SANTÉ - Chaque année, les appels au 145 prennent l’ascenseur. Le numéro d’urgence du Centre antipoison suisse est de plus en plus sollicité, et le constat est sans appel: en tête des statistiques figurent les enfants d’âge préscolaire. Le bilan préliminaire 2025 confirme cette réalité et met en lumière les substances à risque les plus fréquentes. Explications avec Damaris Ammann, directrice du Centre antipoison suisse.
– GHI: Enregistrez-vous une hausse du nombre de consultations en 2025?
Damaris Ammann: En 2025, selon les premières estimations, nous avons répondu à 44’736 demandes, soit en moyenne 123 appels par jour. Cela représente une augmentation de 4,6% par rapport à 2024. Cette croissance s’inscrit dans une tendance de fond: depuis plusieurs années, le volume d’appels augmente régulièrement de 2 à 4% par an.
– Avez-vous des chiffres genevois?
Nous avons reçu environ 2400 appels du canton de Genève en 2025.
– De qui proviennent les requêtes au numéro d’urgence?
Environ 70% des appels proviennent directement de la population, tandis que 25% émanent de professionnels de la santé, notamment des médecins hospitaliers, des services ambulatoires et des secours. Les praticiens font souvent appel à nous pour bénéficier de notre expertise spécialisée en toxicologie clinique aiguë, un domaine de niche exercé en Suisse uniquement par Tox Info Suisse. – Quels sont les groupes les plus concernés par les intoxications? Environ 40% des cas concernent des enfants en âge préscolaire. Il s’agit presque exclusivement d’accidents domestiques. Chez les adolescents, qui représentent environ 6% des situations, les intoxications sont plus souvent intentionnelles, principalement des tentatives de suicide, et dans une moindre mesure des abus de substances.
– Quels types de produits sont le plus souvent en cause?
En 2025, les médicaments restent en tête avec 36,1% des cas, suivis des produits ménagers (21,9%). Viennent ensuite les plantes (8,8%), les aliments et boissons (7,7%) et les produits techniques et industriels (6,1%). Cette répartition est globalement stable par rapport à l’année précédente.
– Quel est l’impact concret de votre travail sur le système de santé?
Notre rôle est crucial, en particulier pour les intoxications accidentelles chez les enfants. Dans de nombreux cas, un conseil téléphonique permet de lever l’alerte et d’éviter des consultations inutiles aux urgences ou chez le médecin. Nous contribuons ainsi à la sécurité de la population tout en soulageant le système de santé suisse.
– Face à l’augmentation constante des appels, vos capacités sont-elles suffisantes?
La hausse continue des demandes montre clairement qu’il est urgent de réévaluer nos capacités de conseil. Le service est très sollicité, 24 heures sur 24, et cette pression ne cesse de croître.
– Le financement du centre a souvent été qualifié de fragile. Où en est la situation?
Malgré son rôle, Tox Info Suisse lutte pour sa survie financière depuis plus de 60 ans. Lors de la session d’hiver 2025, le Parlement a toutefois accordé 1,1 million de francs, garantissant l’exploitation du service pour l’année 2026. C’est une étape importante, mais insuffisante à long terme. L’objectif est désormais de sécuriser un financement durable, en étroite collaboration avec la Confédération. Sans cette stabilité, il sera difficile de répondre à la demande croissante et de maintenir ce service essentiel pour la population et les professionnels de santé.