusion nucléaire ou l’effondrement gravitationnel à un large public?
Je considère que même les phénomènes complexes peuvent être expliqués avec des mots simples et des images tirées du quotidien. Je n'accepte pas de prendre mes lecteurs pour des idiots, je pense que même si l'on n'a pas certaines connaissances, on peut comprendre les concepts s'ils sont présentés de manière abordable et qu'on a un peu de curiosité.
– Selon vous, quelle est l’idée la plus surprenante ou contre-intuitive concernant les étoiles que les lecteurs découvrent en lisant votre ouvrage?
C'est à eux qu'il faudrait poser la question! Pour ma part, pendant mes études j'ai été frappée par le fait d'apprendre que si toutes réactions nucléaires s'arrêtaient dans le Soleil aujourd'hui, on ne s'en rendrait absolument pas compte pour les 30 millions d'années à venir!
– Votre parcours est singulier, passant de sage-femme à astrophysicienne: en quoi cette première expérience professionnelle influence-t-elle votre manière de parler de la naissance et de la mort des étoiles?
Je vois la transition que j'ai effectuée comme la continuité et l'approfondissement d'un questionnement sur nos origines. Or, la question de savoir d'où l'on vient est partagée par une grande partie de l'humanité depuis la nuit des temps. L'étude des étoiles nous apporte un bout de réponse qui nous relie au grand cycle de la matière dans l'Univers.
– Si vous deviez transmettre un seul message essentiel à propos des étoiles et de leur rôle dans l’émergence de la vie, quel serait-il?
Comme le disait Hubert Reeves, nous sommes des poussières d'étoiles. Chaque atome qui nous permet d'exister aujourd'hui a été fabriqué dans la fournaise du cœur d'une étoile il y a des milliards d'années. De plus, c'est lors de la formation d'une étoile que se composent les planètes qui l'accompagneront dans son voyage cosmique, planètes dont certaines verront peut-être la vie émerger. Les étoiles sont les sublimes actrices de l'évolution de l'Univers, évolution durant laquelle nous avons eu la chance d'apparaître.
– Quels sont aujourd’hui les grands mystères sur les étoiles qui restent encore à élucider et qui vous passionnent le plus?
On ne peut observer que la surface des étoiles. Dans certains cas, on peut sonder leur intérieur grâce à la technique de l'astérosismologie (l'équivalent de l'étude des tremblements de terre), mais cela reste limité à certains types d'étoiles. Nous sommes par exemple incapables de savoir si Bételgeuse va exploser dans 100'000 ans ou au cours de notre vie. Nos simulations numériques nous proposent des prédictions, mais nous sommes encore loin de pouvoir affirmer une date précise pour cet événement. Comprendre comment améliorer les ingrédients de nos simulations pour coller au plus près à la réalité est un défi relevé de longue date (cent ans cette année), mais dont la résolution semble s'éloigner chaque fois que l'on pense avoir compris une petite partie!