Les grands-parents, piliers invisibles de la garde d’enfants?

Rédigé par
Marie Karatsouba
Société

PETITE ENFANCE • Chaque semaine à Genève, des milliers d’enfants sont confiés à leurs grands-parents. Une aide discrète, gratuite et souvent essentielle. Au-delà des crèches, cette solidarité familiale constitue l’un des rouages clés du système de garde.

Le vendredi, c’est devenu un rituel. Lydia, 62 ans, consacre sa journée à ses deux petits-enfants d’un an et demi et trois ans. «Avant, c’était mon jour de congé. Maintenant je le passe avec eux», raconte-t-elle. Salariée à 80%, elle vient aider sa fille à s’occuper des enfants au minimum un jour par semaine. «C’est une responsabilité parce que ma fille compte sur moi. C’est un engagement bien sûr, mais c’est surtout un plaisir. On construit une vraie relation avec les petits-enfants.» Comme elle, des milliers de grands-parents jouent un rôle discret mais essentiel dans la garde de leurs petits-enfants.  
Selon l’Observatoire cantonal de la petite enfance (OCPE), rattaché au Service de la recherche en éducation (SRED) du Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP), plus de 6000 enfants d’âge préscolaire sont confiés chaque semaine au moins une demi-journée à leurs grands-parents dans le canton. Cela en fait le deuxième mode de garde le plus fréquent après la crèche. Dans un contexte où près de 80% des enfants de moins de 4 ans bénéficient d’une prise en charge extra-parentale, cette solidarité familiale apparaît comme un maillon primordial de l’organisation de la garde. 
Une présence stable malgré la création de nouvelles crèches 
«Sur les dix dernières années, 43 crèches ont ouvert, ce qui représente 2800 places supplémentaires», explique Alexandre Jaunin, responsable de l’Observatoire cantonal de la petite enfance au SRED. Malgré cette croissance, le recours aux papis et mamies, lui, ne diminue pas. «La proportion d’enfants gardés par leurs grands-parents reste stable», observe-t-il. Dans la plupart des cas, cette aide vient compléter un accueil en crèche. «Le plus souvent, l’enfant fréquente une crèche en tant que mode de garde principal et passe un jour avec ses grands-parents, en complément, pour des raisons qui peuvent mêler contraintes organisationnelles et considérations affectives», précise le responsable. 
Un travail invisible… et souvent féminin 
Selon Pro Senectute, ce rôle reste largement assumé par les femmes. «Dans les situations que je suis, ce sont toujours des grands-mères qui gardent les petits-enfants», observe Shkurte Agushi, assistante sociale de l’institution. Cet engagement est généralement non rémunéré. «C’est du travail gratuit», souligne-t-elle. Certaines familles offrent ponctuellement un cadeau ou un voyage, mais cela reste marginal. Pour beaucoup de seniors, cette activité apporte toutefois un bénéfice social important, en leur permettant de rester actifs et d’éviter l’isolement. «Face à une société de plus en plus numérique qui cloisonne, les seniors se sentent utiles et rencontrent du monde, par exemple au parc avec les enfants», ajoute la travailleuse sociale.  
Une aide inégale 
Du côté des autorités, la contribution des grands-parents est largement reconnue. «Ils jouent un rôle très important, pratique et affectif, auprès de leurs petits-enfants», souligne Christina Kitsos, magistrate en charge du Département la cohésion sociale et de la solidarité. Mais cette aide n’est pas accessible à tous. «Certains grands-parents travaillent encore, vivent à l’étranger ou ne sont pas en capacité de prendre en charge des enfants en bas âge, ou encore ne le souhaitent tout simplement pas», rappelle-t-elle.  
La Ville poursuit donc le développement des structures d’accueil et compte aujourd’hui 4360 places en crèches et structures préscolaires. En 2026, 120 nouvelles places sont prévues, tandis que que 632 demandes restaient encore en attente fin 2025. «L’éducation préscolaire est une tâche publique», précise la magistrate. «Elle repose sur des programmes éducatifs et pédagogiques spécifiques et sur un cadre législatif visant l’égalité et la justice sociale.» 
Pilier discret du système de garde 
Qu’elle complète les crèches ou s’y substitue, la garde assurée par les grands-parents reste un élément central de l’organisation de nombreux parents, entre contraintes professionnelles et imprévus du quotidien. Une solidarité familiale discrète qui, sans statut officiel, soutient concrètement le système de garde genevois. 

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