Carole-Anne Kast, Département des institutions et du numérique
– Faut-il renforcer la présence visible à pied de la police dans les lieux sensibles?
C’est là, un levier important pour renforcer le sentiment de sécurité, favoriser le dialogue avec la population et prévenir les incivilités. Cette mesure s'inscrit pleinement dans les missions de proximité prévues par le règlement sur l'organisation de la police (ROPol), qui confie à la gendarmerie la responsabilité d'assurer les prérogatives répressives tout en déployant une action préventive et dissuasive par une présence visible. Plus particulièrement, l’Unité de proximité, de par sa visibilité et ses partenariats durables avec la population et les institutions publiques et privées, dont notamment les communes, intervient et agit dans le judiciaire de proximité. L'objectif n'est pas uniquement d'accroître le nombre de patrouilles à pied, mais de déployer les ressources là où elles apportent la plus grande valeur ajoutée, en tenant compte des besoins des quartiers, de l'évolution des phénomènes de délinquance, des impératifs d'intervention et des moyens disponibles. Une présence visible, régulière et ciblée, complétée par des patrouilles mobiles lorsque la situation l'exige, permet de concilier proximité avec la population, efficacité opérationnelle et capacité d'intervention. Toutefois, cette présence ne peut être envisagée indépendamment des autres missions confiées à la police. Les ressources doivent être engagées de manière efficiente et proportionnée, en fonction de l'analyse des risques, des besoins opérationnels et des priorités définies. Une visibilité accrue est ainsi particulièrement pertinente dans les secteurs où elle apporte une réelle valeur ajoutée en matière de prévention, de contacts avec la population et de résolution des problématiques locales. La police cantonale est capable d’assurer simultanément la prévention, l’intervention, la répression lorsque nécessaire et le maintien d’une capacité de réponse efficiente. Elle repose également sur une complémentarité entre la police cantonale, les polices municipales et l’ensemble des partenaires de la sécurité.
– Et en matière de circulation, que fait l’Unité routière (UROUT)?
Celle-ci intervient notamment lors des rentrées scolaires, sur la thématique de la mobilité douce à travers les opérations E-mobility, sur les deux-roues motorisés, sur l’état du conducteur (alcool, stupéfiants, médicaments), sur les poids lourds ainsi que sur l’état des véhicules et les modifications interdites dans le cadre des opérations dédiées au tuning. L’ensemble de ces actions représente environ 550 à 600 opérations routières par année, organisées spécifiquement par l’UROUT ou conduites conjointement avec les autres unités de la gendarmerie. Elles sont menées quotidiennement, tout au long de l’année, dans le cadre des patrouilles comme lors de campagnes ciblées. Les thématiques sont ajustées en fonction des périodes et des conditions météorologiques. Par exemple, les contrôles liés au tuning et aux deux-roues motorisés sont renforcés durant la période s’étendant du printemps à la fin de l’été. Par ailleurs, l’UROUT effectue des vérifications de vitesse. Ce sont environ 100 millions de véhicules par an, pour un taux d’infraction de 0,58%, un niveau relativement bas au regard des données nationales. qui sont contrôlés. Pour la rentrée scolaire, l’Unité de proximité (UPROX) et les agents de police municipale surveillent les abords des écoles durant toute la semaine. Dans les communes sans police municipale notamment, elle est mobilisée les lundi, mardi et vendredi. La stratégie routière permet par ailleurs de cibler les contrôles selon les accidents, les usagers vulnérables et les périodes à risque.
– Comment lutter contre les cyber-attaques?
La cybercriminalité connaît une forte progression en Suisse et à Genève. En Suisse, 59’000 cas ont été signalés en 2024. A Genève, après un pic à 4000 infractions en 2024, leur nombre est redescendu à quelque 3000 en 2025, mais le préjudice financier a bondi de 30% (29 millions de francs). A noter, qu’à l’échelle mondiale, son coût est estimé à près de 8000 milliards.
Face à cette évolution, la lutte contre la cybercriminalité reste une priorité de la politique criminelle genevoise. Les enquêtes nécessitant l’intervention de la brigade spécialisée sont passées de 359 en 2016 à 872 en 2025, soit une hausse de plus de 140%. Pour 2027-2030, l’enjeu sera de renforcer les moyens, les compétences et les collaborations, notamment face aux crypto-monnaies, à la blockchain, au dark web et à l’intelligence artificielle. L’exploitation forensique des traces numériques et l’analyse de grandes masses de données devront également être renforcées.