Peut-on faire la fête à Genève 
en toute sécurité?

Rédigé par
Tadeusz Roth
Genève

Quarante morts et plus de cent blessés. Sortie de secours, matériaux inflammables, présence d’extincteurs: l’enquête  sur l’incendie meurtrier de Crans-Montana, en Valais, devra montrer les éventuels manquements qui ont mené à l’embrasement du Constellation. Ce drame pose aujourd’hui la question de la sécurité dans les bars et clubs de Genève.

Comment les autorités agissent pour éviter les risques? Les établissements de nuit sont-ils véritablement sensibilisés aux dangers? Quelles mesures doivent-ils appliquer? 
Les propriétaires de La Jonquille,  à la Jonction, un établissement ouvert en 2019 qui possède également une salle de concert en sous-sol, pouvant accueillir 200 personnes, répondent d’une seule voix: «Ici, on ne transige pas avec les risques d’incendies. A commencer par la présence de nombreuses sorties de secours: quatre pour le bar situé au rez-de-chaussée et pour le premier étage, et deux sorties de secours supplémentaires pour le sous-sol. Concernant les matériaux utilisés, ils rappellent que ceux-ci «doivent respecter les normes RF2 et pour les voies de fuite celles relevant du RF3» (lire encadré ci-dessous).
Les exploitants informent par ailleurs que La Jonquille possède plusieurs extincteurs. «Ils sont installés partout et sont de différents types, en fonction du risque de feu concerné (par exemple en cuisine).»
Personnel sensibilisé
Mais ce n’est pas tout. L’institution sensibilise également son personnel. «Nous faisons un tour complet des lieux pour montrer aux employés l’emplacement des extincteurs et nous les informons sur le comportement à adopter, pour eux et pour la clientèle, en cas de départ de feu ou d’un autre sinistre.» 
Et les contrôles?
L’établissement a-t-il fait l’objet de contrôles? «Nos locaux ont été inspectés deux fois par la police du feu, en plus des autres vérifications menées par les forces de l’ordre.»
Du côté des autorités, la police  du feu agit sous la houlette du Département du territoire (DT). «A la fin des travaux, une déclaration de conformité en protection incendie AEAI (Association des établissements cantonaux d’assurance incendie) doit être remplie par le responsable assurance qualité en protection incendie», détaille le Canton.
Concrètement, la police du feu préavise le dossier sous l’angle de l’autorisation de construire. «Tout ce qui relève de mesures constructives doit donc figurer dans ladite autorisation. Dans un deuxième temps, avant l’ouverture et la mise en service des établissements accessibles à un large public, la police du feu procède au contrôle de ses exigences. Lorsque la situation est conforme à l’autorisation délivrée, elle émet un préavis à l’autorité directrice (la Direction de la police  du commerce et de lutte contre  le travail au noir, rattachée au Département de l’économie, de l’emploi et de l’énergie) en vue de l’octroi du permis d’occuper», explique Pauline de Salis, secrétaire générale au DT.
Plusieurs règles strictes doivent ainsi être respectées. Parmi elles, «une signalétique de sorties de secours obligatoire (éclairage, visibilité, indication lumineuse)», mais aussi une «signalisation des voies d’évacuation – éclairage de sécurité, alimentation de sécurité». 
En fonction de la capacité d’accueil de l’établissement, il est stipulé le nombre d’issues de secours obligatoires et leurs largeurs à respecter: une seule de 0,9 m jusqu’à 50 personnes, deux de 0,9 m jusqu’à 100 personnes et trois de 0,9 mètre jusqu’à 200 personnes, ou deux issues de 0,9 m et 1,2 m. Pour s’assurer du respect des normes, des inspections sont également menées.
Sanctions
«Lors des contrôles, il est vérifié si les conditions d’autorisation de construire sont respectées au niveau de la construction et des installations techniques sur le plan de la sécurité incendie. Il est de la responsabilité des propriétaires et des exploitants d’entretenir les installations en vigueur et de respecter en tout temps les conditions d’utilisation des locaux, notamment sur le plan organisationnel», précise encore Pauline de Salis. Qui ajoute que ni l’AEAI, ni la réglementation cantonale ne définissent de périodicité de contrôle obligatoire. «A Genève, toutes les discothèques ont été contrôlées ces 10 dernières années, ce qui correspond à la périodicité des contrôles que souhaite introduire l’AEAI dans sa version 2026», ajoute la secrétaire générale.
Si des règles ne sont pas tenues,  des sanctions sont appliquées: financières, mais aussi des interdictions d’exploiter ou des limitations de capacité jusqu’à rétablissement d’une situation conforme au droit. Ces deux dernières années, l’Etat a condamné 5 établissements, pour des montants allant de 500 à 13’000 francs. Trois interdictions d’exploitation ont été prononcées, une limitation de la capacité ainsi qu’une interdiction d’utilisation partielle.

L’Etat enjoint les établissements  à proscrire les dispositifs  pyrotechniques

Les autorités viennent d’annoncer le lancement d’un état des lieux approfondi afin d’évaluer la situation et de renforcer les contrôles. Dans l’immédiat, une circulaire va être adressée à tous les établissements régis par la Loi sur la restauration, le débit de boissons, l’hébergement et le divertissement (LRDBHD). Ce courrier rappellera aux professionnels leurs obligations légales et les enjoindra à proscrire  l’usage de bougies incandescentes, de feux de Bengale et de tout autre dispositif pyrotechnique présentant un risque. Comme le précise la Chancellerie: «La question d’une possible interdiction fait l’objet d’une évaluation.» Les établissements seront également informés que des contrôles inopinés peuvent être effectués à tout moment.

Classement des matériaux  de construction

«Les matériaux de construction sont classés sur la base d’essais normalisés ou d’autres procédures reconnues par l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie. Les critères déterminants sont en particulier la réaction au feu, la densité de fumée, la formation de gouttelettes ou de particules enflammées et la corrosivité.»
Les matériaux de construction sont classés dans les groupes suivants, selon leur réaction au feu (RF): 
- RF1 (pas de contribution au feu); 
- RF2 (faible contribution au feu); 
- RF3 (contribution admissible au feu); 
- RF4 (contribution inadmissible au feu)
«Sont considérés comme matériaux de construction à réaction au feu critique (cr) ceux qui, du fait de la fumée produite, de la formation de gouttelettes ou de particules enflammées ou de la corrosion, peuvent avoir des effets inacceptables en cas d’incendie.» 

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