Une célèbre enseigne genevoise d’électroménagers crie son ras-le-bol.

Rédigé par
Adélita Genoud
Genève

INCIVILITÉS • Depuis plusieurs mois, les devantures des magasins Noele TV – en particulier celles des rues Hoffmann et Terrassière ainsi que de l’avenue Sainte-Clotilde – servent de dépôts sauvages. 

La direction du multimarques genevois, Noel Dilonardo, constate avec amertume la dégradation progressive des abords de ses enseignes. «Les lieux se sont transformés en véritables décharges», déplore-t-il. Chaque matin, le spectacle est le même: pêle-mêle, des matelas, des friteuses encore remplies d’huile, des petits appareils électroménagers et des objets de toute nature, toujours sales et renfermant des restes de nourriture s’entassent. «Ce phénomène s’est accentué ces dernières semaines», observe-t-il encore.
Pour l’entreprise, les conséquences sont lourdes. Afin d’évacuer ces «indésirables», Noele TV doit mobiliser quotidiennement un camion et les nettoyer un minimum pour leur reprise.
Coûts et logistique
Les auteurs profitent généralement de l’absence du personnel, le soir et durant le dimanche, pour décharger leur matériel usager devant les magasins et même devant les portes d’entrée du commerce. «Nous n’avons guère de moyens pour mettre un terme à ces incivilités. Elles sont d’autant plus insupportables que les clients découvrant les appareils devant la porte de nos magasins n’ont guère envie de faire leurs achats chez nous. C’est assez dissuasif», regrette Noel Dilonardo.
C’est donc aussi l’image de l’enseigne qui est en jeu. Dans un secteur déjà fortement concurrentiel, l’impact sur la fréquentation pourrait se révéler significatif.
Que dit la loi?
Interrogé, le chargé de communication du Département de la sécurité et des sports de la Ville de Genève, Cédric Waelti, rappelle que des solutions légales existent pour se débarrasser de ses appareils électroniques.
«Tout d’abord, il est possible de rapporter ses appareils électriques et électroniques directement en magasin, à condition que ce dernier vende ce type de produits – et ce, même si l’objet n’a pas été acheté dans l’enseigne concernée. En effet, une taxe anticipée de recyclage (TAR) est prélevée au moment de l’achat. Elle finance l’élimination écologique des équipements en fin de vie. Cette disposition s’inscrit dans le cadre de l’application de l’Ordonnance fédérale sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et électroniques (OREA), entrée en vigueur le 1er janvier 2022.»
Ce texte impose aux distributeurs, fabricants et importateurs la responsabilité de la reprise gratuite de ces appareils. Autrement dit, les points de vente ne peuvent refuser un appareil usagé relevant de leur assortiment.
Points de récupération
Par ailleurs, s’il est également possible de déposer ces équipements dans les points de récupération cantonaux, cette possibilité n’exonère pas les commerces de leurs obligations légales de reprise.
Reste que la loi encadre la reprise, pas l’abandon sauvage sur le trottoir. Déposer des appareils en dehors des horaires d’ouverture, sans avertir le commerçant, constitue à tout le moins une incivilité.
La solution passe-t-elle par une meilleure information du public et, peut-être, par un renforcement des contrôles? «Nous sommes parfaitement au fait de la législation que nous respectons scrupuleusement mais nous ne sommes pas d’accord que les accès à nos commerces deviennent peu à peu des dépotoirs. Ce d’autant que parmi le matériel se trouvent des lampes, des valises et du matériel informatique, lesquels ne figurent pas sur nos étalages», insiste le fondateur de Noele TV. 
A l’heure où les questions environnementales sont au cœur des politiques publiques, chacun ne doit-il pas respecter les règles du jeu?

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