L’ancienne Comédie n'a plus de public depuis 10 ans

Rédigé par
Tadeusz Roth
Genève

Le grand bâtiment de Plainpalais n’accueille plus de spectateurs depuis  le printemps 2021. Alors que le théâtre de marionnettes devait investir les lieux en 2029,  l’ouverture est finalement attendue pour 2031 seulement. Pourquoi le chantier s’éternise-t-il? Explications.

Triste spectacle, à deux pas du rond-point de Plainpalais, devant les portes de l’ancienne Comédie. Par tous les temps, plusieurs sans abris s’installent quotidiennement pour dormir, sous les alcôves qui marquent l’entrée du bâtiment et offrent une petite arcade couverte. Car, bien que fermé depuis plusieurs années, l’immeuble n’accueille aujourd’hui plus aucune représentation. De quoi interroger sur la gestion du patrimoine immobilier public par nos autorités, qui construisent à tour de bras tout en délaissant certains espaces.
Pourtant, un projet existe bel et bien pour cette bâtisse. En 2024, le Théâtre des Marionnettes (TMG) de Genève a en effet été choisi pour s’y installer et centraliser ses différentes activités.
Mais deux ans plus tard, la situation n’a que très peu bougé. «Il n’y a pas encore de date précise pour la réouverture des lieux.» Voilà ce que répond sans détour la direction du Département de la culture et de la transition numérique (DCTN), lorsqu’on le questionne sur les prochaines échéances. Dans la presse, la date de 2029 a d’ores et déjà été avancée.
«Projet d’envergure»
Pourquoi l’ouverture prend-elle autant de temps? Les autorités se justifient en invoquant un projet d’envergure, qui nécessite de passer par «plusieurs étapes». Parmi elles, l’élaboration de l’appel d’offres et le processus d’attribution du bâtiment, l’élaboration du projet de construction avec les autorisations nécessaires pour rénover et transformer le bâtiment afin d’accueillir le concept de la Fondation du TMG pour la création de la Maison de la marionnette ainsi que les travaux de réalisation avant réouverture. «L’ensemble de ces étapes prend du temps, comme tout projet de construction», se défend la Ville.
Dès lors, que se passe-t-il à l’intérieur de ces murs pendant cette longue période? «Conformément à la décision du Conseil administratif, le bâtiment est utilisé par le Service culturel pour accueillir des répétitions de compagnies, sans accueil de public. Il est très sollicité et permet à de nombreux et nombreuses artistes d’y travailler, ce qui est très apprécié par le milieu culturel, le manque d’espaces de répétitions étant avéré», répond Timothée Fontolliet, collaborateur personnel de la magistrate Joëlle Bertossa. Qui précise également qu’en ce qui concerne les représentations publiques, le Conseil municipal a voté, en 2015 et à une large majorité, la vente ou la mise en droit de superficie, sans rénovations, du bâtiment. «Cette délibération a été révisée, à nouveau par le Conseil municipal, en 2023. Les installations scéniques étant obsolètes et vétustes, elles ont dû être démontées. C’est pour ces raisons qu’aucun spectacle ne peut s’y dérouler depuis le printemps 2021.»
Ouverture courant 2031?
Concernant les travaux à mener, justement, c’est au maître d’ouvrage qu’il faut s’adresser, en l’occurrence à la fondation du TMG. Interrogée, celle-ci nous informe imaginer une ouverture courant 2031. «Cela nous paraît long, car nous avons hâte, mais en même temps, nous avons la patience. L’histoire bientôt centenaire du TMG nous apprend que chaque développement est un tournant à prendre précautionneusement pour se construire dans la durée. Par ailleurs, nous savons aussi qu’il est toujours plus long de restaurer un bâtiment du patrimoine que de tout construire à neuf», estime sa directrice, Isabelle Matter.
Concrètement, il s’agit de mettre l’institution aux normes, notamment sur les plans énergétiques et sécuritaires, mais aussi en matière d’accessibilité. «Il faut relever que la structure n’était plus conforme depuis longtemps et l’ancien théâtre fonctionnait tout juste grâce à des dérogations et des mesures compensatoires sur certains points. L’autre partie des travaux consiste à adapter les espaces et les volumes pour y intégrer tout le programme du TMG. Ils devraient durer 3 ans…», détaille la direction. Qui ajoute également que le chantier pourrait commencer dans deux ans.
En attendant, le TMG restera à la rue Rodo et ce jusqu’au déménagement. «Nous y accueillons encore chaque saison environ 30'000 spectateurs et spectatrices qui viennent découvrir des créations locales, des coproductions, des accueils et partager la vie du théâtre. Et d’ici au déménagement, nous avons encore de beaux et passionnants spectacles à proposer pour tous les âges (de 1 an à l’âge adulte), reflétant la diversité et la vitalité de la marionnette contemporaine.»

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