Autour de la place des Volontaires, les habitants dénoncent de nombreuses nuisances et des incivilités. Le soir, le quartier devient même un champ de bataille.
«Cela fait onze ans que j’habite à côté de la place des Volontaires et nous souffrons énormément du problème de deal de rue, des incivilités liées à
la fréquentation d’établissements publics et de l’impossibilité de bien vivre dans ce quartier le week-end qui devient le soir un champ de bataille. Chaque samedi ou dimanche matin, le constat est désolant, bouteilles cassées jonchant le sol, vomi sur les pas-de-porte, gobelets et papiers jetés sur le sol alors que des poubelles sont à disposition à chaque coin de rue.» Voilà ce que dénonce Patrice* et plusieurs habitants du quartier, vivant à proximité du centre culturel, exaspérés par la situation.
D’après ces témoignages, les polices municipale et cantonale semblent désemparées ou mal organisées et ne parviendraient pas à maintenir l’ordre. Exemple? «Quand un homme circulant à vélo à contresens croise quatre policiers municipaux qui lui demandent de s’arrêter, le cycliste continue son chemin et leur répond qu’il est pressé. Interloqué, je regarde les policiers qui me prennent à témoin sur le fait qu’ils ne sont pas respectés. Je leur demande pourquoi ils n’arrêtent pas cette personne afin de la verbaliser. Ils m’expliquent que s’ils tentaient de l’intercepter et qu’il avait un accident en cherchant à leur échapper, ils en seraient tenus responsables. Force est de constater que dans ces conditions-là, les choses ne sont pas près de s’améliorer dans notre quartier.»
Sentiment d’injustice
A contrario, les forces de l’ordre se montreraient régulièrement implacables avec les riverains, ce qui créerait un fort sentiment d’injustice. «Il y a peu, mon épouse a reçu une amende de 230 francs car notre chien ne portait pas de médaille. Il s’agissait justement de la patrouille qui a laissé filer le cycliste quelques jours plus tôt. Nous reconnaissons être en tort et, même si nous aurions apprécié une certaine clémence, notamment parce qu’il s’agissait de la première fois que nous nous trouvions dans cette situation, nous comprenons que la loi doit être respectée. Dès lors, en bons citoyens, nous ne nous déroberons pas à la sanction. Cela étant, nous avons malgré tout le sentiment que les règles ne semblent pas être appliquées de la même manière selon la personne à laquelle on a affaire», regrette Patrice.
Qui affirme que cette asymétrie est monnaie courante dans le quartier. «Le lendemain, je passe devant la place des Volontaires et je vois alors la même patrouille faire la leçon à un père qui roulait à contresens sur sa trottinette avec sa fille de 3 ou 4 ans plaquée contre lui. Mais au lieu de le sanctionner, ils l’ont laissé repartir. La Ville de Genève affirmait pourtant vouloir mettre au pas les trottinettes… Mais ce n’est apparemment pas le cas rue de la Coulouvreniere. Notre témoin n’est pas le seul à voir rouge. Des familles qui résident dans ce quartier subissent, elles aussi, ces troubles à la tranquillité.
Nuisances et incivilités
Contactées, les autorités municipales reconnaissent que le quartier est confronté à des difficultés. «Le secteur des Volontaires, depuis plusieurs années, cumule effectivement les nuisances et les incivilités. Pour deux raisons qui s’additionnent. D’abord le quartier est une zone de deal, ensuite c’est un secteur avec plusieurs établissements publics qui attirent beaucoup de monde en soirée», détaille Cédric Waelti, conseiller de direction au Département de la sécurité et des sports (DSSP). Qui assure également que pour répondre à la demande de la magistrate en charge
du DSSP, les patrouilles de la police municipale ont été renforcées. «Le quartier est aussi considéré comme une zone prioritaire dans le cadre du Contrat local de sécurité conclut entre le DSSP et le Canton. Aujourd’hui, la présence de la police municipale sur le site est importante. D’une part, parce qu’il y a un poste de police (à la rue du Stand), et d’autre part, parce que les patrouilles pédestres sont nombreuses», précise encore la Ville.
Nombreuses contraventions
D’ailleurs, la police municipale se montre active aux abords de la place des Volontaires, avec plus de 1122 heures de patrouilles dans le secteur depuis le 1er janvier. Fin août, le bilan faisait état de 82 contrôles opérés et 400 amendes et contraventions infligées, pour divers types d’incivilités (dont les nuisances sonores, littering, personnes urinant sur la voie publique, etc.) «Les autorités vont poursuivre ces actions répressives dans les mois qui viennent», ajoute le responsable.
Du côté de la police cantonale, on se dit également au courant de la situation. Mais d’après elle, les données disponibles ne feraient pas apparaître, à ce stade, d’augmentation significative et généralisée des nuisances spécifiques. «La plupart des indicateurs restent stables, voire présentent une tendance à la baisse. Selon les périodes nous pouvons constater certains pics et des actions sont mises en place», précise Guillaume Carnegie, chargé de communication auxiliaire.
Pour améliorer la situation, les forces de l’ordre multiplient les actions. «Concernant certaines thématiques, celles-ci sont prises en charge lors des contrats locaux de sécurité (CLS) avec la Ville de Genève ou par des actions propres des corps de police, selon leurs prérogatives. Des actions interservices sont également déployées au sein de la gendarmerie ou des opérations communes avec la police municipale», informe le Canton. Présence des agents et opérations de prévention seraient en outre régulièrement effectuées en plus des mesures répressives. Par ailleurs d’autres pistes sont pointées. Parmi elles, l’aménagement et l’utilisation de l’espace public. «Une meilleure réappropriation des lieux par les habitants, une présence accrue d’activités ou d’usagers légitimes et un aménagement permettant parfois de favoriser cette occupation peuvent contribuer à modifier la dynamique d’un secteur, mais ces questions sont de compétence communale. L’objectif n’est pas uniquement de répondre à une problématique par davantage de contrôles policiers, mais également de favoriser un espace public vivant, fréquenté et partagé par l’ensemble des habitants, dans le respect du bien vivre ensemble. La réponse doit donc être globale et les différents acteurs concernés doivent être associés.»
Face à un sentiment d’injustice chez certains habitants, notamment en ce qui concerne les décisions judiciaires, la police rappelle que toute infraction constatée est traitée conformément à la procédure et, lorsque cela est nécessaire, elle est dénoncée au Ministère public.
*nom connu de la rédaction