Les bénévoles, ces rtisans invisibles de la solidarité

Rédigé par
Adélita Genoud
Société

Sans l'appui des femmes et les hommes qui s’engagent, bon nombre d’associations auraient fermé boutique. Ces citoyens sont aujourd’hui plus qu’hier en quête de missions flexibles adaptées aux rythmes de vie actuels. Les associations estiment que cette solidarité devrait être valorisée par des attestations de bénévolat.

A 34 ans, Lucien résidant à Lancy et issu du monde de la finance, a souhaité apporter sa pierre à l’édifice solidaire. Après quelques pauses estivales passées dans plusieurs pays d’Afrique pour soutenir des projets de développement, il s’apprête à s’engager auprès d’une fondation locale qui œuvre en faveur des plus démunis. «J'avais envie de donner une partie de mon temps à quelque chose de palpable, qui ait un impact direct. Après plusieurs expériences à l'étranger, j'ai compris qu'il existait aussi, à deux pas de chez moi, des familles qui avaient besoin de soutien. M'investir localement me permet de contribuer à mon échelle à ce soutien tout en découvrant une autre réalité de Genève.»
Comme Lucien, deux Suisses sur cinq consacrent une partie de leur temps au service des autres. Mais qui sont ces altruistes qui font bouillir la marmite sociale, culturelle, sportive et associative de la cité de Calvin? 
Profils variés 
A l'image du canton, le bénévolat attire des profils variés, issus de tous les horizons et de toutes les générations. «Parmi eux, des collaborateurs de la Genève internationale désireux de s'intégrer à la vie locale, des personnes en recherche d'emploi souhaitant développer leurs compétences, des étudiants en quête d'une première expérience ou encore de nombreux retraités qui veulent continuer à transmettre leur savoir-faire et conserver un lien actif avec la société», indique Andréa Quiroga, coresponsable de Bénévolat Genève, une plateforme cantonale et centre de compétences en matière de bénévolat qui relie organisations et citoyens désireux de s’impliquer. Cette diversité constitue une richesse pour le tissu associatif genevois.  «Dans une société où l'isolement progresse, le bénévolat favorise une véritable cohésion et constitue un ciment  social», relève encore l’institution.
Et d’ajouter: «Si nous n'observons pas de changement majeur dans les profils, il faut noter que les formes d'engagement se transforment. Les missions concrètes, porteuses de sens et suffisamment flexibles pour s'adapter aux rythmes de vie sont privilégiées. Nous l’avons constaté lors des crises récentes: les bénévoles savent répondre rapidement aux besoins émergents et compléter l'action des pouvoirs publics». 
Accueillir et former
Pour les associations, le véritable enjeu dépasse désormais le recrutement. Il faut avant tout d'accueillir, former et fidéliser les bénévoles. «Il ne s’agit pas là d’une ressource gratuite: précieuse, elle nécessite un véritable investissement de la part des associations pour révéler tout son potentiel. Encadrer des bénévoles suppose des compétences spécifiques: écouter, coordonner, motiver et accompagner des personnes aux parcours très différents», insiste Andréa Quiroga. Cet élan solidaire bénéficie d'une image positive à Genève cependant sa contribution reste encore insuffisamment reconnue. « Ces volontaires rendent possible une multitude d'actions essentielles au fonctionnement de notre société. Selon Bénévolat Genève, une meilleure reconnaissance passe notamment par la valorisation des compétences acquises dans les parcours professionnels et de formation, mais aussi par un soutien accru aux associations qui investissent dans l'accueil et l'accompagnement. Pour les années à venir, le principal défi sera d'accompagner l'évolution des formes d'engagement. Les missions deviennent plus ponctuelles et plus flexibles, obligeant les associations à adapter leurs pratiques.
Développer des compétences
De l’autre côté de la Versoix, le constat est sensiblement identique. «Il n'existe pas de bénévole type», explique Florence Shih, chargée de projets communication et de promotion chez Bénévolat Vaud. On y trouve des retraités comme des personnes en activité qui souhaitent donner davantage de sens à leur quotidien. Les jeunes adultes privilégient souvent des missions ponctuelles, tandis que des personnes en reconversion professionnelle ou en insertion y voient une occasion de développer leurs compétences et d'élargir leur réseau. Pour de nombreux migrants, le bénévolat constitue également un moyen de s’insérer et de participer activement à la vie de leur communauté.
L’inclure à l’école
Là encore cette main-d'œuvre n’est pas en train de se réduire comme peau de chagrin.  «Nous n'assistons pas à un effondrement, mais à une transformation des formes d'engagement». Si les associations traditionnelles peinent davantage à recruter pour des investissements sur le long terme, l'entraide informelle – entre voisins, lors d'actions ponctuelles –reste, elle, bien vivante. Le défi n'est donc pas le manque de générosité de la population, mais la difficulté à convaincre des personnes dont les emplois du temps sont de plus en plus chargés. Vie professionnelle, familiale et multiplication des loisirs concurrencent temporellement le bénévolat. Et puis, certaines associations peinent encore à adapter leur fonctionnement à ces nouvelles attentes, en proposant des missions jugées trop contraignantes ou trop rigides. Alors? Comment valoriser cet investissement citoyen? Pour Florence Shih, plusieurs pistes sont à explorer. Elle estime d’abord qu’il serait nécessaire «de mieux reconnaître les compétences acquises sur le terrain, par exemple au moyen d’attestations de bénévolat ou de dispositifs de validation de l’expérience. La mise en avant dans les médias, ainsi qu’une inclusion plus systématique dans les parcours scolaires  et universitaires, figurent également parmi les leviers importants. Et puis, les processus d’entrée dans les associations et le suivi des personnes intéressées devraient être renforcés, afin de ne pas perdre des candidatures en route». L’engagement citoyen continue ainsi de jouer un rôle central dans le fonctionnement de la population genevoise et vaudoise. Le challenge consiste à mieux en reconnaître la valeur afin d’en assurer la pérennité.

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