Les corbeaux 
envahissent Genève

Rédigé par
Tadeusz Roth
Genève

FAUNE • Depuis quelques années, le volatile se multiplie à Genève.  Les autorités cherchent des solutions. 

Des oiseaux noirs à l’apparence discrète. Et pourtant. A Genève, de nombreux habitants souffrent de la proximité avec le corbeau freux. En cause notamment, le bruit et les déjections de ce volatile à la mauvaise réputation. Pour ceux qui ont le malheur de vivre trop près d’un nid, c’est un véritable concert de croassements qui prend place sous leur fenêtre ou devant leur balcon. 
Et pour cause, d’après le Groupe ornithologique du bassin genevois, le nombre d’individus a très fortement augmenté, avec une quarantaine de colonies actuellement, quatre fois plus qu’il y a une dizaine d’années. De quoi pousser certaines communes à prendre les devants. A l’image de Meyrin, qui a organisé en octobre une rencontre citoyenne spécifiquement autour de cette problématique. A l’initiative, le conseiller administratif délégué Laurent Tremblet, chargé du dicastère de l’Environnement. «Cet été. Nous avons reçu de nombreuses sollicitations par courrier et par téléphone d’habitants concernés par cette problématique, notamment à la rue des Bugnons et à la rue des Vernes. Nous avons souhaité les écouter et les informer sur nos possibilités d’interventions», résume l’élu. 
D’après les autorités locales, la présence en hausse de l’oiseau est essentiellement liée aux arbres qui ont poussé ces dernières années et offrent désormais un gîte de choix. De quoi inciter la Mairie à intervenir lorsqu’elle le peut: «Chaque année, nous procédons à des enlèvements de nids. Malheureusement, cette mesure n’est souvent pas durable», regrette Laurent Tremblet. 
Ne pas nourrir
Parmi les messages à la population, les autorités appellent notamment à ne pas nourrir les corbeaux et autres oiseaux sur les balcons ou aux abords des éco-points. Une pratique qui attire le volatile. Autre recommandation: sensibiliser les propriétaires et les encourager à prendre des mesures lorsque c’est nécessaire. «Nous avons sollicité la présence d’une régie, car de nombreux arbres concernés se trouvent sur des parcelles privées, sur lesquelles nous ne pouvons pas agir. Mais il faut savoir que le corbeau freux est protégé, et que les possibilités d’intervention sont donc de toute façon limitées», précise le conseiller administratif. 
Mais alors, quelles solutions mettre en œuvre? A Meyrin, on a choisi de faire appel au service d’un fauconnier, qui viendra faire voler un rapace dans le ciel communal. «Ici, le corbeau n’a quasiment pas de prédateur. Le faucon pourrait donc bien les faire fuir. Mais là encore, nous redoutons que cela ne dure pas et qu’une fois partis, les corbeaux soient de retour», redoute Laurent Tremblet. 
A l’Etat, la problématique est également suivie de près par l’Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN). Ici aussi, on se dit conscient de la gêne occasionnée. «Nous aimerions que la population ne subisse pas de nuisances, mais il n’y a pas de solutions faciles et durables», informe l’inspecteur de la faune Gottlieb Dandliker. 
Grimpeur...
D’après le Canton, les solutions existantes aujourd’hui ne font que déplacer le problème, avec le risque de diviser des colonies et de multiplier les sites problématiques. Les autorités cantonales ont la responsabilité de définir le cadre pour les interventions, sachant que les mesures sont du ressort des habitants, régies ou autorités communales, et doivent se faire avec l'accord des ayants droit de la parcelle: «Nous avons choisi de laisser un maximum de marge de manœuvre aux riverains. Indépendamment de la période de protection fédérale, nous tolérons les dérangements et les interventions sur les sites tant que les premiers œufs ne sont pas pondus. A partir de là, la nidification est strictement protégée par la loi. Avec l’accord du propriétaire de l'arbre, il est donc possible d'envoyer un grimpeur vers fin février pour détruire les nids de l'année passée, puis de retourner autant de fois que nécessaire pour détruire les nouvelles plateformes. 
Si le nid est terminé et les œufs sont pondus, alors c’est trop tard», détaille l’inspecteur. Autre moyen, complémentaire conseillé: l’effarouchement. «Cela peut être des objets suspendus, de la lumière, des pétards, ou une maquette de Hibou grand-duc avec des ailes amovibles, un drone ou un fauconnier avec un rapace vivant. Avec beaucoup de détermination et un brin de chance, les corbeaux iront s’installer plus loin. Mais ce n’est pas gagné d'avance», prévient Gottlieb Dandliker. 

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