Les automobiles se vendent de plus en plus mal

Rédigé par
Gil Egger
Société

Les ventes de voitures neuves ont chuté en dessous de leur niveau d’il y a 25 ans, alors que le succès des véhicules électriques n’est pas au rendez-vous. 

Pour atteindre les objectifs irréalistes visés par les autorités, il faudrait que les clients se ruent sur les voitures «à prise» (électriques ou hybrides rechargeables PHEV). Les politiciens avaient fixé le seuil à 50% des ventes. on en est loin. L’an dernier, elles ont représenté 34% du total, à savoir 22,8% pour les tout électriques et 11,2% pour les PHEV. A elles seules, les hybrides «simples» qui se rechargent au freinage, donc sans prise, ont cumulé 35% des ventes.
Logiquement, les véhicules fonctionnant au diesel reculent (-30%), tout comme ceux à l’essence (-20%), mais  atteignent tout de même 71’685 autos, un tiers environ. Le fait que la fin du thermique en 2035 en Europe commence à ne plus être crédible explique sûrement que ces technologies gardent un haut niveau d’intérêt.
Une offre étendue
Les importateurs proposent plus de 300 modèles mus par l’électricité. Cela ne suffit pas à convaincre les consommateurs. Résultat: il y aura des centaines de millions de pénalités à payer pour cause de dépassement des émissions de CO2. Et le recul général des ventes (233’737 nouvelles immatriculations, en baisse de 2,4% par rapport à 2024) ralentit le renouvellement du parc. L’âge moyen est passé de 7,4 ans en l’an 2000 à 10,5 ans. Rien de tout cela ne contribue à une diminution des émissions de CO2.
Le président d’auto-suisse (représentant les importateurs), Peter Grünenfeld, a déclaré que «cette situation est la conséquence directe d’une politique  climatique malavisée, caractérisée par une surréglementation en matière de CO2 sans équivalent en Europe, qui pèse lourdement sur les importateurs, les concessionnaires et l’ensemble du secteur automobile suisse.» 
L’UPSA insiste sur la formation
Le président de l’UPSA Genève (Union des professionnels suisses de l’automobile) Urs Burger observe que la vente des voitures neuves a résisté dans le canton entre 2024 et 2025, enregistrant même un petit 1,2% de progression. «Mais sur dix ans, nous devons constater une baisse de 30%, en chiffres ce sont 5200 voitures de moins.» Sur le plan de l’emploi, «nous n’enregistrons pas de risque de licenciement immédiat. La tendance est toutefois préoccupante pour diverses raisons, fiabilité accrue des véhicules et électrification notamment.» Quant à l’apprentissage, «nous avons encore des besoins dans les métiers techniques, c’est dans l’administratif qu’il y a une baisse». 
Et le marché, de plus en plus segmenté? «Bien sûr, il y a beaucoup de nouvelles marques, en particulier chinoises. Et une multiplication des propositions: pour donner un exemple dans ma concession, Toyota avait une dizaine de modèles il y a quelques années, j’en ai 25 maintenant.» Sur le plan logistique, «nous avons moins de stock, car il y a un nombre incalculable de possibilités de personnaliser la couleur, les accessoires, les motorisations, ce qui entraîne des délais de trois à six mois».
Pénalités
Ne pas atteindre les quotas de gaz à effet de serre occasionne des pénalités. Quelle est la situation? «Cela dépend des importateurs. Certains savaient déjà au début de 2025, avec leur palette de modèles, qu’ils n’y arriveraient pas, ils ont donc dû inclure les futures amendes dans leurs prix. D’autres, au contraire, ont pu les baisser parce qu’ils étaient sous la limite. Surtout sur les voitures électriques ou les moins émettrices de CO2. Dans la finalité, c’est le client qui paie.» La politique suisse, plus sévère, pénalise-t-elle le marché? «Elle veut absolument baisser le CO2 par tous les moyens, mais les véhicules les moins émetteurs, électriques, ont depuis deux ans une taxe de 4% à l’achat. A Genève, vous payez plus cher l’impôt auto sur une électrique que sur une voiture à essence. Tout le monde parle de la Norvège, à 85% électrique, mais l’Etat a fait en sorte que cela soit un avantage financier d’acheter ces voitures.» Autre pierre d’achoppement pour les voitures électriques, la recharge. «C’est un réel problème, à Genève, on a subventionné un moment les bornes privées, maintenant on le fait pour les immeubles, mais il n’y en a pas assez, et cela freine la vente de voitures électriques. Nous y sommes confrontés tous les jours. Il y a un coût, non seulement pour la borne, mais pour amener le courant. Il n’y a pas grand-chose pour aider ça à Genève. Et puis on constate que tout est fait pour diminuer la mobilité individuelle.» 

Un marché très segmenté

Le palmarès des ventes de 2025 montre en tête le SUV compact VW Tiguan (5181 ventes) juste devant un SUV tout électrique, Tesla Model Y (5080). La troisième place revient encore à un SUV, le Mercedes-Benz GLC (4299). Ancienne star durant des années, la VW Golf se place en quatrième position (3985), suivie par trois Škoda: Kodiaq (3895), Karoq (3452) et Elroq (3448). A la neuvième et dixième place, on trouve la BMW X1 (3428) et l’Audi Q3 (3416).
Il est intéressant de constater qu’il y a dix ans, la tête des ventes était occupée par la VW Golf, avec plus de 15’000 ventes alors que l’an dernier, le modèle phare réalise juste un peu plus du tiers de ce chiffre. Le marché s’est segmenté, sans que cela permette un rattrapage à plus de 300’000 ventes, comme cela a été le cas des années durant.

Genève achète vaudois

Le marché de la vente de voitures neuves est devenu plus difficile. Les autorités n’aident guère le Canton, relève Urs Burger, président de l’Union des professionnels suisses de l’automobile (UPSA). «A Genève ils sont très forts, une institution comme l’IMAD (aide à domicile) a acheté 130 voitures dans le canton de Vaud, et des voitures qui polluent plus que celles que nous pouvions proposer, cela donne une idée de la politique de notre Canton!» L’UPSA est-elle engagée politiquement? «Nous voulons favoriser le transport individuel privé. Les jeunes se demandent pourquoi acheter une voiture, il est difficile de rouler à Genève, de se garer. C’est un problème pour notre survie à long terme. Nous allons à l’encontre de la politique générale du Canton, mais nous espérons toujours un changement. D’un autre côté, nous faisons un maximum pour la formation, pour maintenir ce savoir-faire.»

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