SÉCURITÉ • Les forces de l’ordre ont enregistré une hausse des cas entre 2024 et 2025. Et les deux premiers mois de l’année suivent la tendance.
Les tirs de mortiers (sortes de tube duquel sont éjectées des boules qui explosent en altitude) et les feux d’artifice, plus largement l’utilisation d’engins pyrotechniques en milieu urbain, suscitent l’inquiétude des Genevois. D’où provient ce matériel? Est-il accessible en vente libre? Et comment la loi encadre-t-elle leur utilisation en fonction des catégories de produits et de l’âge des personnes qui les manipulent ?
Troubles à l’ordre public
La police cantonale constate une hausse des cas entre 2024 et 2025 «notamment pour des actes de vandalisme, ou des tentatives, dans le but de causer du dommage à la propriété ou de troubles à l’ordre public. Toutefois, toujours de source policière, aucun quartier ou commune ne se démarque.»
Le 15 février, un engin pyrotechnique utilisé par des supporters genevois après le derby lémanique a provoqué un incendie en gare, causant d’importantes perturbations ferroviaires. Les autorités vaudoises et genevoises ont condamné ces faits et sanctionné le Servette FC avec contrôles renforcés . Dans leur communiqué publié le 17 février, elles s’engageaient par ailleurs à tout mettre en œuvre pour identifier les auteurs dans les plus brefs délais rappelant que lesdits auteurs s’exposent à une peine pénale et à des sanctions administratives.
Début février, des jeunes tiraient des feux d’artifice en direction des immeubles dans le secteur de Champs-Fréchets à Meyrin. Le groupe a ensuite pris pour cible les forces de l’ordre, avant de récidiver le lendemain. Sept personnes ont été interpellées.
La nuit d’Halloween en novembre dernier avait été marquée par de nombreux tirs de mortiers et de feux d’artifice visant immeubles, véhicules et forces de l’ordre. Entre 22h et 1h, des jeunes ont multiplié les salves dans plusieurs quartiers, notamment aux Eaux-Vives, à Vernier, Thônex et Carouge.
Que dit la Loi?
Alors? Il faut savoir tour d’abord que les feux d’artifice sont répartis en quatre catégories selon leur dangerosité. Les premiers, à très faible risque, peuvent être utilisés en intérieur. Les deuxièmes, à risque faible, sont destinés à des espaces extérieurs restreints. Les troisièmes, à risque moyen, s’emploient dans de grands espaces ouverts. Les quatrièmes, à risque élevé, sont strictement réservés aux professionnels.
Comme l’indique Aline Dard, porte-parole de la police cantonale: «Dans la plupart des interventions policières liées aux engins pyrotechniques à Genève, il s’agit principalement de pièces d’artifice des catégories 2 et 3. Si ces produits présentent un risque en soi, c’est surtout leur nombre, leur usage simultané et leur contexte qui augmentent le danger.
En Suisse et en France celles-ci sont en vente libre, sous réserve des restrictions d’âge: 12 ans (pour la catégorie 1), 16 ans (catégorie 2) et 18 ans (catégorie 3). La vente est toutefois autorisée du au 1er juillet et 1er août, et son usage est interdit à Genève en dehors de la fête nationale. La catégorie 1, plus sûre, peut être vendue et utilisée toute l’année, dans le respect des distances de sécurité.
Plusieurs sociétés suisses et françaises vendent ces feux d’artifice en ligne ou en magasin, mais l’importation est limitée à 2,5 kg brut par personne. Tout non-respect des règles d’importation peut entraîner jusqu’à trois ans de prison ou une amende, selon la Loi fédérale sur les explosifs. De plus, l’usage dangereux des pièces d’artifice peut entraîner des poursuites pour atteinte à l’intégrité corporelle, mise en danger de la vie d’autrui ou autres infractions similaires». Lors des séances de prévention organisées dans les Cycles d’orientation du canton à destination des élèves de 9ème année, les forces de l’ordre abordent la thématique des pétards, en particulier les «mortiers». Les agents insistent sur leur caractère potentiellement très dangereux, tant pour soi-même que pour les autres: blessures graves, pouvant laisser des séquelles permanentes, voire entraîner la mort. Ces engins peuvent également provoquer des incendies.
Ne jamais les manipuler
«Nous insistons en outre sur le fait que, lorsqu’on découvre de tels objets, il ne faut en aucun cas les manipuler, mais plutôt contacter nos services pour qu’ils soient sécurisés et évacués. Il est fréquent que de nombreux jeunes – et parfois même des enseignants – soient surpris d’apprendre que l’utilisation de feux d’artifice n’est autorisée que le 1er août. Cette information suscite de nombreuses questions, auxquelles nous répondons en rappelant les règles en vigueur. Nous précisons également que les produits achetés sur Internet ou à l’étranger ne sont pas nécessairement autorisés dans notre canton et qu’il est essentiel de se renseigner avant tout achat pour éviter d’éventuelles poursuites judiciaires. L’interdiction des engins pyrotechniques est valable à l’intérieur des stades de football, ce qui semble méconnue de certains supporters.», conclut Aline Dard.