
Aujourd’hui considéré comme un des quartiers les plus cossus de Genève et où il fait bon vivre, Champel cache un passé bien plus sombre. Jusqu’au 18e siècle, il fut le théâtre de nombreuses exécutions judiciaires.
Difficile d’imaginer, en déambulant dans ce quartier paisible et verdoyant, où de somptueux immeubles anciens cohabitent élégamment avec des constructions plus modernes, qu’il en a été autrement par le passé. Et pourtant… Il y a plus de 300 ans, la colline de Champel était inhabitée. Noyée dans une nature sauvage, elle servait principalement à la culture de la vigne, favorisée par son ensoleillement et au pâturage du bétail, tandis que quelques fermes isolées formaient le hameau du Bout-du-Monde.
Le passé sinistre du quartier est dû à sa proximité avec la Vieille-Ville qui abritait l’instance judiciaire et le pénitencier. Si la peine de mort existait à Genève depuis le Moyen Age, elle atteint son apogée avec l’arrivée de la Réforme. Du 16e au 18e siècle, la ville a eu différents lieux d’exécutions, dont un des principaux est le site de Plainpalais, encore utilisé au 19e siècle pour les exécutions capitales.
Pas trop loin
«Mais comme la plaine de Plainpalais est un peu marécageuse, il a fallu trouver un autre endroit à proximité de la ville pour ne pas devoir transporter les condamnés trop loin. Ce fut Champel», explique Bernard Lescaze, historien et ancien homme politique genevois.
Depuis la prison de l’Evêché qui se trouvait derrière la cathédrale, on amenait les condamnés devant l’Hôtel de ville où on leur lisait la sentence, puis on les faisait sortir par la porte Neuve ou par la porte de Rive jusqu’à Champel où s’élevait un bûcher. «Il n’aurait pas été possible d’installer un bûcher en ville en raison du risque d’incendie trop élevé. Les seules exécutions capitales qu’on faisait en ville, plus précisément au Molard, étaient celles où on tranchait la tête des traîtres d’un coup d’épée», relève l’historien. Le quartier de Champel a également été le théâtre d’exécutions par pendaison, comme en témoigne le chemin Mallombré, qui d’après notre interlocuteur a été nommé ainsi «parce qu’il était mal ombré par certains pendus».
Aujourd’hui, le quartier ne garde pas beaucoup de lieux de mémoire de cette période sombre. Seule une stèle expiatoire érigée en 1903 à l’avenue Beau-Séjour, rappelle l’exécution du médecin, humaniste et philosophe espagnol Michel Servet, brûlé vif en 1553 pour hérésie.