Drame de Montbrillant: 
l’auteur jugé irresponsable

Rédigé par
Rédaction
Genève

PROCÈS • Le mercredi 18 mars, le tribunal correctionnel a jugé qu’un homme de 49 ans, auteur d’un meurtre violent en juillet 2024, n’était pas pénalement responsable  en raison de troubles psychiatriques. Il sera soumis à un traitement médical  en milieu institutionnel et fera l’objet d’une expulsion de Suisse.

Les faits remontent au 21 juillet 2024. Ce jour-là, le prévenu, qui partageait un logement avec un père et son fils, est en proie à un état de confusion intense. Persuadé qu’un enlèvement est en cours à un étage supérieur, il se saisit d’un couteau qu’il dissimule derrière son dos. Alerté par son comportement, le fils s’inquiète et tente de calmer la situation. Le père intervient alors pour s’interposer et subit une attaque d’une brutalité extrême. Le quadragénaire désorienté poignarde son colocataire à 28 reprises, principalement sur le haut du corps. Le fils, lui, parvient à se réfugier dans sa chambre et à alerter la police. L’intervention rapide des services de secours n’aura pas permis de sauver la victime.
A la barre, le prévenu, de nationalité philippine, interrogé par la présidente Alexandra Banna, reconnaît les faits et explique les raisons de son geste: «Il m’a tenu par le cou… j’ai pris le couteau et je ne savais plus ce que je faisais». Arrivé à Genève en 2012 après un passage par l’Italie, il n’a jamais été au bénéfice d’un permis de séjour ou de travail en Suisse. Il affirme ne plus entendre de voix aujourd’hui, sans pouvoir préciser depuis quand.
Témoignage fort
Le témoignage du fils de la victime constitue un moment particulièrement fort de l’audience. «C’est un événement qui va me marquer toute ma vie», confie-t-il. Le jeune homme décrit des flashbacks récurrents, le regard «noir» du prévenu et les cris de son père. Il évoque également, avec émotion, un profond sentiment de dégoût à l’égard du meurtrier et parle de la trahison de ce dernier.
Dans son réquisitoire, la procureure Viviane Schenker décrit «un déchaînement de violence impressionnant» et insiste sur «la nécessité de protéger la société». Elle rejette la thèse de la légitime défense en soulignant qu’«il s’agit d’une reconstruction a posteriori des événements», et estime que le risque de récidive est trop élevé pour un traitement en milieu ouvert. Le risque de fuite est par ailleurs trop important, selon elle. La magistrate invoque également une tolérance zéro.
Me Laura Santonino, avocate de la partie civile, commence par décrire les derniers instants de bonheur partagés entre le fils et le père avant l’issue funeste. Elle dresse ensuite le portrait de la victime: «C’était un homme bon qui a toujours pris soin de sa famille». Elle insiste sur l’absence d’animosité entre le quadragénaire et le sexagénaire et évoque une relation de proximité qui s’était nouée entre eux. «Il n’y avait pas de relation employeur-employé. La victime n’a absolument aucune responsabilité dans ce qui s’est passé», ajoute-t-elle.
Me Camille Villa, sa consœur, décrit le diagnostic de stress post-traumatique dont souffre le fils de la victime et évoque les conséquences sur sa vie présente et future, notamment sur sa scolarité et ses relations sociales, insistant sur l’impact durable de ce traumatisme.
Irresponsable
La défense, assurée par Me Dina Bazarbachi, évoque une affaire «particulièrement tragique», soulignant que le prévenu suit désormais un traitement pour schizophrénie et qu’il a cessé toute consommation de cannabis. Elle plaide pour un traitement en milieu ouvert, par exemple à Belle-Idée, et s’oppose à l’expulsion de son client aux Philippines, mettant en avant le besoin d’un suivi médical approprié et continu. Derniers mots du prévenu: «Je regrette et je présente mes excuses à la famille».
Le tribunal a finalement retenu la qualification de meurtre, tout en déclarant le prévenu irresponsable pénalement. Il ordonne un traitement institutionnel sur le long terme, il n’est pas exclu que celui-ci se fasse dans un milieu ouvert. Dans l’intervalle, l’homme reste en détention afin d’assurer la transition vers son suivi médical. Il sera également expulsé de Suisse pour une durée de dix ans. 

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